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Traversée du désert et Métamorphose : magnifique création de maria-luise Bodirsky

Carnets de rêves est un espace consacré au cheminement intérieur, au partage et aux confidences autour des rêves.
Pour découvrir cette voie des rêves, ou pour aller plus loin dans la recherche de mieux être (avec soi, avec les autres, avec la vie), Carnets de rêves vous propose des citations, des vidéos, des  livres, des films, des partages de savoir ou d’expériences qui peuvent aider à approfondir notre regard sur nous-mêmes et à tendre vers une conscience aimante.

Certains auteurs comme CG Jung, Marie-Louise von Franz, Anne Baring, Jean Shinoda Bolen, Marion Woodman sont de précieux alliés dans cette découverte du monde intérieur.

Parfois les rêves nous livrent aussi de précieuses informations sur notre santé ; Stephen B. Parker en témoigne à merveille dans son livre Ame et crise cardiaque.


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Bretagne Quimper

Miki Kashtan : facilitation de la convergence

Nous en aurions tellement besoin aujourd’hui !
Petite interview de Miki Kashtan : les bases de la facilitation de la convergence

— traduction et sous-titrage : Sophie Rougevin-Baville, Michèle Le Clech, Nelly Delambily,  Simon Kobayashi

La facilitation de la Convergence repose sur un principe fondamental : les gens peuvent collaborer, et trouver les solutions qui conviennent à tous, quand ils s’engagent à travailler ensemble et que tout le monde est d’accord.
Voici comment ça marche, 4 notions-clés sous-tendent ce travail :

— Premièrement
Quelles que soient leurs divergences, les gens se rejoignent sur ce qui est primordial.
— Deuxièmement, quand ils savent que leurs besoins comptent, les gens sont plus enclins à adhérer plutôt qu’à faire des compromis.
— Troisièmement, la capacité des gens à s’enthousiasmer pour certaines choses dépasse de beaucoup leurs simples préférences.
— Enfin, quand on sort du paradigme du « ou/ou » pour chercher une solution qui convient à tous, il est plus facile pour les gens de s’entendre.

Ce sont les principes de base.
On amène les gens à définir ensemble leurs critères, et à élaborer des propositions qui tiennent compte de ces critères.
Puis on repère celles qui prennent en considération le plus de critères et de besoins, et généralement ce sont elles qui sont retenues, car elles ont l’adhésion de tous.

 

Steven B. Parker : les émotions d’un cœur blessé

emotionsNous entrons en contact les uns avec les autres à travers nos blessures
— Rachel Naomi Remen

J’ai connu un flot d’émotions diverses après avoir survécu à cette crise cardiaque :
• le soulagement d’être en vie
• l’incrédulité et la colère que cela se soit produit
• le chagrin pour tout ce qui était et sera perdu
• la gratitude envers ceux qui m’ont aidé
• une extrême vulnérabilité dans un monde auparavant sûr
• la peur de ce que l’avenir pourrait réserver

J’avais pris ma vitalité pour acquise et supposais que j’avais devant moi de longues années d’une vie en bonne santé. Aujourd’hui, je n’ai rien de solide sur quoi m’appuyer. Je suis profondément affaibli. Je ne sais jamais si je vais me réveiller le lendemain. Je doute d’être un jour en mesure de retrouver une quelconque vie normale.
C’est comme si j’avais traversé le Styx, la rivière des Enfers, et que j’avais été autorisé à retourner temporairement dans le monde des Mortels, pour une durée indéterminée.

Ce voyage a certes été l’enfer mais il m’a en même temps apporté quelque chose d’important et de grande valeur : j’éprouve à présent une compassion accrue pour ceux qui sont blessés, de la compassion pour tous ceux qui doivent traverser le Styx.

La crise cardiaque a brisé mon cœur, elle l’a aussi ouvert.

— 4 mars 2007


Un autre extrait peut-être lu ici : Steven B. Parker, « Les rêves et la santé« 
Présentation du livre : Dr. Steven B. Parker, Ame et crise cardiaque

Marie-Louise von Franz : susceptibilité

La Femme dans les contes de féesLa rose avec ses épines, dit un auteur médiéval, appartient à Vénus et symbolise l’amour, car il n’y a pas d’amour sans souffrance ; « Là où il y a du miel, il y a aussi du fiel. »
On peut rattacher les épines des roses à ces terribles coups involontaires que se portent mutuellement les personnes qui s’aiment.
Ces échanges de coups d’épées, qui consistent à se toucher aux points les plus vulnérables, sont en réalité des luttes entre animus et anima : ce sera exactement à l’endroit où le sentiment de l’homme est le plus incertain et le plus sensible que la femme enfoncera la pointe de son animus négatif, tandis que c’est là où la femme a le plus besoin d’être acceptée, comprise et encouragée que l’homme lui versera le poison de son anima meurtrière.
La présence de telles épines ou de leur équivalent indique généralement dans les rêves une susceptibilité exaspérée qui s’accompagne toujours d’agressivité. La personne souffre, mais, en se défendant contre sa propre souffrance, elle blesse les autres.

S’il me vient un patient ou une patiente très susceptible, je sais que j’en recevrai beaucoup de piqûres désagréables et qu’il est prudent de revêtir une armure protectrice. Ces personnes sont souvent fières de cette sensibilité sans se rendre compte qu’elle leur sert à tyranniser autrui : un mot peu aimable provoquera des drames des mois durant, et vous ne pouvez ouvrir la bouche de peur de les heurter ; elles font des scènes sur tout, boudent et se sentent attaquées à tout propos dans leur merveilleux sentiment.

Pareille attitude, si elle traduit la souffrance d’un être prisonnier de lui-même, cache aussi généralement un complexe de domination fort ordinaire qui apparaît en rêve dans les figures d’ombre. Cette attitude infantile devant la vie sert souvent à ces personnes à manipuler ceux qui les entourent.
Quand il s’agit d’une femme, ce qui serait normalement de l’amour devient une haie d’épines où tout homme, en s’aventurant, se fait tellement piquer et déchirer qu’il ne lui reste plus que la retraite.
Il n’est pas possible à un homme de s’approcher d’une femme qui est susceptible au point de se sentir ulcérée par la moindre remarque : c’est trop compliqué pour lui, et bien entendu, il abandonne ou son amour meurt transpercé comme les prétendants du conte.

— Marie-Louise von Franz, La Femme dans les contes de fées

Marie-Louise von Franz : le feu des émotions et l’analyse des rêves

InterpretationContesFeesSi quelqu’un au cours d’un processus analytique, se montre sans passion par rapport à ce travail et ne souffre pas, s’il n’y a en lui ni le feu du désespoir, ni haine, ni conflit ; s’il n’éprouve ni fureur ni ennui ni rien de cet ordre, on peut être à peu près sûr qu’il ne se constellera pas grand-chose en lui et que cela se réduira à une « analyse à bavardage ».

Le feu donc, même s’il est destructeur comme le sont les conflits jalousie ou tout autre affect de ce genre, accélère le processus de maturation ; il est réellement un « juge » et clarifie une situation.

Les gens qui ont du feu se précipitent dans les difficultés et tombent dans des désespoirs, mais au moins, ils tentent quelque chose ! Plus il y a de feu, plus on peut craindre les effets destructeurs des tours et des diableries, mais en même temps c’est ce qui entretient le processus. Si le feu s’éteint, tout est perdu. L’ouvrier paresseux qui le laisse s’éteindre est perdu : c’est celui qui se contente de mordiller le traitement analytique, mais ne s’y engage jamais de tout son cœur. Il n’a pas de feu, aussi rien ne se produit.

— Marie-Louise von Franz, L’Interprétation des contes de fées


Le mot de l’éditeur

Les contes de fées, ces productions mystérieuses de l’âme populaire, ont suscité, au cours de ces dernières années, des études psychanalytiques dont l’écho considérable a attesté le vif intérêt du public.

La psychologie des profondeurs de C.G. Jung offre un instrument de choix pour l’éclaircissement de leur symbolisme. En effet, en reconnaissant l’existence d’un inconscient collectif dont les éléments dépassent l’individu, elle permet de déceler dans les contes des significations d’une valeur constante et des enseignements d’une large portée.

Elle fournit des éclaircissements bien plus satisfaisants que ceux qui se bornaient à l’analyse des complexes et des refoulements personnels, conduisant à ce que Freud lui-même appelait « la monotonie de l’interprétation ».

Spirituellement terrestre

jardinAromatique

Lorsque nous repensons à notre enfance, nous savons qu’à un moment donné l’amour et la joie de vivre nous habitaient, comme une sorte de droit de naissance…
Mais en grandissant, quelque chose est venu nous « vendre » une conception de la vie, un schéma qui tient en une paire d’opposés, une sorte de couple idéal dont on nous vante les mérites. Un couple qui, au fil des siècles, s’est finalement transformé en une sorte de « bully », un côté tyranique, irrespectueux du Féminin, et de sa trop douce épouse.
Et ce schéma, ce mode de fonctionnement, que l’on a adopté inconsciemment, nous voit osciller entre larmes et rage sans que l’on comprenne vraiment de quoi il retourne. Il conduira, des années plus tard, à un malaise des plus profonds.

Le moment vient donc où il nous faut revisiter ce modèle.
Fuir les échanges, ou rester tout sucre en mettant sans cesse de l’eau dans notre vin pour éviter le point de vue binaire et séparatiste ne peut nous satisfaire.
Nous avons soif d’autre chose. Et ce dont nous avons besoin, c’est d’un vin nouveau, d’un tout autre esprit, un esprit capable d’accueillir ce qui est, capable de faire du lien, de réchauffer les cœurs et de faire fondre les rigidités, d’éveiller les consciences et d’insuffler de nouvelles façons d’être… un quelque chose d’aimant, de spirituellement terrestre — qui tient de la Terre Mère et du Père Ciel —, fort de la longue maturation qu’ont permis des générations d’humains au fil des siècles.
Sans cet esprit, issu du couple véritable, nos échanges sont vouées à la stérilité, réveillant chaque fois un étrange sentiment de vide et de solitude.
Une seule gorgée de ce vin, et il se peut que nous éprouvions un choc en prenant la mesure du conformisme, du conditionnement et de la grisaille dans lequel nous baignons au quotidien. Lorsque nous abordons le monde intérieur, c’est en effet un petit soleil  que nous retrouvons, un feu éternel qui ne brûle pas mais réchauffe et éclaire, et quelque chose nous pousse soudain à fuir les exigences et la rigidité du système.
C’est plus fort que nous.
Nous sentons se lever un vent de liberté. Notre structure mentale se transforme et, plus profond nos racines plongent en terre, plus facile est l’exploration du ciel (intérieur). La bulle qui nous tenait séparées des autres (et surtout de nous-mêmes) rejoint alors notre réalité intérieure, et nous sommes souvent surprises de sentir la terre ferme sous nos pas.
Dieu que c’est bon de constater que plus nous faisons courageusement face à ce qui nous habite et plus la nature reprend ses droits. Prenant de plus en plus conscience de la répression qui s’exerçait jusqu’alors, nous sommes rendues capables d’exprimer nos besoins, d’être en lien avec notre vérité, notre authenticité, nos vraies valeurs, notre propre rythme, nos cycles. Au diable les certitudes qu’on nous assène, les devoirs attendront d’être remplis… à l’obligation succèdent à présent choix et envie.
Et, à mesure que nous cultivons notre jardin et goûtons à ses productions naturelles, la fraise a pour nous goût de fraise comme la vie a goût de bonheur (*).

— © Michèle Le Clech

(1) En référence à Alain, Propos sur le bonheur : « Comme la fraise a goût de fraise, ainsi la vie a goût de bonheur. »

Toni Wolff : prémonition

CGJungToniWolffToni Wolff eut une prémonition, un avertissement de l’inconscient quant aux difficultés à venir. Le message lui vint sous la forme d’un rêve. Dans un rare moment d’authenticité, elle partagea son rêve en public lors de sa conférence au Club de psychologie analytique de Londres, le 11 avril 1934. Elle confia au groupe que, vingt ans plus tôt, en 1915, elle avait rêvé d’un groupe d’hommes qui creusaient un trou dans le plancher de son bureau. Ils creusaient de plus en plus profond, et elle se rendait compte qu’ils n’étaient pas de simples ouvriers, mais des fossoyeurs, et qu’ils creusaient sa tombe.

Toni précisa qu’à l’époque du rêve, elle  venait de transformer la chambre de sa sœur Susi, inoccupée depuis son mariage avec Hans Trüb, en un bureau destiné à ses recherches en psychologie. Susi et Hans se sont mariés le 10 août 1915, et le rêve de Toni a dû avoir lieu à cette époque. Lors de sa conférence, elle proposa une interprétation du rêve : il annonçait que son implication dans l’étude de la psyché la conduisait vers une mort intérieure. Elle ne mâcha pas ses mots en évoquant le sinistre présage qu’elle avait entrevu, et dit pourtant qu’elle avait choisi de ne pas tenir compte de ce message. Malgré sa foi dans la véracité de l’inconscient, elle déclara au groupe qu’il y a des moments où nous devons simplement nous méfier d’une interprétation trop littérale de l’inconscient.

Un tel rêve, ajouta plus tard Toni Wolff, ne met pas en avant ce que nous voulons entendre, mais ce qui s’avère vrai. L’inconscient, insista-t-elle, ne se soucie pas de ce que nous ressentons : il  présente des faits, non des conjectures ; il ne s’adapte pas à nos désirs personnels. Toni choisit de ne pas tenir compte du message de son rêve et de poursuivre sur la voie qu’elle avait choisie, la voie qu’elle sentait en adéquation avec l’appel intérieur qui était le sien. Chacun de nous, dit-elle, doit assumer le fardeau de sa propre psyche et la responsabilité des choix que nous avons faits.

En réfléchissant à la vie de Toni Wolff des années plus tard, Johanna Meier fit cette remarque : « Elle a sacrifiée sa vie à son travail. » De façon émouvante, le mari de Johanna, C.A. Meier, collègue de Toni Wolff, partage les mêmes impressions : « Elle a refusé une vie terre-à-terre pour le royaume de l’âme. » Pour décrire Toni, il utilise la même image que celle de son rêve, l’image de la tombe, et poursuit en disant : « Toni Wolff a vécu pour l’âme et à travers elle — fidèle jusqu’à la tombe. »

Peu de temps après la mort de Toni Wolff, Irene Champernowne rêva qu’elle voyait Jung insister pour que Toni joue du piano pour lui, bien que la tâche soit beaucoup trop difficile à cause de ses mains, déformées par l’âge et l’arthrite. Elle jouait malgré tout. Pour Irène Champernowne le rêve montrait que Jung avait trop attendu de Toni sa vie durant : « Jung utilisait énormément Toni pour ses recherches et elle a beaucoup souffert ; même si elle était toute disposée à sacrifier sa vie pour cela — totalement. »

— Nan Savage Healy, Toni Wolff & C.G. Jung, A Collaboration, « Analytical Transference »