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Traversée du désert et Métamorphose : magnifique création de maria-luise Bodirsky

Carnets de rêves est un espace consacré au cheminement intérieur, au partage et aux confidences autour des rêves.
Pour découvrir cette voie des rêves, ou pour aller plus loin dans la recherche de mieux être (avec soi, avec les autres, avec la vie), Carnets de rêves vous propose des citations, des vidéos, des  livres, des films, des partages de savoir ou d’expériences qui peuvent aider à approfondir notre regard sur nous-mêmes et à tendre vers une conscience aimante.

Certains auteurs comme CG Jung, Marie-Louise von Franz, Anne Baring, Jean Shinoda Bolen, Marion Woodman sont de précieux alliés dans cette découverte du monde intérieur.

Parfois les rêves nous livrent aussi de précieuses informations sur notre santé ; Stephen B. Parker en témoigne à merveille dans son livre Ame et crise cardiaque.


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Bretagne Quimper

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Blessures du cœur

ItsHurtingAgainCertaines blessures du cœur sont difficiles à guérir… si jamais elles guérissent un jour, ai-je lu il y a longtemps de cela sous la plume d’une amie.

De fait, la perte d’un grand amour laisse parfois une plaie profonde, une plaie qui reste longtemps béante dans certains cas. Si elle cicatrise au fil des ans, elle se rouvre cependant de temps à autre, de façon répétée parfois, et nous donne à croire qu’il nous est impossible de faire le deuil de cette relation. Quelque chose d’anodin survient, une scène dans un film, une chanson, une remarque, une date anniversaire, un parfum… un rêve… et la douleur se réveille, aussi intense qu’au premier jour. Sous nos pas, l’abîme s’ouvre de nouveau et le chagrin nous entraîne dans des profondeurs insoupçonnées qui semblent n’avoir pas de fond.

Mais celui qui incarne à nos yeux l’homme de notre vie est fort souvent la projection de quelque chose qui dépasse infiniment l’homme lui-même. Il représente certes pour un temps le regard aimant et bienveillant que personne n’a jamais posé sur nous, comme si, dans cette relation, nous avions pu nous voir à travers les yeux de l’aimé et non plus à travers le prisme des jugements négatifs et des croyances ; comme si, pour la première fois, nous avions pris conscience de nos qualités, de nos dons et de leur valeur ; comme si, pour la première fois, nous nous étions goûtées nous-mêmes, aimées nous-mêmes, et la vie et le monde alentours.
Il incarnait peut-être une présence, un soutien, des qualités dont nous avons manqué — ou auxquelles nous étions par trop attachées.
L’esprit nourrissait peut-être aussi l’esprit, et le corps la sensualité. Le cœur chantait un chant nouveau… La magie était dans l’air, les synchronicités fleurissaient çà et là, et une petite fée semblait nous suivre qui opérait mille et un petits miracles.


Puis un jour, sans même une explication parfois, « l’homme de notre vie » s’en va…
Tout disparaît.
Et le vide est abyssal.

C’est en tout cas ce qui se passe lorsque le meilleur de nous-même est plaqué sur un autre : sans lui, nous ne valons rien.
C’est, du moins, ce que nous croyons.
Nous n’avons pas conscience que les qualités que nous avons entrevues sont en nous.
Peut-être ces qualités sont-elles encore à l’état de jeunes pousses dans le jardin de notre âme ; ou peut-être sont-elles régulièrement écrasées par un animus irrespectueux qui les renvoie dans les bras de l’hiver. Nous l’oublions — ou l’ignorons peut-être —, mais le germe n’en reste pas moins présent. Ce n’est parfois qu’après un long travail que l’on parvient à protéger ce qui ne demande qu’à s’épanouir. Et c’est souvent au contact d’une autre femme, profondément en lien avec son côté masculin, que l’on trouvera l’inspiration, la force et la persévérance nécessaires pour protéger la future floraison. On trouvera aussi en elle l’humilité, la réceptivité, la patience, la confiance et la bienveillance suffisantes pour permettre à nos racines d’opérer la descente nécessaire vers les profondeurs de l’âme. On trouvera surtout en elle une incarnation de l’être au féminin.

Nous n’avons non plus pas conscience que l’amour est en nous ; les rêves nous ramènent donc inlassablement vers l’Aimé, vers l’océan infini de l’Amour, vers l’Un-sans-nom et l’Un-sans-visage.
Et pour nous faire prendre conscience de ce qui se joue dans notre monde intérieur, ils n’hésitent pas à emprunter le visage de celui qui incarne à nos yeux cet Amour… jusqu’à ce que nous soyons rendues capables de voir qu’une même attitude se répète : tout comme celui qui nous a quittée, nous nous détournons aussi de nous-même et nous rompons brutalement parfois la relation aimante d’avec nous-même pour retomber sous la coupe de la négativité, des jugements et des croyances héritées.
Et si l’on se penche assez longtemps sur les rêves, l’on peut voir une sorte de schéma qui se répète et dont les racines plongent loin dans le temps. Avec l’art qui les caractérise, les rêves feront le parallèle entre les événements de notre quotidien et certains événements marquants de notre passé.

Et parfois aussi, nous mettons le doigt sur un mode de fonctionnement hérité qui se répète à l’envi pour peu que nous tentions de vivre qui nous sommes vraiment.
Rien n’affecte davantage les enfants que la vie que les parents n’ont pas vécue, dit Jung.
Cela est si vrai que, tandis que nous abordons les rivages de l’âme, nous nous trouvons parfois entraînées vers le large.
Parfois encore, c’est lestées du poids d’un très lointain passé que nous sommes précipitées vers les grands fonds : la mémoire des femmes, inscrite dans nos cellules, se réveille, et l’on entre en résonnance avec la souffrance du Féminin à travers le temps. Tout comme dans l’océan à un certain degré de profondeur, la lumière ne passe plus ; la conscience, à ce stade, s’obscurcit elle aussi et peine à s’exprimer. Aucun mot ne pourra bientôt plus franchir nos lèvres : rien ne peut en effet traduire le terrible sentiment d’oppression et de souffrance que le corps endure sous le poids du passé. L’eau de nos larmes ne fait qu’ajouter à l’océan de tristesse de l’héritage ancestral.
Le remède à cette souffrance est paradoxalement davantage de souffrance ; il s’agira de descendre plus profond encore.

Le remède à la souffrance… n’est pas de se laisser submerger par l’inconscient, mais de la porter à la conscience et de souffrir davantage. Le démon de la souffrance est guéri par plus de souffrance, par l’intensification de la souffrance… Ne fermez pas les yeux sur le Sphinx angoissant, mais regardez-le bien en face ; laissez-le vous saisir dans sa gueule, vous croquer de ses milliers de dents venimeuses, et vous avaler. (1)

C’est comme un acte de foi.
Une présence amie et le regard bienveillant de quiconque s’est aventuré jusque-là sont le garant d’un peu d’humanité dans ces lieux habités par les monstres du passé et où la conscience risquerait de sombrer. L’on comprend seulement alors le sens de certains grands rêves ou images archétypiques survenus des années auparavant.
Voici la vision d’une femme d’environ 40 ans :

Souffrance à travers le temps 

Sur ma gauche un grand groupe de femmes. Ce sont des bretonnes, toutes de noir vêtues comme au siècle passé.
Venant d’elles, et en elles, je ressens une immense souffrance, une souffrance qui s’étend loin dans le temps, une souffrance qui m’empêche de vivre.
Sur la droite, l’océan.
La mer est calme.
Une grosse vague survient, faisant disparaître les femmes et la souffrance.
Et cela me réjouit.
Un temps…
Car je suis brusquement précipitée dans une souffrance sans nom. Une immense souffrance à laquelle je ne peux m’identifier (aucune raison personnelle) mais qui m’envahit et à laquelle je ne peux échapper.
Je n’ai pas peur, je sais au fond de moi que je dois la vivre.
Je me sens comme une marionnette, comme un pantin.
Je dois accepter et vivre la palette des sentiments qui surviennent.
Mon corps se tord de douleur, et mon visage se transforme comme pour refléter ce que je vis à l’intérieur…
Je suis comme un instrument entre les mains d’une sorte de musicien.

Puis je suis, graduellement, ramenée dans le monde des vivants ; je perçois une étrange paix, un amour immense ; je me sens radieuse, comme illuminée au dedans.
C’est comme une délivrance qui s’accompagne d’un immense soulagement.

Pour quelle raison le monstre nous recrache-t-il soudain ?
Cela reste un mystère.

— © Michèle Le Clech


(1) Miguel de Unamuno, The Tragic Sense of Life (cité dans The Black Sun, par Stanton Marlan)

 

Les chemins de l’écopsychologie

EcopyschologieLe Cosmos a une âme, comme la Nature vivante qui nous entoure, de même que les montagnes algériennes du Hoggar, celles de la Chine et des Andes péruviennes, sans oublier les landes irlandaises et les oliveraies palestiniennes.
L’Âme du monde est la pierre de voûte de cette philosophie qui refuse de réduire le réel au matériel. Comme dit le Coran, la Création est composée de « signes » ; les visionnaires européens de la Renaissance évoqueront, eux, ces « signatures » partout présentes, dans chaque fragment, pour celui qui sait lire les hiéroglyphes de la Nature vivante. Nous sommes ici au cœur d’une écologie sacrée, généreuse offrande léguée pour les générations qui viennent par les sagesses les plus anciennes.
Elle est un bien commun.
Mais, dans cette philosophie de l’Âme du monde, l’humain aussi est envisagé sur un mode qualitatif.
Il est porteur d’une infinitude déployée entre mémoire et imagination, présence et espérance. Selon les termes de cette philosophie, les femmes et les hommes sont à la hauteur de leur humanitas s’ils peuvent s’élever au rang de microcosmos.
Qu’est-ce à dire ? Le Cosmos, la Nature, les Quatre éléments, les Trois règnes ne sont pas seulement des réalités physiques et matérielles distribuées autour des humains ; ils sont aussi des réalités intérieures, psychiques, intimes, ils sont dans l’âme. C’est la raison pour laquelle la philosophie de l’Âme du monde est inséparable d’un humanisme cosmique.
L’écopsychologie, née aux débuts des années 1990, est l’héritière de ces vieilles sagesses. Elle ne se confond pas avec le développement personnel, car son défi est autre : la transformation, la transfiguration du monde, pour contribuer à l’émergence d’une Cité plus juste socialement, écologiquement et culturellement.
Spirituelle et philosophique, thérapeutique et politique, la révolution écopychologique veut en finir avec l’homo oeconomicus du capitalisme, et veut célébrer cet homo universalis, qui seule est capable d’arpenter les chemins de l’Âme du monde, au gré des langues, des imaginaires, des lieu-dits.

 — Mohammed Taled, Arpenter les chemins de l’Ecopsychologie. Humanisme cosmique et Philosophie de l’Âme du monde, Arma Artis, 2017


Ce livre peut être commandé en envoyant un mail à l’adresse électronique suivante :

Elisabeth Horowitz : Quelle coïncidence !

Horowitz_QuelleCoincidencePrésentation de l’éditeur

Les coïncidences ? Tout le monde aime les concours de circonstances surprenants et les faits extraordinaires, même les statisticiens et autres amateurs de probabilités.

Dans cet ouvrage, l’auteur retrace l’historique des recherches faites à partir de 1900. Plusieurs tentatives d’explication ayant émergé à cette date, en Europe, puis sur le continent américain.

Dans la première partie du siècle (1900-1950), toutes les coïncidences sont observées et analysées en tant que des phénomènes purement extérieurs, notamment suite aux travaux de Paul Kammerer concernant la loi des séries (1919). Avec l’apparition de la théorie de Carl Jung relative à la synchronicité (1952), naît l’hypothèse suivante : celles-ci pourraient être la projection et la matérialisation de contenus de la psyché (reflétés par l’environnement). Les deux visions sont en réalité complémentaires car à l’expérience, toutes les simultanéités, occurrences et coïncidences ne sauraient être rangées de manière définitive dans l’une ou l’autre de ces catégories.

Outre un panorama des successives approches théoriques, l’essentiel de l’ouvrage expose les mécanismes à l’oeuvre dans la formation des coïncidences et la signification de celles-ci.

À travers de nombreux exemple, le livre se veut pratique et concret: Quel sens donner aux coïncidences du quotidien ? Comme lire sur une voiture publicitaire le nom d’une connaissance qui, au même instant, vous appelle au téléphone ou encore obtenir les lettres formant votre patronyme lors d’une partie de scrabble… Toutes les réponses à ces questions et à de nombreuses autres, sont à découvrir dans ce livre.

— Elisabeth Horowitz, Quelle coïncidence ! Apprenez à décoder : hasards, surprises et synchronicités, Dervy Livres, 2017.

Danielle Messia : De la main gauche

DanielleMessiaJe t’écris de la main gauche
Celle qui n’a jamais parlé
Elle hésite, elle est si gauche
Que je l’ai toujours cachée
Je la mettais dans ma poche
Et là elle broyait du noir.
Elle jouait avec les croches
Et s’inventait des histoires.

Je t’écris de la main gauche
Celle qui n’a jamais compté
C’est celle qui faisait les fautes
Du moins, on l’a raconté.
Je m’efforçais de la perdre
Pour trouver le droit chemin
Une vie sans grand mystère
Où l’on n’se donne pas la main.
Des mots dans la marge étroite
Tout tremblants qui font des dessins.
Je me sens si maladroite
Et pourtant, je me sens bien.
Tiens voilà, c’est ma détresse
Tiens voilà, c’est la vérité.
Je n’ai jamais eu d’adresse
Rien qu’une fausse identité.

Je t’écris de la main bête
Qui n’a pas le poing serré
Pour la guerre, elle n’est pas prête
Pour le pouvoir, n’est pas douée.
Voilà que je la découvre
Comme un trésor oublié
Une vue que je recouvre
Pour les sentiers égarés.
On prend tous la ligne droite
C’est plus court, oh oui, c’est plus court
On n’voit pas qu’elle est étroite
Qui n’y a plus d’place pour l’amour.
Je voulais dire que je t’aime
Sans espoir et sans regrets
Je voulais dire que je t’aime
T’aime, parce que ça sonne vrai.

— Danielle Messia, De la main gauche, chanson écrite en 1982 et figurant sur l’album du même nom.

 

Daniela F. Sieff : que signifie être guéri ?

L’univers du traumatisme et la sagesse de Marion Woodman

Lorsque nous essayons de guérir d’un traumatisme, la plupart d’entre nous s’imaginent naïvement parvenir en un lieu où ils seront délivrés de la souffrance qui résulte de leurs blessures et où le traumatisme n’affectera plus leur vie.
Mais ce n’est pas le cas. On ne peut changer le passé. Nos blessures font partie de nous. Ce qui peut être transformé, cependant, c’est le lien que nous entretenons avec ces blessures, avec nous-mêmes et avec les autres.

Pour opérer ce changement décisif, il nous faut à la fois explorer l’esprit et le corps afin d’y trouver d’autres façons, plus saines, d’aborder la souffrance et la peur qui entourent ces blessures — et, de manière toute aussi cruciale, de modifier l’univers traumatique qui se forme tout autour.
C’est un processus difficile et qui prend du temps. Beaucoup de gens, y compris la majorité des services de santé publique, sont à la recherche d’une voie plus simple et plus rapide. Mais semblable chose n’existe pas.

MarionWoodman44Pour faire face au traumatisme de façon pertinente, il nous faut nous impliquer et relever un défi. Nous avons également besoin d’être accompagnés par ceux qui ont une connaissance du traumatisme de par l’expérience qu’ils en ont faite à la fois sur le plan de l’âme, du corps et de l’esprit.
Marion Woodman est l’une de ces personnes.

— Extrait de l’article « Trauma-worlds and the wisdom of Marion Woodman » publié par Daniela F. Sieff in Psychological Perspectives, A Quarterly Journal of Jungian Thought.


Traduction : Michèle Le Clech, avec l’aimable autorisation de Daniela F. Sieff
Relecture : Nelly Delambilly

Les traductions sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution

 

Thomas d’Ansembourg : Si tu veux la paix, prépare-la

Il nous faut apprendre à nous aimer comme des frères,
sinon nous allons nous entretuer comme des imbéciles

— Martin Luther King

Si tu veux la paix, prépare-la.

Nous sommes puissants, bien au-delà de ce que nous croyons savoir de nous.
Par habitude, nous sommes beaucoup plus habiles à préparer la guerre que la paix. C’est un vieux logiciel, pavlovien. Et forcément c’est la guerre que nous obtenons. Pour cela, nous avons un ministre et un ministère, une administration et une armée de personnel avec ses corps d’élite, des grands moyens de recrutement, d’entrainement, de communication et de couverture médiatique, d’espionnage et même de recherche, et bien sur une légitimité historique (« on l’a toujours fait… »).
La guerre, oui, nous savons y faire.

Et la paix, c’est quand, où et comment qu’on apprend à « savoir y faire » ? Où est le ministre, le ministère et le personnel en charge de l’organisation de programmes et formations, du soutien logistique et de la couverture médiatique, où est le budget, le recrutement, le soutien à la recherche et au échanges internationaux ?
Et surtout, qui accepte en haut lieu de légitimer l’éducation — tant scolaire que permanente — à la paix ?

La paix, cela s’apprend, comme les math, le foot, les langues et la conduite d’une voiture.

La paix ne tombe pas du ciel, sauf chez les Bisounours. La paix s’apprend, se travaille, s’organise et se structure avec au moins autant d’attention, de rigueur, de détermination et d’engagement que la guerre. Elle requiert une discipline de savoir être, qui permet le savoir être ensemble. Toute maîtrise d’une discipline suppose des apprentissages, donc du temps et la volonté d’y parvenir.

Nous disposons [d’armes] d’outils de construction massive, aussi performants qu’ignorés du grand public.

Il existe des dizaines et dizaines d’outils de paix qui ont fait leur preuves dans de nombreux registres, certains depuis plus de 30 ans et bien plus, pour apprendre à se pacifier soi, pacifier les relations aux autres, ouvrir son coeur et son discernement, gérer ses émotions, faire bon usage de la colère ou de la peur, savoir s’exprimer avec vigueur sans violence, savoir écouter l’autre sans craindre sa vigueur, développer du respect pour l’altérité et de l’empathie pour l’autre, traverser les conflits de façon « win-win », faire les deuils nécessaires, nourrir son inspiration et sa créativité…
Ce sont des processus que nous pouvons apprendre à mettre en place petit à petit dans la durée (v. ci-dessus : rigueur, discipline, structure, engagement et temps). Rien à voir avec des trucs ou recettes de magazine comme tant de gens le croient.
La majorité de nos contemporains ignorent ces possibilités et subissent leur vie, subissent les tensions récurrentes, le doute et la détresse, la rage et la peur, la frustration croissante et l’amertume (et donc la tentation de compenser leur mal-être plutôt que de nourrir leur bien être), sans même imaginer que des outils existent pour se transformer, transformer sa vie et se déployer autrement.

La majorité de nos dirigeants et des responsables de nos écoles, Hautes Ecoles et Universités, de nos religions, nos administrations, nos média, et de nos journalistes ignorent ou n’ont pas compris la puissance de transformation dont chacun de nous dispose. Ils ne contribuent donc pas à faire connaître ces approches et processus auprès du grand public. Seuls le bouche à oreille et quelques magazines spécialisés, quelques sites internet, quelques rares émissions souvent aux heures tardives, quelques congrès et salons, et quelques affiches aux sorties de livres permettent au citoyen perdu d’avoir un premier contact avec le monde de la transformation intérieure.

Pour éviter de nous retrouver tous ensemble, en flagrant délit de non-assistance à personnes en danger, pire, non assistance à l’Humanité en danger, au sortir des attentats tragiques et à la veille de la Cop21, je propose aux personnes qui partagent ces convictions de témoigner et diffuser largement cette conscience-ci (qui est — pour ce qui me concerne — le fruit de plus de 20 ans de pratique de l’accompagnement des personnes à travers les cycles, saisons et méandres de l’existence) :

— la violence n’est pas l’expression de notre nature : elle est l’expression de le violation de notre nature (Cessez d’être gentil soyez vrai, 2001, p. 233). Lorsque nos besoins fondamentaux (amour, reconnaissance, appartenance, avoir sa place, expression de soi, sens a sa vie, équité, partage, etc) ne sont pas nourris et si nous ne savons comment pas nommer et faire comprendre ce qui se passe en nous, nous pourrions tous être violents.

— ainsi, la violence et la maltraitance faites à la Nature est le reflet spectaculaire de la violence et maltraitance faite par chacun de nous à sa nature intime.

— c’est donc citoyen d’apprendre à respecter sa nature profonde et à se pacifier : un citoyen pacifié est un citoyen pacifiant. Il est tout sauf passif et béni-oui-oui : il crée un sillage fécond de pacification.

— la clé du changement est à l’intérieur : faisons connaître les outils de paix et de transformation intérieure. « Secouons » (chaleureusement) nos dirigeants de tous ordres pour qu’ils les encouragent et les facilitent concrètement, à l’école (de la maternelle à l’université), dans les hôpitaux, les lieux de sport, les Eglises, les services publics, les administrations, les entreprises.

— et encourageons par notre attitude les sceptiques et les incrédules de tous bord à quitter la posture de sourire gentil parfois narquois voir condescendant que certains peuvent encore adopter lorsque les notions d’éducation à la paix et à la NonViolence sont exprimées ; soutenons nous mutuellement pour découvrir, intégrer et faire découvrir les pratiques qui permettent de développer une Intériorité citoyenne.

Pour développer cette attitude, voici quelques piste parmi bien d’autres (pour chaque point des méthodes existent) :

— prendre régulièrement du temps de présence à soi pour ne pas laisser des cocottes minute d’émotions non traitées se remplir et s’empiler dans nos cœurs jusqu’à explosion ou implosion ; et pour ne plus balancer à l’autre « toi tu es la goutte qui fait déborder mon vase ! » (Sans blague, qui est responsable de mon vase intérieur, l’autre ou moi ?).

— développer ainsi une hygiène de conscience, une douche psychique aussi régulière et évidente que notre hygiène et notre douche physiques. Petit à petit, cela permet de jardiner un état de paix et de force intérieures contagieux.

— apprendre ainsi à comprendre et aimer l’humain en nous sous toutes ses couleurs et dans tous ses états, pour ainsi apprendre à comprendre et si pas à aimer du moins à respecter l’humain en l’autre, bien au-delà des conforts qui nous dorlotent et des inconforts qui nous dérangent.

— Lâcher la vieille habitude de vivre les rapports humains comme des rapports de force (domination-soumission-agression-démission-manipulation-séduction-compéti-tion, …). S’ouvrir à et s’habituer à créer des rapports de collaboration, confiance, synergie et co-création.

— développer notre faculté naturelle d’empathie pour l’autre et de bienveillance, même et surtout si nous ne sommes pas d’accord : apprendre à ressentir ce que l’autre ressent avant de lui répondre ; apprendre à lâcher la prétention à avoir raison, source de tant de tensions égotiques stupides

Rappellons : « nous avons un choix fondamental dans l’existence : être heureux ou avoir raison » (ACIM, cité par Marshal Rosenberg).

— fréquenter de plus en plus régulièrement et en pleine conscience nos états de joie, pour conjurer le logiciel de la culture du malheur et de la plainte dans laquelle nous avons grandi. Ce qui fait joie fait sens. Et fréquenter nos rêves ; nos rêves sont la clé de l’innovation et du changement. Tous ce qui existe — en dehors de la nature — a d’abord été rêvé !

— développer ainsi notre aptitude naturelle à la gratitude : voir et célébrer ce qui est, ce qu’on a et vit plutôt que de se plaindre de ce qu’on n’a pas ou ne vit pas. La gratitude est la vigoureuse vitamine de la relation à soi, à l’autre à la vie (v. à ce propos les découvertes étonnantes de la Psychologie positive et de la Physique quantique)

Voyez, il s’agit bien — comme pour la guerre — d’apprentissages qui demandent du courage, de la rigueur et de la persévérance. Rien de bisounours : c’est du travail. Or nous savons apprendre, nous savons travailler, nous savons être persévérants et rigoureux.

Nous sommes donc puissants.

— Thomas d’Ansembourg, texte posté sur Facebook peu après les attentats du Bataclan et des terrasses à Paris, le 13 novembre 2015 : « Après le 13 novembre ».

Michael Cornwall : rêves et entente de voix

HearingVoices

Art: Sarah Jung

Il me semble que ce qu’on appelle « les voix » — les expériences auditives qui surviennent lors des états extrêmes — sont des expressions symboliques, composées de mots, illustrant l’affect qui découle d’une intense expérience émotionnelle.

Ce que l’on désigne par hallucinations auditives — qui sont parfois perçues comme des voix désincarnées — sont, à mon sens, la projection de cette puissance émotionnelle et symbolique jaillissante.
Je crois que les hallucinations visuelles sont des représentations symboliques qui proviennent également d’une expérience émotionnelle subjective.

En d’autres termes, l’émotion (la terreur par exemple) produit des visions, des images et des discours intérieurs sous forme de voix représentant la terreur.
Dans les rêves des personnes qui sont dans des états extrêmes et qui entendent des voix ou voient certaines choses, les personnages oniriques procèdent également des émotions. Une personne dont l’un des personnages oniriques est cruel a probablement une voix tyrannique d’une grande cruauté.
Les deux types de manifestations proviennent de l’expérience même de la cruauté dont la personne a été victime, mêlée de peur, de rage, d’impuissance, et qui est l’émotion-source de l’infinie puissance créatrice de la psyché et sa capacité à engendrer symboles, mots et images.

— Michael Cornwall, PhD (entretiens)

Site internet : michaelcornwall.com
Voir ses nombreux articles (en anglais) sur Mad In America, Science, Psychiatry and Social Justice


Traduction : Michèle Le Clech (avec l’aimable autorisation de Michael Cornwall)

Les traductions sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas de Modification


Voir aussi
letemps.ch : entendre des voix n’est pas forcément synonyme de folie
et REV France, le réseau française sur l’entente de voix