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Traversée du désert et Métamorphose : magnifique création de maria-luise Bodirsky

Carnets de rêves est un espace consacré au cheminement intérieur, au partage et aux confidences autour des rêves.
Pour découvrir cette voie des rêves, ou pour aller plus loin dans la recherche de mieux être (avec soi, avec les autres, avec la vie), Carnets de rêves vous propose des citations, des vidéos, des  livres, des films, des partages de savoir ou d’expériences qui peuvent aider à approfondir notre regard sur nous-mêmes et à tendre vers une conscience aimante.

Certains auteurs comme CG Jung, Marie-Louise von Franz, Anne Baring, Jean Shinoda Bolen, Marion Woodman sont de précieux alliés dans cette découverte du monde intérieur.

Parfois les rêves nous livrent aussi de précieuses informations sur notre santé ; Stephen B. Parker en témoigne à merveille dans son livre Ame et crise cardiaque.

Le site a fait peau neuve et inclut désormais le blog. Vous pouvez le retrouver ici


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Bretagne Quimper

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Les objets ont une âme

GrenierSelon la terre où elles se trouvent, certaines plantes ont bien du mal à pousser, grandissent de travers, fleurissent peu, ou même s’étiolent ; et suivant l’époque ou la famille qui les a vus naître, il en est de même pour certains enfants.
La violence qui règne au foyer est parfois telle que sauver sa peau ne peut se faire qu’au prix d’énormes sacrifices. L’enfant endosse parfois très tôt un rôle d’adulte, jusqu’à devenir gardien de l’harmonie ou de l’équilibre psychologique de la fratrie ou, pire, de ceux qui sont sensés veiller sur lui — parents et grands-parents parfois —, si bien qu’il n’est nul abri ni espace aucun où il peut vraiment être lui-même.
L’ascendant est malheureusement pour lui un mot lourd de sens.
Certains enfants se glissent dans une armure d’impassibilité — qui deviendra un mode de fonctionnement à l’âge adulte — tandis que d’autres seront comme répandus dans l’espace, guettant les moindres variations d’humeur, synonymes de danger.
Ne pouvant être entiers, la déchirure est leur lot et, devenus adultes, ils finissent par tout abandonner aux autres, cédant même, au fil des ans, un peu plus de leur espace intérieur…
Sécurité et bien-être ne sont que simples mots, un au-delà d’une vitre qui les en tient isolés. Pour eux, le monde n’est pas un endroit sûr, aussi, habités par une inquiétude sans nom et souvent sans objet, regardent-ils parfois avec envie ceux qui ont eu la chance d’être choyés et à qui tout semble réussir.

Mais on ne peut perdre, n’est-ce pas, ce qui nous appartient vraiment.
Au fil des rêves et des images, se révêle l’histoire d’une autre vie qui cherche à remonter le cours du temps en quête de sens.
Et aussi difficile que cela soit, le rêveur remontera le cours du temps — pour mieux l’épouser par la suite.
— Quel est mon mythe, demande-t-il sans cesse ?
— Quel est le sens de ma vie ?
Les rêves apportent une pièce du puzzle et puis une autre… la quête semble n’avoir pas de fin.
Toujours il manque la pièce centrale.
La pièce centrale…
La pièce…
Centrale.
Là où se trouvait son centre.

Les images font leur œuvre, et le rêveur se souvient…
Il y avait ce grenier… et les odeurs du passé si enveloppantes et bienveillantes… et le silence, si apaisant.
Et cette antique machine à coudre, ce très curieux petit chaudron en cuivre martelé, le coffre et ses poupées…
Les larmes roulent sur la joue de l’enfant. Il se rappelle que pour une heure, parfois moins, il y avait cet espace, son espace ; il y avait dans ces objets un quelque chose qui lui parlait, sans même qu’il sache bien ce qui se disait là.
Sans rien savoir non plus du passé familial, il sentait au plus profond de lui que ce grenier était un abri pour réfugiés. Et il était l’un des leurs, fuyant la violence, les tirs ennemis et les balles croisées, cherchant un refuge où ne plus être otage.
Son cœur est touché et les larmes lui viennent.
Si peu d’espace, si peu de temps pour lui !
Et toutes ces années !
Certaines choses ne se révèlent qu’au fond du désespoir, quand la dernière chose à laquelle on se raccrochait se voit finalement n’être qu’une illusion.
Ce n’est que lorqu’il ne reste rien que le néant et les larmes que tout nous est rendu.
Les objets auxquels ont tenait parfois sans « raison », émergent alors de l’obscurité, auréolés de cette lumière toute particulière qui appartient aux profondeurs de l’âme et leur confère tout leur sens.
D’objets, ils deviennent symboles — de vie, de dons, de destinée —, au goût incomparable d’unité.
Du fond de la mémoire, le lourd balancier du temps se fait entendre, troublant le silence d’un tic-tac grave et majestueux, comme l’est le pouls apaisant de la vie.
Le puzzle tout à coup se résout : les ancêtres livrent le meilleur d’eux-mêmes, levant le voile sur le berceau et les offrandes qu’il contient. Et parfois, ce que l’on s’appliquait à vivre extérieurement prend également tout son sens sur le plan intérieur.

Les objets ont une âme, et c’est parfois bien la nôtre qu’ils contiennent. Grâce aux rêves qui en font de nobles messagers, ces objets réunissent passé et présent, et le futur s’éclaircit pour un temps.

— © Michèle Le Clech

 

 

Megan McFeely : une interview Kosmos

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Photo credit: Jennifer Paige

J’ai commencé par une simple question qui a guidé mon cheminement :
— « Qu’est-ce que le Féminin ? »
J’ai interrogé  des personnes admirables qui incarnent ces aspects, afin de découvrir comment ils décriraient le Féminin, comprendre comment leur vie est affectée 
par le lien à cette partie d’eux-mêmes, et comment cette part s’équilibre avec leur côté masculin.
C’est une démarche personnelle, mais j’ai le sentiment que le sujet de ce film est aussi notre cheminement à tous vers l’unité, parce que tout comme vous, je suis un simple microcosme de ce macrocosme…
— Megan McFeely

KOSMOS | Le début du film, avec l’image de vous, enfant, est fascinant : « Avec ce genre de savoir, je n’étais ni considérée, ni en sécurité. J’ai dû faire un choix : sacrifier ce côté pour que le reste de moi survive jusqu’à l’âge adulte. »
Pouvez-vous nous en dire davantage sur cette capacité particulière de perception et de connaissance que vous aviez, enfant, et ce qui vous apparaît relever tout particulièrement du principe féminin ?

Megan McFeely | Comme tant d’autres, je crois, j’étais le genre d’enfant qui savait quand quelqu’un cachait quelque chose ou qui savait ce qu’une personne pensait. Pour moi, il s’agit d’intuition, certains appelle ça de la voyance. Je posais des questions sur des choses qui m’apparaissaient incohérentes ou contradictoires. Laissez-moi vous dire que cela n’était pas très apprécié et mettait les adultes très mal à l’aise — en particulier mon père. Il était procureur fédéral et vivait dans le monde concret, rationnel, causal, et la sagacité dont je faisais preuve le dérangeait. J’avais accès à un savoir qui provenait de ce que je ressentais ou qui était comme « téléchargé » en moi… et je savais. 

D’où ce savoir acausal provient-il,  je l’ignore, mais en tant qu’êtres humains, nous avons accès à des domaines cachés, à des choses que nous ne comprenons pas vraiment, que nous ne voyons pas avec nos yeux de chair et auxquelles nous n’avons pas accès avec notre esprit rationnel. Peut-être cela vient-il de l’inconscient ou du monde qui nous entoure, mais cela survient sous forme de sentiment, d’une impression, d’une évidence. Je crois que cette aptitude est féminine — chez les hommes comme chez les femmes. Nous n’avons pas valorisé ce type d’accès à la connaissance parce que nous ne comprenons pas son origine, et nous ne pouvons le valider par les méthodes scientifiques si bien que, souvent, nous n’en tenons pas compte, ou pire, nous le méprisons.

ASI

KOSMOS | À quel moment avez-vous décidé de faire ce film ? Quel a été le « point de non-retour » ?

Megan McFeely | Cela a pris 5 ans, et il y a eu des périodes pour ce que j’appellerais des mises au point. Je devais faire face à mes peurs et puis lâcher prise, m’autorisant, à chaque étape du chemin, à devenir plus vulnérable. Encore et toujours, je devais laisser aller la peur d’être une ratée, la crainte que tout cela était le cheminement d’un ego démesuré, la peur d’être vue, jugée, et même moquée. Et en plus de cela, je ne savais pas vraiment ce que je faisais ; du coup, j’ai dû faire confiance au processus.

Le véritable point de non-retour, c’est quand le film a été terminé et que j’ai organisé une projection pour des amis et la famille. Je me suis mise à nue, mais je n’avais pas d’autre choix. Pour l’aspect narratif de l’histoire, je devais être dedans. Je devais être visible. Je devais lâcher prise.

J’imagine que ce qui est vrai aussi, c’est que j’avais un grand besoin d’être vue. Le besoin de rester cachée et celui d’être vue m’ont travaillée — et continuent de me travailler. Je pense que c’est humain de lutter avec ça, et la réalisation de ce film n’est rien d’autre qu’un processus particulièrement humain et une leçon d’humilité.

KOSMOS | Dans votre film, le Féminin est décrit à la fois comme celui qui donne et celui qui reçoit. Pouvez-vous développer ces deux aspects ?

Megan McFeely | C’est drôle. J’ai passé toutes ces années à essayer de comprendre ce qu’est le Féminin, et je ne sais toujours pas. Je ne peux pas « LA » décrire. Je sais seulement que j’arrive à m’écouter davantage et à me faire davantage confiance.

A travers cette expérience, et mon cheminement, je suis devenue plus vulnérable de façon à être capable d’accueillir une énergie particulière, destinée à me transformer ; mais, à un moment donné, cela passe aussi à travers vous et est rendu à la communauté. Cette énergie, cette force de vie, est appelée Shakti dans la religion hindoue. Comme on dit en Inde, les femmes sont Shakti parce que nous incarnons la force créatrice de la nature. Pour citer Elinor Gadon, professeur émérite, qui apparaît dans le film, « Ce sont comme des vagues d’énergie qui émanent de vous. » En ce sens, ce qui est réceptif est aussi un don et s’inscrit dans un cycle. Je crois que cela se passe de la même façon pour les mères ou les artistes par exemple. Ils reçoivent une graine/l’inspiration, la gardent au dedans d’eux-mêmes, et donnent naissance à quelque chose. Dans l’idéal, l’amour s’adresse ensuite à l’enfant ou à la communauté. Et puis, peut-être, le processus se produit-il de nouveau.

KOSMOS | Si le monde extérieur est le reflet de l’intérieur, qu’est-ce que cela nous dit sur le besoin d’équilibrer le Masculin et le Féminin en chacun de nous ? L’intégration est-elle le but ?

Megan McFeely | Je crois que oui. C’est mon objectif. Quand j’explorais le Féminin à travers la réalisation de ce film, j’ai aussi dû développer mon Masculin. Parce que je suis une personne très énergique et sociable, j’ai dû apprendre à me contenir, à poser des limites claires, et à ne pas envahir les autres sur le plan énergétique. J’ai dû apprendre à dire ‘non’ et me battre pour protéger ce que je pensais être juste pour ce projet, même si j’étais la cinéaste la moins expérimentée dans la pièce. J’ai dû approfondir et comprendre des trucs techniques — et la comptabilité, que je déteste. J’ai dû apprendre à ne pas me soucier de ce que les autres pensaient de moi, et à me tourner vers l’intérieur pour rechercher ce dont j’avais besoin. J’ai dû me connecter avec l’intérieur. Cela demande de la discipline — diriger mon attention vers l’intérieur — alors que j’étais si habituée à me tourner vers l’extérieur pour obtenir des réponses. Mon côté masculin et mon côté féminin évoluent donc ensemble. Ils ont besoin l’un de l’autre.

KOSMOS | Vous avez dit que l’Inde représentait à vos yeux le Féminin. Et pourtant, en Inde, comme dans la plupart des endroits, il y a beaucoup de violence envers les femmes et d’injustice en matière de genre. Etait-ce pour vous une façon de vous déconnecter ?

Megan McFeely | Oui. C’est désolant. Je savais que les femmes n’étaient pas considérées mais, avant que j’aille là-bas, je n’avais pas vraiment mesuré le degré d’injustice.

L’Inde est un endroit très féminin ; nous avons beaucoup à apprendre de sa culture et de ses voies, et nous devons nous rappeler que la brutalité est aussi un aspect du féminin lié au cycle de la mort et de la renaissance. Il est présent dans toutes les cultures, mais en Inde cette dynamique, représentée par la déesse Kali, est bien visible dans les rues. Rien n’est à l’abri du regard. La vie se déroule. La mort survient.

À mon sens, chaque culture est en évolution, tout comme le sont les individus. En Amérique, nous devons équilibrer le Masculin grâce au Féminin et, en Inde, ils apprennent à équilibrer le Féminin grâce au Masculin. De plus en plus de femmes, en Inde, poursuivent l’intégration du Masculin à travers le développement de l’esprit et l’éveil à la psychologie, accédant à leur propre sens de l’équilibre et à leur pouvoir. Les femmes américaines, de leur côté, renouent avec le Féminin afin de trouver l’équilibre. Tout est en mouvement vers l’unité et, tous, nous sommes l’expression de cela.

KOSMOS | Megan, vous dites que votre désir profond est de servir. Ce film est une belle illustration de cela. Quel est votre prochain projet ?

Megan McFeely | Je vous remercie. Ce que vous dites me touche au cœur. La suite, c’est ce qui se passe à présent. Je souhaite accompagner ce film, parler aux femmes et aux hommes de leurs expériences du Féminin, comment ils le vivent, ou pas, dans leur vie et pourquoi se serait important. Grâce à ce projet, j’apprends à écouter et à soutenir les mouvements de la vie. Je me rends bientôt en Egypte pour la projection du film, puis à Los Angeles, en avril. Et, honnêtement, je ne sais pas ce qui m’attend. ELLE est aux commandes.


Megan McFeely est la productrice et la réalisatrice de As She Is. Avant de se lancer dans son premier projet de film, Megan McFeely a travaillé pendant 25 ans dans le domaine des relations publiques et de la communication pour des organisations à but non lucratif et des entreprises. Elle travaille actuellement pour une émission de télévision, Global Spirit, en tant que directeur de artistique et producteur associé. Elle a également écrit pour le Huffington Post et le Contemplative Journal sur sa démarche pour une vie authentique.

Article original paru sous le titre A Kosmos Interview with Filmmaker, Megan McFeely dans Kosmos Journal 
Traduction : Michèle Le Clech, avec l’aimable autorisation de Megan McFeely
Site internet : As She Is

Traduction et sous-titrage du film : Michèle Le Clech, Nelly Delambily, Lucie Poulain

Traductions sous licence Creative commons
Les traductions sont mises à disposition selon les termes de Licence Creative Commons

As She Is : la conscience féminine

ASIAs She Is, un film inspirant sur la conscience féminine, une quête magnifique et envoûtante de ce que pourrait véritablement être le Féminin. Ce film m’a enchantée, transportée dans l’expérience de l’indicible.
— Joanna Macy, auteur, éco-philosophe, pacifiste (1)

As She Is, le film de Megan McFeely,
disponible dans sa version sous-titrée en français
Film américain, 40 mn

Face aux réalités préoccupantes qui se présentent à l’échelle mondiale, As She Is évoque les vérités intemporelles, telles que l’amour, la beauté et l’harmonie, et met en lumière ce qui perpétue de longue date les injustices sociales.
A travers les images et la bande son qui les accompagne à merveille, le film est une méditation opportune sur la sagesse du Féminin. Il rappelle notre lien, vital, à la terre et montre comment les modes de compétition et de domination peuvent laisser place, individuellement et collectivement, aux valeurs d’interdépendance et d’appartenance qui caractérisent le Féminin — restaurant l’équilibre personnel et celui d’un monde troublé. 

Un témoignage d’actualité, indépendant et hors catégorie
Megan McFeely, ancien cadre dans l’univers des nouvelles technologies, a vu trois événements tragiques bouleverser sa vie en moins de trois semaines.
— “C’est un film sur mon cheminement vers la totalité, mais je suis un simple microcosme dans cette culture…”
A la fois engagé et contemplatif, le film de Megan examine les racines de la crise culturelle actuelle et rappelle la capacité de chacun à agir sur le Tout.
C’est aussi un film autoproduit et co-financé par la collectivité, hors des sentiers battus, qui associe documentaire, témoignages personnels et poésie.

Un film émouvant, positif… et dans l’air du temps
Qui sommes-nous en tant qu’êtres humains, au plus profond de nous, lorsque nous ne sommes plus définis par notre culture, nos traditions, nos selfies et nos attentes ?
As She Is retrace le voyage intérieur d’une femme qui cherche à retrouver, et à vivre, son authentique nature de femme.
Poser un regard différent sur les choses, retrouver un mode de connaissance instinctif, renouer avec un savoir inné, n’est pas hors de notre portée. C’est aussi simple que de se rappeler notre nature féminine qui nous relie à toute chose. Ce film magnifique, envoûtant et tout à fait d’actualité, revisite notre capacité à être en lien, à recevoir, à fusionner et incarner le pouvoir transformant du Féminin.

Maintenant disponible en ligne
As She Is, un film documentaire américain, 40 mn
Traduction : Lucie Poulin, Michèle Le Clech, Nelly Delambily
Sous-titrage : Nelly Delambily
Retrouvez le film en streaming sur Vimeo à l’adresse suivante : As She Is (version sous-titrée en français).


Quelques échos
Emouvant, inspirant  — et troublant dans le bon sens du terme —, As She Is nous entraîne dans les pas de Megan McFeely tandis qu’elle redécouvre et se réapproprie les qualités féminines de la psyché, qualités négligées et refoulées en Occident depuis des millénaires, et pourtant indispensables à notre survie et à notre complétude en cette période de crise planétaire mais aussi d’opportunités nouvelles.
Ce film pertinent, courageuse célébration du Féminin, qui laisse place à la vulnérabilité, mêle de façon fort élégante histoire personnelle et conversations, chacune accompagnée d’une musique saisissante et de superbes images de notre planète sauvage et foisonnante.
Tandis qu’avec courage elle se dévoile as she is [telle qu’elle est], Megan appelle en chacun de nous la véritable essence féminine, telle qu’Elle est.
— Bill Plotkin, auteur de Soulcraft: Crossing into the Mysteries of Nature and Psyche and Wild Mind: A Field Guide to the Human Psyche

(1) Joanna Macy est aussi spécialiste en science des systèmes complexes et en écologie profonde, auteur de Ecopsychologie pratique et rituels pour la Terre : Retrouver le lien vivant avec la nature

 

As She Is, le film : lueurs d’espoir pour 2018

ASI

Megan McFeely: As She Is, Restoring Sacred Balance

As She Is un film inspirant sur la conscience féminine, une quête magnifique et envoûtante de ce que pourrait véritablement être le Féminin.
Ce film m’a enchantée, transportée dans l’expérience de l’indicible.
— Joanna Macy (1)

En guise de vœux pour cette année nouvelle, et pour la commencer de belle façon, j’ai l’immense plaisir de vous annoncer la mise en ligne du film de Megan McFeely, As She Is, dans sa version sous-titrée en français — une traduction à laquelle je suis ravie d’avoir participé.
Ce film traite d’un sujet qui me tient tout particulièrement à cœur puisqu’il s’agit de l’équilibre entre les principes Féminin et Masculin.
Si vous n’avez pas encore eu l’opportunité de visionner ce petit bijou — ou si vous souhaitez le revoir —, je vous invite à vous rendre à l’adresse suivante : As She Is

Je ne résiste pas à l’envie de vous souhaiter, à tous, une excellente année à venir, dans la ronde des saisons de l’âme et dans des échanges qui fleurent bon l’authenticité, accueillant l’alternance des contraires, et admirant l’immense pouvoir de transformation dont la nature a le secret.
De tout cœur.

Sans doute l ‘avez-vous remarqué : notre attente — d’un amour, d’un printemps, d’un repos — est toujours comblée par surprise.
Comme si ce que nous espérions était toujours inespéré.
Comme si la vraie formule d’attendre était celle-ci : ne rien prévoir, sinon l’imprévisible.
Ne rien attendre, sinon l’inattendu.
(1)

— Michèle

(1) Christian Bobin, Eloge du rienFata Morgana éditions

Traduction : Lucie Poulain, Michèle Le Clech, Nelly Delambily
Sous-titrage : Nelly Delambily

Alchimie

Dreaming

Art: Amanda Cass, Dreaming

Accepter d’être ce qu’on est, de n’être que ce que l’on est, mais de l’être complètement, et parler bien ancré dans cet état de vérité.
On n’imagine pas à quel point ça repose.

— Henri Gougaud

La raison pour laquelle je chéris l’approche alchimique (et chamanique) du rêve, c’est qu’elle englobe. C’est aussi — et peut-être surtout —, parce qu’elle fait la part belle au Féminin.
Elle repose en effet sur l’amour et la vénération du mystère, une grande réceptivité, et le respect d’une chose : le rêve appartient au rêveur (en ce sens, il n’est pas de prétention au savoir).
Une telle approche implique l’être tout entier, dans un cœur à cœur qui se conjugue au présent. L’alchimie préside donc seule aux échanges. L’athanor ne se situe pas sur le plan des idées, il est la réalité même, sans cesse modulée par le moment présent et les vagues d’énergie qui se succèdent. Nulle échappatoire, pas de temps de battement, mais le live, le vivant — et le face à face avec d’intenses émotions parfois, la souffrance, l’angoisse, la rage, la haine, le désespoir, le désir, l’exaltation… tout l’espace nécessaire pour que l’incréé se révèle.
Si les concepts, l’analyse, les techniques ont leur place, comme autant d’outils qui aident à la naviguation, ils peuvent malheureusement parfois aussi servir de stratégies de défense pour éviter la rencontre avec des « démons » que l’on verrait clairement en l’autre mais nullement en soi — le risque ? La distanciation, la séparation… et malheureusement parfois l’amour du pouvoir.

L’intelligence n’est pas affaire de diplômes. Elle peut aller avec mais ce n’est pas son élément premier. L’intelligence est la force, solitaire, d’extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi – vers l’autre là-bas, comme nous égaré dans le noir. (1)

Les théories de l’âme sont, certes, un bagage intéressant et utile, mais qui prépare l’analyste sur le plan humain ? Ce que l’on appelle par exemple la grande compassion ne s’apprend pas dans les livres, non plus le lien avec sa propre âme ni l’exploration de ses propres abîmes. Dès lors, comment faire preuve d’empathie envers celui qui se tient face à vous ? Comment être en lien quand l’un reste en surface tandis que l’autre glisse doucement vers son enfer ou voudrait déployer des ailes que l’on n’a de cesse de rogner en soi-même ? Où est la maturité émotionnelle qui permet de ne pas interférer, de ne pas paniquer, de ne pas juger, de ne pas changer de sujet… mais d’accueillir sans être soi-même entraîné dans l’océan et s’apercevoir, mais un peu tard, qu’on n’a pas appris à nager ?

L’analyste en lien avec son propre fond nous offre une qualité de présence inestimable qui nous permet par exemple de nous laisser aller au plus profond de la dépression et de l’abîme. Dans son cœur, une confiance inébranlable. Il sait ce que c’est que de vivre à un degré de profondeur tel que tout espoir de voir jamais le jour s’est dramatiquement amoindri au point de nous laisser totalement désemparés. Il re-connaît en nous le raidissement, la lutte pour éviter de sombrer, l’angoisse qui l’accompagne et qui sera suivie, en son temps, de l’étrange sensation qu’est la noyade consciemment acceptée. Il sait l’étonnement qui est le nôtre au moment même où l’on s’aperçoit que l’on peut respirer sous l’eau, ou que l’on remonte miraculeusement à la surface avec un impérieux et pressant besoin d’aspirer l’air à pleins poumons, si délicieux de délivrance après de longues années passées la tête sous l’eau. Il sait l’épreuve du feu et son inestimable valeur. Peut-être a-t-il aussi été suspendu dans les airs, sans ancrage aucun et, quand le sol se dérobe sous nos pas et nous entraîne dans la terrifiante solitude d’une grotte qui semble nous couper définitivement des autres, elle ne lui est pas étrangère, il en connaît les vertus réparatrices.
L’expérience du praticien, c’est aussi une pierre sous nos pas lorsque l’on doit traverser le vide… l’espoir de retour tandis que, borderline, l’on se tient dangereusement au bord de la foliele respect de notre personne et de notre singularité.
Que nous offre-t-il ?
Je dirais un soupçon de savoir, tandis qu’il témoigne surtout d’une immense dévotion envers le rêve qui est pour lui le gardien, le garant, le guide qui nous ramène inlassablement vers l’Amour.

Que vers un cœur brisé
Nul autre ne se dirige
Sans le haut privilège
D’avoir lui-même aussi souffert (1)

— © Michèle Le Clech (en hommage à mon analyste)

(1) Christian Bobin, L’inespérée
(2) Emily Dickinson, ‘Unto a Broken Heart’The Collected Poems of Emily Dickinson

L’Ordre éternel

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Art: Caroline Young, Messenger of love

Lorsqu’on emprunte la voie des rêves, l’on remarque peu à peu d’étranges événements se produire qui semblent ici ou là refléter notre état intérieur, offrir une douce compensation ou un avertissement, nous indiquer la direction, ou même nous rappeler ce dont nous avons rêvé la nuit passée. Etonnée, la conscience découvre ce que Jung appelle la synchronicité ; elle découvre aussi qu’il existe un autre ordre, bien différent de l’ordre temporel qui lui est familier.
Ou plutôt, elle le redécouvre.

Les Chinois savent en effet depuis toujours qu’il existe ce qu’ils appellent « l’Ordre du Ciel »,  ou l’Ordre éternel.
Dans l’historiographie chinoise, par exemple, on lit des chroniques de ce genre : « Dans l’année du lièvre, l’empereur flirtait avec le général en chef. C’est pourquoi un dragon se fit voir dans le lac untel. Le Yangtze déborda de ses rives et détruisit les champs de riz. » 
(1)
Marie-Louise von Franz poursuit : On observe ici la pensée synchronistique pure et simple. Bien entendu, les Chinois n’étaient pas assez stupides pour penser que la rivière Yangtze Kiang débordait parce que l’empereur flirtait avec le général en chef. Ils ne pensaient pas davantage à relier ces deux événements de façon causale comme nous le ferions. Mais pour eux, comme le dit Marcel Granet : « Chaque année est un ensemble d’événements qui, dans leur totalité, donne une image significative des sortes de choses qui semblent toujours se produire ensemble. »

Devant les catastrophes naturelles dont nous sommes actuellement les témoins — ou les victimes —, je ne peux m’empêcher de me poser une question : que tirerions-nous comme enseignement si, prenant un peu de recul et nous appuyant sur une sagesse millénaire, nous embrassions du regard ce qui est relaté dans les journaux pour découvrir les événements qui « aiment » à se produire ensemble ?

Comme nos rêves nous invitent à le faire au niveau personnel, nous opérons régulièrement quelques rectifications salutaires ; en d’autres temps, et sur un autre plan, l’empereur célébrait certaines cérémonies réparatrices. Il est assez tentant de faire le lien, de se tourner vers l’ensemble des dirigeants à travers le monde et de se demander : où donc sont, de nos jours, les cérémonies réparatrices ?
Il serait toutefois assez tentant aussi de s’arrêter là.
Pourquoi ?
Parce qu’avant même de songer à jeter la première pierre, si l’on déplaçait notre attention ne serait-ce que d’un cran, cela soulèverait, n’est-ce pas, une autre question : lorsque nous agissons au quotidien — et pas seulement si nous occupons une position de leader —, avons-nous à l’esprit l’Ordre du Ciel antérieur ?

Cela nous renverrait, pour sûr, à notre propre résonance.
Sommes-nous prêts à cela ?
Sommes-nous prêts à considérer que notre sécheresse de cœur d’une part et nos discours enflammés d’autre part sont à l’image de ce qui embrase le monde et participent de la politique de la terre brûlée ?
Sommes-nous prêts à considérer le fait que la répression répétée de nos émotions c’est autant de larmes invisibles qui se reflètent dans l’océan de chagrin du monde ? Et que cette répression est telle que le risque d’être un jour submergé au niveau personnel est immense… de même qu’à l’image des crues ou des inondations, de brusques torrents de larmes risquent de nous entraîner les uns les autres dans une noyade collective ?
Pouvons-nous prendre en compte le fait que nos paroles ou nos actes sont parfois de véritables poisons qui viennent polluer les rivières de l’innocence et de la pureté ? Pouvons-nous envisager un instant que la tempête qui agite notre esprit risque de renforcer encore celle qui souffle déjà au dessus de certaines têtes, ivres d’idéologies de tous poils, menaçant les plus faibles d’entre nous, balayant sans distinction aucune ce que la conscience a construit de plus beau depuis des siècles ?
Pouvons-nous imaginer que nos explosions de rage ou de colère ont en écho, dans un ailleurs parfois très éloigné de notre réalité, un effrondrement ou une déflagration telle que l’équilibre d’un autre — ou d’une entière communauté — est menacé ? Pouvons-nous concevoir que toutes les frustrations qui couvent sous le manteau, la rage ou colère rentrées, tout ce que à quoi nous ne voulons (ou ne pouvons) pas faire face fait, qu’on le veuille ou non, de la planète une poudrière ?
Sommes-nous prêts ?
Sommes-nous prêts à prendre la mesure de l’impact [de l’empreinte écologique certes (2), mais également, et peut-être surtout, psychologique], que nous avons sur le monde et, humblement, nous mettre en quête de ce qui pourrait alléger la souffrance en nous (et donc autour de nous), non en l’ignorant, en la projetant — ou pire, en y plongeant un autre —, mais en l’accueillant et en la souffrant au plus profond de nous jusqu’à ce que l’amour dessine un chemin ?

Que de cœurs glacés dans ce monde,
qui aspirent à être réchauffés mais qui,
ne trouvant pas le rayon bienfaisant,
glacent le cœur des autres,
leur ôtant la confiance 
(3).

Le monde est semble-t-il entré dans son hiver.
Et c’est dans l’ordre des choses :

Dans notre société, toute l’ambition, toute la concentration est de nous détourner, de détourner notre attention de tout ce qui est important. Un système de fils barbelés, d’interdits pour ne pas avoir accès à notre profondeur.
C’est une immense conspiration, la plus gigantesque conspiration d’une civilisation contre l’âme, contre l’esprit. Dans une société où tout est barré, où les chemins ne sont pas indiqués pour entrer dans la profondeur, il n ‘y a que la crise pour pouvoir briser ces murs autour de nous. La crise, qui sert en quelque sorte de bélier pour enfoncer les portes de ces forteresses où nous nous tenons murés, avec tout l’arsenal de notre personnalité, tout ce que nous croyons être
(4).

Mais serons-nous suffisamment aimants, confiants, solidaires — et conscients (5) — pour qu’un nouveau printemps de l’âme soit rendu possible ? La force de vie sera-t-elle frémissante assez pour que nous soyons tentés de nous joindre à la communauté foisonnante des architectes et des artisans du futur ? Parce qu’ils s’essaient à concrétiser leurs micro-visions de ce que pourrait être le paradis sur terre, des milliers d’initiatives ont vu le jour ces dernières années, dans le monde entier (6). Se détournant de l’amour du pouvoir et de la concurrence, ils cultivent de leur mieux le pouvoir de l’amour et de la coopération. Là où le cœur est touché, là est pour eux le chemin… et sur leurs pas refleurissent çà et là les jardins — de la Terre ou de l’âme.

Il serait temps de remettre au centre nerveux de notre société ceux qui servent la vie, ceux qui remaillent sans fin le tissu de la vie. Ce sont eux qui sont au centre, même si on ne les voit pas, même si on ne les nomme pas, même si on ne les sacre pas (7).

Certains esprits chagrins pourront les qualifier de rêveurs… Je les trouve pour ma part inspirants. Chacun d’eux se fait peut-être l’écho des paroles de John Lennon : You may say I’m a dreamer, but I’m not the only one (8)

— © Michèle Le Clech


(1) Marie-Louise von Franz, Les Modèles archétypiques dans les contes de fées, éditions La Fontaine de Pierre.
(2) Je ne résiste pas à l’idée de citer Lierre Keith, écrivaine et féministe radicale (extrait de son article Les jeunes filles et les herbacées ; traduction Nicolas Casaux) :

Pris un par un, les faits sont épou­van­tables. Au cours de mon exis­tence, la terre a perdu la moitié de sa faune sauvage. Chaque jour, 200 espèces glissent dans la longue nuit de l’ex­tinc­tion. « L’océan » est syno­nyme des mots abon­dance et profu­sion. Pléni­tude est aussi sur la liste, ainsi qu’in­fi­nité. Et d’ici 2048, les océans n’abri­te­ront plus aucun pois­son. Les crus­ta­cés connaissent « un échec repro­duc­tif complet ». En d’autres termes, leurs bébés meurent. Le planc­ton dispa­raît égale­ment. Peut-être que le planc­ton est trop petit et trop vert pour que quiconque s’en soucie, mais nous savons cela : 2 respi­ra­tions animales sur 3 sont rendues possibles grâce à l’oxy­gène que produit le planc­ton. Si les océans tombent, nous tombe­rons avec eux.

(3) Charles Baudouin, La Force en nous, 1950.
(4) Christiane Singer, Du bon usage des crises
(5) Exemples : écologie profonde,  développement durable, permaculture, Projet Oasis, écovillages, psychologie des profondeurs,justice réparatrice, Théorie U, intrapreuneriat, facilitation de la convergence, le crowdfunding, L’Université des va-nu-pieds
(6) Parce que les graines du changement se trouvent au dedans de nous, je ne résiste pas au plaisir de citer CG Jung à ce sujet :

Nourrir ceux qui ont faim, pardonner à ceux qui m’insultent et aimer mon ennemi, voilà de nobles vertus. Mais que se passerait-il si je découvrais que le plus démuni des mendiants et que le plus impudent des offenseurs vivent en moi, et que j’ai grand besoin de faire preuve de bonté à mon égard, que je suis moi-même l’ennemi qui a besoin d’être aimé ?
Que se passerait-il alors ?

(7) Christian Bobin, Un bruit de balançoire, les éditions de l’Iconoclaste, 2017.
(8) John Lennon, Imagine, 1971


 

Nature pensive et rigueur du temps

Arbre

Art: Sam Sidders, Winter Tree

Quelle que soit la couleur des pillules — et malgré l’utilité qu’elles revêtent à nos yeux dans certaines circonstances —, elles nous laissent parfois croire qu’il y aurait quelque chose de pathologique dans la souffrance, l’inquiétude ou le mal-être, comme si cela ne devait pas être, comme si c’était quelque chose qu’il fallait anesthésier, quelque chose contre quoi il fallait lutter, quelque chose qu’il fallait ré-équilibrer…

Si l’on aborde toutefois la souffrance d’un point de vue autre que celui notre culture, l’on remarquera qu’elle a du sens et appartient avant tout à l’ordre naturel des choses. Si l’on accepte de l’accueillir, de la souffrir jusqu’au bout sans chercher à y échapper ou à « s’en sortir », l’on s’aperçoit que nombre d’entre elles (et peut-être même les plus terribles) donnent accès à quelque chose d’infiniment précieux. Derrière le mot souffrance — qui vient du latin sufferre — du verbe ferre, « porter » — se rattache en effet l’idée de fertilité : le principal ancêtre latin du mot fertile est en effet ce même verbe ferre, « porter » (dans son ventre). Derrière la souffrance se cache donc l’idée de porter du fruit.
Mais pour pouvoir fructifier, il nous faut endurer la période plus ou moins longue (et plus ou moins difficile) d’un hiver qui demande à s’installer… jusqu’au jour béni où nos racines auront l’élan de puiser plus profond, d’établir de nouvelles connexions, à la recherche d’une nourriture peut-être plus riche et plus adaptée.
Parce qu’elle sait se recueillir au cœur de l’être tandis que ce qui est destiné à mourrir subit les rigueurs du temps, rien ne se fige ni ne gèle, et la sève nouvelle, issue des entrailles du Féminin, circulera bientôt, bouillonnante ou force tranquille c’est selon, irrigant notre espace intérieur.

Il ne s’agit pas d’une décision consciente, de la mobilisation de quelques forces qui viendraient en réaction à notre situation, mais plutôt d’un abandon à une saison de l’âme à laquelle trop souvent nous cherchons à échapper, et qui sera suivie, en son temps, d’un nouveau printemps, et d’un accès nouveau à la source de vie.
En surface parfois, tout a disparu ou ne reste plus de nous d’un tronc aux branches dépouillées, mais au plus profond la vie est là, au repos. Il n’est alors que de nous laisser être… et de nous laisser traverser le moment venu, de nous émerveiller de ce dont la Nature est capable — comme lorque l’aube succède à la nuit et soulève lentement l’un des voiles qui recouvrent ce qui est, recréant les mille et une choses que la nuit avait effacées.
Si nous cherchons à échapper à ces petites morts que nous offrent régulièrement la vie, nous sommes parfois condamnés à passer d’une crise à l’autre, comme on zapperait d’une chaîne à l’autre, cherchant encore à diriger l’énergie vers le haut — et vers l’extérieur —, puisant dans nos réserves sans voir que cela nous rendra bientôt exangues. Parce que nous sommes éduqués à ne voir que la surface des choses, nous ne savons plus nous pencher assez bas. Descendre, à nos yeux, serait en quelque sorte atteindre les racines du « mal ».  Mais le vide que nous ressentons dans de tels moments ne s’apparente pas, comme on voudrait nous le faire croire, à quelque puits de l’enfer, il est la matrice de toute vie nouvelle et son terreau nourricier s’enrichit de tout ce qui se meurt en nous. Vouloir la croissance lorsque tout tend vers le ralentissement ou le déclin, c’est prendre le risque d’un brutal retour à la terre ; la Nature, n’est-ce-pas, est souveraine, et à certaines époques, c’est finalement quand nous voilà décomposés que nous lui sommes en définitive des plus utiles.

Nous confondons le mouvement naturel de la vie, flux et reflux, activité et repos, avec ses effets. Mais si nous changeons notre point de vue, nous constatons, nous savons, nous sentons, que l’énergie s’est simplement retirée quelque part dans la profondeur. Certaines choses sont parfois vouées à totalemet disparaître, se raccrocher à elles nous vaudrait certainement quelques mésaventures. Si nous sommes réellement présents à nous-même cependant, nous apercevons, au delà du voile, notre être profond goûter avec délice aux prémisses d’un repos bienvenu… quelquefois même vital.
Si nous étions des amants de la vie, sans doute serions-nous davantage au diapason, humblement à l’écoute de ce qu’Elle réclame. Et devant ce qui n’est aux yeux du monde que glace et froideur peut-être embrasserions-nous, d’un tendre regard, une Nature pensive, enveloppée dans son blanc manteau, dont nous aurions à cœur de respecter les rêveries, le besoin de recueillement et de silence… une Reine que nous hororerions d’une présence bienveillante et que nous aurions à cœur de servir.

© Michèle Le Clech