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Traversée du désert et Métamorphose : magnifique création de maria-luise Bodirsky

Carnets de rêves est un espace consacré au cheminement intérieur, au partage et aux confidences autour des rêves.
Pour découvrir cette voie des rêves, ou pour aller plus loin dans la recherche de mieux être (avec soi, avec les autres, avec la vie), Carnets de rêves vous propose des citations, des vidéos, des  livres, des films, des partages de savoir ou d’expériences qui peuvent aider à approfondir notre regard sur nous-mêmes et à tendre vers une conscience aimante.

Certains auteurs comme CG Jung, Marie-Louise von Franz, Anne Baring, Jean Shinoda Bolen, Marion Woodman sont de précieux alliés dans cette découverte du monde intérieur.

Parfois les rêves nous livrent aussi de précieuses informations sur notre santé ; Stephen B. Parker en témoigne à merveille dans son livre Ame et crise cardiaque.


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Bretagne Quimper

Marie-Louise von Franz : le feu des émotions et l’analyse des rêves

InterpretationContesFeesSi quelqu’un au cours d’un processus analytique, se montre sans passion par rapport à ce travail et ne souffre pas, s’il n’y a en lui ni le feu du désespoir, ni haine, ni conflit ; s’il n’éprouve ni fureur ni ennui ni rien de cet ordre, on peut être à peu près sûr qu’il ne se constellera pas grand-chose en lui et que cela se réduira à une « analyse à bavardage ».

Le feu donc, même s’il est destructeur comme le sont les conflits jalousie ou tout autre affect de ce genre, accélère le processus de maturation ; il est réellement un « juge » et clarifie une situation.

Les gens qui ont du feu se précipitent dans les difficultés et tombent dans des désespoirs, mais au moins, ils tentent quelque chose ! Plus il y a de feu, plus on peut craindre les effets destructeurs des tours et des diableries, mais en même temps c’est ce qui entretient le processus. Si le feu s’éteint, tout est perdu. L’ouvrier paresseux qui le laisse s’éteindre est perdu : c’est celui qui se contente de mordiller le traitement analytique, mais ne s’y engage jamais de tout son cœur. Il n’a pas de feu, aussi rien ne se produit.

— Marie-Louise von Franz, L’Interprétation des contes de fées


Le mot de l’éditeur

Les contes de fées, ces productions mystérieuses de l’âme populaire, ont suscité, au cours de ces dernières années, des études psychanalytiques dont l’écho considérable a attesté le vif intérêt du public.

La psychologie des profondeurs de C.G. Jung offre un instrument de choix pour l’éclaircissement de leur symbolisme. En effet, en reconnaissant l’existence d’un inconscient collectif dont les éléments dépassent l’individu, elle permet de déceler dans les contes des significations d’une valeur constante et des enseignements d’une large portée.

Elle fournit des éclaircissements bien plus satisfaisants que ceux qui se bornaient à l’analyse des complexes et des refoulements personnels, conduisant à ce que Freud lui-même appelait « la monotonie de l’interprétation ».

Spirituellement terrestre

jardinAromatique

Lorsque l’on repense à notre enfance, on sait qu’à un moment donné l’amour et la joie de vivre nous habitaient, comme un droit de naissance en quelque sorte… Mais en grandissant, quelque chose est venu nous « vendre » une conception de la vie, un schéma qui tient en une paire d’opposés, une sorte de couple idéal dont on nous vante les mérites. Et au fil des siècles, ce couple s’est finalement transformé en une sorte de « bully », un côté tyranique, irrespectueux du Féminin, et de sa trop douce épouse.

Ce schéma, ce mode de fonctionnement que l’on a adopté inconsciemment, nous voit osciller entre larmes et rage sans que l’on comprenne vraiment de quoi il retourne, et il conduit des années plus tard à un malaise des plus profonds.

Le moment vient donc où il nous faut revisiter ce modèle, car fuir les échanges, ou rester tout sucre et mettre sans cesse de l’eau dans notre vin pour éviter de réveiller le point de vue binaire et séparatiste ne peut nous satisfaire. Nous avons soif d’autre chose. Et ce dont nous avons besoin, c’est d’un vin nouveau, d’un tout autre esprit, un esprit capable d’accueillir ce qui est et de faire du lien, de réchauffer les cœurs et de faire fondre les rigidités, d’éveiller les consciences et d’insuffler de nouvelles idées… un quelque chose de spirituellement terrestre, qui tient de la Terre Mère et du Père Ciel, fort de la longue maturation qu’ont permis des générations d’humains au fil des siècles.

Sans cet esprit, issu du couple véritable, nos échanges sont vouées à la stérilité, réveillant chaque fois un étrange sentiment de vide et de solitude.

Une seule gorgée de ce vin, et il se peut déjà que nous éprouvions un choc en prenant la mesure du conformisme, du conditionnement et de la grisaille dans lequel nous baignons au quotidien. Lorsque nous abordons le monde intérieur, c’est en effet un petit soleil intérieur que nous retrouvons, un feu éternel qui ne brûle pas mais réchauffe et éclaire, si bien que quelque chose nous pousse à fuir les exigences et la rigidité du système. C’est plus fort que nous. Nous sentons se lever un vent de liberté. La bulle qui nous tenait séparées de nous-mêmes et des autres se rapproche de notre réalité intérieure, et nous sommes souvent toutes surprises de sentir la terre ferme sous nos pas. Plus nous prenons conscience de la répression qui s’exerçait jusqu’alors, et plus nous sommes rendues capables d’exprimer nos besoins, d’être en lien avec notre vérité, notre authenticité, nos vraies valeurs, notre propre rythme, nos cycles. Au diable les certitudes qu’on nous assène, les devoirs attendront d’être remplis… à l’obligation succèdent choix et envie.
Et, à mesure que nous cultivons notre jardin et goûtons à ses productions naturelles, la fraise a pour nous goût de fraise comme la vie a goût de bonheur. Notre structure mentale se transforme et, plus profond ses racines plongent en terre, et mieux elle se prépare pour l’exploration du ciel intérieur.

— © Michèle Le Clech

Toni Wolff : prémonition

CGJungToniWolffToni Wolff eut une prémonition, un avertissement de l’inconscient quant aux difficultés à venir. Le message lui vint sous la forme d’un rêve. Dans un rare moment d’authenticité, elle partagea son rêve en public lors de sa conférence au Club de psychologie analytique de Londres, le 11 avril 1934. Elle confia au groupe que, vingt ans plus tôt, en 1915, elle avait rêvé d’un groupe d’hommes qui creusaient un trou dans le plancher de son bureau. Ils creusaient de plus en plus profond, et elle se rendait compte qu’ils n’étaient pas de simples ouvriers, mais des fossoyeurs, et qu’ils creusaient sa tombe.

Toni précisa qu’à l’époque du rêve, elle  venait de transformer la chambre de sa sœur Susi, inoccupée depuis son mariage avec Hans Trüb, en un bureau destiné à ses recherches en psychologie. Susi et Hans se sont mariés le 10 août 1915, et le rêve de Toni a dû avoir lieu à cette époque. Lors de sa conférence, elle proposa une interprétation du rêve : il annonçait que son implication dans l’étude de la psyché la conduisait vers une mort intérieure. Elle ne mâcha pas ses mots en évoquant le sinistre présage qu’elle avait entrevu, et dit pourtant qu’elle avait choisi de ne pas tenir compte de ce message. Malgré sa foi dans la véracité de l’inconscient, elle déclara au groupe qu’il y a des moments où nous devons simplement nous méfier d’une interprétation trop littérale de l’inconscient.

Un tel rêve, ajouta plus tard Toni Wolff, ne met pas en avant ce que nous voulons entendre, mais ce qui s’avère vrai. L’inconscient, insista-t-elle, ne se soucie pas de ce que nous ressentons : il  présente des faits, non des conjectures ; il ne s’adapte pas à nos désirs personnels. Toni choisit de ne pas tenir compte du message de son rêve et de poursuivre sur la voie qu’elle avait choisie, la voie qu’elle sentait en adéquation avec l’appel intérieur qui était le sien. Chacun de nous, dit-elle, doit assumer le fardeau de sa propre psyche et la responsabilité des choix que nous avons faits.

En réfléchissant à la vie de Toni Wolff des années plus tard, Johanna Meier fit cette remarque : « Elle a sacrifiée sa vie à son travail. » De façon émouvante, le mari de Johanna, C.A. Meier, collègue de Toni Wolff, partage les mêmes impressions : « Elle a refusé une vie terre-à-terre pour le royaume de l’âme. » Pour décrire Toni, il utilise la même image que celle de son rêve, l’image de la tombe, et poursuit en disant : « Toni Wolff a vécu pour l’âme et à travers elle — fidèle jusqu’à la tombe. »

Peu de temps après la mort de Toni Wolff, Irene Champernowne rêva qu’elle voyait Jung insister pour que Toni joue du piano pour lui, bien que la tâche soit beaucoup trop difficile à cause de ses mains, déformées par l’âge et l’arthrite. Elle jouait malgré tout. Pour Irène Champernowne le rêve montrait que Jung avait trop attendu de Toni sa vie durant : « Jung utilisait énormément Toni pour ses recherches et elle a beaucoup souffert ; même si elle était toute disposée à sacrifier sa vie pour cela — totalement. »

— Nan Savage Healy, Toni Wolff & C.G. Jung, A Collaboration, « Analytical Transference »

Marie-Louise von Franz : le problème du mal

PresenceJung— Marie-Louise von Franz : […] la seule chose que vous pouvez faire est de vous confronter vous-même à ce problème, là où vous êtes. Tout le reste…
Si les discours charitables et raisonnables pouvaient aider, nous serions depuis longtemps hors de danger, parce que ces discours ne manquent pas mais ils ne servent à rien.
Par conséquent, le seul endroit où vous pouvez vraiment prendre en mains le problème du mal, le saisir dans un corps à corps, c’est en vous-mêmes. Là, vous avez l’espoir de changer quelque chose, mais l’espoir de changer le monde est une illusion puérile […]

— Susan Wagner : Il semble quasi impossible que suffisamment de monde, à notre époque, soit assez sage ou assez courageux pour aborder le problème du mal par la voie intérieure. La tentation est grande d’essayer d’être héroïque et d’agir extérieurement […]

— Marie-Louise von Franz : Vous vous heurtez rapidement à des lobbies obscurs qui bloquent tous vos efforts. Je crois qu’on devrait le dire haut et fort, on ne devrait pas être timorés, on devrait organiser des manifestations, on devrait faire face au problème mais on ne devrait pas gaspiller toute son énergie là-dedans, car c’est inutile.
On devrait exprimer son opinion, mais sans plus et, pour le reste, combattre intérieurement, car, en fin de compte, ce n’est pas nous qui trancherons : c’est l’inconscient collectif qui décidera ; en langage religieux, c’est Dieu.
Si votre travail se concentre sur votre propre problème, vous aurez peut-être en analyse un homme politique qui a de l’influence, et vous aurez alors accompli davantage que si vous étiez allés chaque jour dans la rue manifester avec une pancarte.
Mais vous ne pouvez pas inciter un homme politique influent à entreprendre une analyse, à s’intéresser soudain à la psychologie humaine. Vous pouvez seulement travailler sur vous-mêmes, entrer en contact avec l’inconscient. Vous vous dites alors : « Si Dieu veut sauver le monde, il mobilisera certaines personnes pour les informer de certaines choses. » Nous ne pouvons pas le faire.
Cela se produit toujours comme un miracle, de façon inattendue. Mais nous pouvons aller à la rencontre de ce miracle en travaillant sur nous-mêmes.

— Marie-Louise von Franz,  Barbara Hannah, Gerard Adler, Présence de Jung

Rêve et mansplaining

mansplaining

Ton idée sonne tellement mieux quand je la reformule.

Qu’on en soit témoin ou qu’on le subisse, la plupart d’entre nous connaissent ce qu’on appelle aujourd’hui le mansplaining, ou l’explication qu’un homme sert avec condescence à une femme à propos de ce qu’elle vient de dire, sur ce qu’elle devrait faire, comment le faire… ou finalement pourquoi ne pas le faire.
(J’invite au passage mes amis anglophones, à suivre ce lien vers un extrait de l’émission de Jimmy Kimmel et le jeu auquel s’était prêtée Hillary Clinton.)

Cette attitude a des racines si profondes à travers le temps — pensez aux mystiques femmes et à leurs confesseurs ou, plus près de nous à Sabina Spielrein(1) — et elle est si répandue, que nous l’avons malheureusement intériorisée, jusqu’à la resservir à l’extérieur.
La mecsplication s’exerce toutefois en premier lieu à l’intérieur.
Ainsi peut-on voir dans les rêves de femmes des personnages masculins qui délivrent leur message avec force conviction sitôt que la voix du féminin se fait entendre. Ils font la leçon, condamnent et font avorter mille projets, paroles ou écrits ou même mouvements, infantilisent parfois (surtout rester « petites » !) Ces messieurs reformulent à l’aide de tournures plus « académiques », redressent, rajoutent, figent, mutilent au nom de l’esthétique et, pour le profit ou la gloire, dérobent ce qui leur semble plein de valeur ou de promesse,  sans gratitude aucune pour la terre qui porte fruit et dépossédant le Féminin de sa valeur.
Sans doute ce modèle masculin, coupé de la nature, n’entend-il que peu de chose à ce qui en est au stade de l’embryon ou à ce qui est nouvellement né, à part le supprimer, s’en emparer et le formater selon sa vision des choses — ou le ramener à ce qu’il connaît déjà.
Tout cela vient heurter le principe réceptif, heurter cette capacité extraordinaire à renouveler, à mettre au monde quelque chose de précieux qu’il s’agit avant toute chose de nourrir.

Cela ne concerne pas seulement les femmes ; ce même modèle masculin répressif et condescendant apparaît dans les rêves des hommes ; il représente une ombre masculine collective, un côté sombre du patriarcat qui agit également dans leur psyché de façon désastreuse. Sans aucun égard pour le principe féminin que les hommes portent aussi en eux, cette ombre blesse également l’authentique virilité au lieu de l’honorer — « Beaucoup de garçons définissent simplement la masculinité : ce qui n’est pas féminin. (2) ».
Cela engendre un grand sentiment de solitude, l’obligation de contrôler à tout prix ce qui émerge du domaine du Féminin, laissant à beaucoup d’hommes l’impression d’être isolés, coupés des autres, même en étant très entourés.
En conséquence, chez les hommes comme chez les femmes, il n’y a plus que du doute à propos de capacités naturelles, et il s’ensuit une profonde tristesse et du découragement…

Il n’y a pourtant aucun doute, le Féminin sait prendre soin de ses enfants, intérieurs ou pas. Mais, entre des mains avides, l’enfant intérieur se voit coupé de la source qui l’a vu naître, et ce qui viendra l’alimenter sera tout simplement artificiel. Les plus belles intentions sont donc parfois à la merci d’un animus qui ne sait que prétendre, c’est-à-dire réclamer, affirmer (généralement haut et fort) ou tendre en avant alors que l’intention, à peine née, est à peine viable.

Les rêves sont un véritable cadeau du ciel pour suivre l’animus ou l’ombre à la trace, et nous permettre de protéger l’enfant et de l’alimenter comme il convient. L’âme est en effet pourvoyeuse de nourriture, et c’est ce que l’on vit, émerveillée, lorsqu’on opère un retour à soi et que l’on retrouve sa véritable nature. On constate également qu’il n’est nul besoin d’user de technique et de mots savants… pas plus que nous n’avons à soigner la dépression (ou pire à « lutter contre ») mais, amoureusement, à laisser le mystère dont elle est grosse se révêler de lui-même. Je ne résiste pas au plaisir de citer Marie-Louise von Franz :

Lorsqu’un nouveau contenu de l’inconscient fait son chemin vers la conscience, il utilise de l’énergie, ce qui se traduit d’abord en surface par une perte de libido, une dépression, un vide, jusqu’à ce qu’on comprenne ce qui vient des profondeurs et ce qui s’y produit.

Comment envisager un instant que la nuit a besoin d’être réparée ?
Chacun sait qu’elle enfante l’aube nouvelle.
Ainsi en va-t-il de l’âme qui, à chaque nuit obscure, nous réenfante. Dans les temps sombres que nous vivons, chaque femme qui emprunte le chemin immémorial de l’âme voit, au fil des rêves, la conscience féminine se défaire peu à peu de l’emprise du patriarcat. L’essence même de sa nature féminine, terriblement agissante et puissamment transformante se déploie… et la conscience masculine se transforme à son tour sous l’influence d’une sagesse toute intérieure.

Ne nous délaisse pas
Toi le féminin
Hormis ton sein
quel lieu pour renaître ? (3)

 Si la contribution de l’esprit est magistrale de clarté, d’éloquence et d’intelligence, il n’en est pas moins vrai que, sur certains sujets, l’expression féminine, plus douce et plus diffuse, laisse toute sa place au mystère et à l’invitation qu’il laisse dans son sillage.
Les mots du Féminin sont comme le chant des arbres. Il vient toucher cette part profonde de la psyché qui connaît et chérit ce langage au-delà des mots, qui nous fait décèler la tempête dans le ton d’une voix ou ressentir dans un silence la douce brise qui berce l’âme.
Plutôt que de parler de, le Féminin incarne.
C’est là sa puissance.
Il est présence. Et non quelque chose d’inaccessible, tout là-haut, véhiculé par des paroles qui viennent expliquer d’autres paroles.
Veut-il évoquer le silence…
Il se tait…

Viens, semble-t-il dire, goûte !
C’est ainsi qu’il est le plus parlant.

Souhaites-tu le changement ?
Ne le recherche pas, dit-il.
Sens-le dans tes tripes, laisse-le grandir en toi, sois patiente… attends.
Laisse ces forces qui te dépassent te remettre au monde.
Même si c’est parfois douloureux.

Le Féminin est aussi cette énergie, puissante et sauvage comme l’est la lionne qui cherche à protéger ses petits. Face à l’animus négatif, nous avons souvent besoin de cet instinct qui ne craint pas de rugir et de tenir tête au mâle (intérieur). Ce qui nous apparaît parfois sous forme de rage — et peut nous faire peur — est vraiment instinctif, et c’est une réaction naturelle à ce qui agit contre nature. Si nous parvenons, en tant que femmes, à faire face à cette rage, et à faire de cette rage une alliée intérieure, nous seront de nouveau en mesure de vénérer, au sein de notre royaume intérieur, une déesse dont la majesté n’a d’égale que celle du mâle. Il sera toujours temps, si besoin est, de traduire ses rugissements en un langage humanisé.
Le dialogue qui s’installe avec cette déesse nous libère de certaines chaînes et nous permet, tout comme elle, de nous montrer très protectrices à l’égard de nos portées intérieures, de faire preuve aussi de la plus grande prudence en cachant notre progéniture (c’est-à-dire en ne l’exposant pas trop tôt).
Les lionnes veillent en outre sur la progéniture d’autres lionnes : le lien avec cet instinct nous fait aussi retrouver les joies de la sororité.
Entourons-nous donc de ces lionnes dont nous croisons le chemin !

— © Michèle Le Clech


(1) My Name Was Sabina Spielrein
(2) R.E Hartley, « Sex-role pressures and the socialisation of the male child », Psychological Reports
(3) François Cheng, Le Livre du vide médian

Un article, paru dans le Figaro sur la Suède et le mansplaining


Marie-Laure Colonna : masculin/féminin, mariage royal

lunesoleilVoici le rêve d’une femme de quarante-cinq ans, cité par Marie-Laure Colonna dans « Guérir d’Osiris », Les Cahiers jungiens de psychanalyse, n° 101

C’est la nuit dans le bush australien. Avec l’une de ses amies et la mère de celle-ci, elle nettoie et fourbit l’argenterie de la maison sous la direction d’une femme plus âgée. Cependant, mue par un pressentiment profond, elle abandonne sa tâche et se dirige discrètement vers une porte-fenêtre. Des familles aborigènes se rassemblent un peu en contrebas de la terrasse et contemplent le ciel avec attention : un événement sacré se prépare, qu’ils attendent depuis des générations. 

À l’horizon, à l’est, la lumière point, alors que le côté de l’Occident est plongé dans une obscurité totale. Mais, surprise ! C’est la lune pleine qui apparaît du côté habituel de l’aurore, tandis qu’à l’opposé, du sein de la nuit, jaillit le disque du soleil. Les deux luminaires montent rapidement l’un vers l’autre, les aborigènes et la rêveuse retiennent leur souffle. Que va-t-il se passer ? Le soleil et la lune vont-ils se heurter et s’anéantir, dans leur refus de se soumettre l’un à l’autre. Va-t-il se produire une catastrophe cosmique ? 

Parvenus au zénith, les deux astres semblent un instant hésiter, la lune est un peu plus brillante, plus dorée qu’à l’ordinaire. Le soleil, lui, semble un peu argenté. Soudain, dans le même mouvement, l’un et l’autre se décalent et ils apparaissent l’un au-dessus de l’autre, sans qu’on puisse dire maintenant, tant leur éclat est égal, qui de la lune ou du soleil soutient l’autre. 

Devant ce mariage, cette conjonction des opposés, les Aborigènes et la rêveuse sont tombés à genoux. La lune et le soleil commencent alors à s’éloigner l’un de l’autre en suivant leur trajectoire vers l’horizon opposé. 

Après le rêve, la jeune femme, tout emplie par le sentiment numineux et la beauté primitive des scènes de la nuit passée, peindra le tableau de cette grande conjonction qu’elle m’apportera à la séance suivante, en disant : « Je comprends que je ne dois pas suivre uniquement l’exemple des femmes de ma famille et de celles qui m’ont élevée, comme font, dans le rêve, mon amie et sa mère qui, trop occupées par leurs activités lunaires traditionnelles — l’argent est le métal de la lune — ne voient pas ce signe d’un temps nouveau. Ce signe, le mariage harmonieux du dieu et de la déesse, la nature plus instinctive, les Aborigènes, l’attend depuis très longtemps. Mais seuls ceux, qui peuvent se distraire de leurs devoirs habituels, qui peuvent se réveiller et se rassembler dans la nuit qui précède un nouveau degré de la conscience, sont admis à contempler le mariage royal. Dans cette union, le soleil et la lune échangent leurs territoires, et se donnent l’un à l’autre sans rien perdre de leur essence. Ils se conjoignent, ils se marient sans se mélanger, s’éclipser ou s’anéantir, pour une nouvelle naissance de la conscience, un mariage intérieur. »

[…] Dans ce hieros gamos entre le masculin et le féminin, chaque fois qu’il se produit dans une psyché individuelle, naît une conscience adoucie, moins autocritique, plus équanime dans ses relations aux autres et au monde.