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Traversée du désert et Métamorphose : magnifique création de maria-luise Bodirsky

Carnets de rêves est un espace consacré au cheminement intérieur, au partage et aux confidences autour des rêves.
Pour découvrir cette voie des rêves, ou pour aller plus loin dans la recherche de mieux être (avec soi, avec les autres, avec la vie), Carnets de rêves se propose de rassembler des citations, des vidéos, des  livres, des films, autant de partages de savoir ou d’expériences qui peuvent aider à approfondir notre regard sur nous-mêmes et à tendre vers une conscience aimante.

Certains auteurs comme CG Jung, Marie-Louise von Franz, Anne Baring, Jean Shinoda Bolen, Marion Woodman sont de précieux alliés dans cette découverte du monde intérieur.

Parfois les rêves nous livrent aussi de précieuses informations sur notre santé ; Stephen B. Parker en témoigne à merveille dans son livre Ame et crise cardiaque.


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Bretagne Quimper

Destinée

roses

Art: Anne Cotterill

Il éveille chaque matin,
il éveille mon oreille
pour que j’écoute comme écoutent les disciples.
— Esaïe, 50:4

Ce matin, une amie chère à mon cœur a partagé son rêve avec moi. Le thème semblait être l’écoute — ou plutôt le fait de ne pas entendre. Ce rêve m’a ramenée à ces moments, que nombre d’entre nous connaissent, où nous peinons à écouter certains messages oniriques.
Il est pourtant de ces rêves  qui demandent qu’on leur prête une oreille des plus attentives — et il en va même parfois de notre vie. L’énergie qui porte notre existence peut en effet se retourner contre nous lorsqu’elle ne s’écoule pas dans la bonne direction.
Comme lorsque nous refusons de vivre ce pour quoi nous sommes vraiment faits.
James Hillman parle du Daemon ou du Genius, qu’il nous appartient d’honorer… ou pas.
A un moment de notre existence, l’enjeu devient cependant crucial ; il nous faut prendre la responsabilité de notre vie, reprendre le volant à celui ou à celle qui conduisait jusqu’alors, et emprunter le chemin de notre destinée.

Pour cela, il est essentiel d’aller jusqu’à la racine des mots car c’est là, bien souvent, que se situe ce qui fait sens pour nous. Les nommer ne suffit pas. Notre époque aime les étiquettes et voudrait nous faire croire que certaines choses sont sans intérêt. Pourtant, si nous prenons la peine de nous attarder un instant sur leur symbolisme, nous constatons que ces mêmes petites choses sont souvent d’une valeur immense sur le plan de l’âme.
Voir les richesses qui nous entourent ou celles dont nous sommes porteuses n’est cependant pas chose aisée ; nous n’avons pas appris à le faire. Nous pensons « ce n’est rien que… » et sacrifions des jeunes pousses pleines de promesses, y compris dans notre jardin intérieur. Mais si nous agissons de la sorte, nous méprisons aussi l’eau de l’âme ; c’est comme une atteinte au numineux… et cela a parfois des conséquences désastreuses : l’énergie peut se retourner contre nous sous sa forme négative. Ce monde a faim et soif d’autre chose et les plantes racines, tout comme ce qui provient des grands fonds, ont leur place au banquet de la vie. Dans le jardin de notre âme, il nous faut donc apprendre à repérer et à protéger ce qui commence à poindre. « L’âme aime en tout le discernement(1) », écrivait Hildegarde de Bingen, et nous devons nous accorder ce temps pour que la nature puisse faire son œuvre.

Lorsque l’on a grandi dans un environnement toxique qui a réclamé de nous une vigilance et une adaptation de tous les instants, ne pas déplaire a parfois aussi été l’une des stratégies que l’on a adoptées pour s’en sortir. Or, suivre sa destinée demande parfois de sortir des sentiers battus
Pour y répondre, nous devons donc réaliser une chose : nos anciens modes de comportement sont un terrible frein pour tout progrès ; à l’idée de reproduire le même schéma, quelque chose en nous rechigne en effet à avancer et se recroqueville, frileux, souvent sans qu’on en ait conscience.
Ce côté frileux voit clairement le déséquilibre qui existe sur le plan des sentiments ; faire trop de fleurs n’est pas la solution : que dire de la « trop bonne mère », la « trop bonne amie », la petite fille trop sage, la collègue trop serviable, etc. ? Cette culture unilatérale du sentiment — qui nous est également enseignée dans certains milieux — peut nous affecter très profondément, au point de nous paralyser.
Pourtant — si nous ne jugeons pas —, c’est cette paralysie qui permettra à notre regard de se tourner vers autre chose… pour découvrir par exemple la rose et ses épines (ou bien plutôt ses aiguillons). La rose, nous nous en apercevons très vite, est une excellente enseignante pour qui a besoin d’un peu de stimulation et doit aussi apprendre à poser ses limites et à se protéger.
Dans le magnifique livre d’Anne Scott, Women, Wisdom & Dreams: The Light of the Feminine Soul, un rêve est cité (ma traduction) :

Un enseignant me fait goûter à la sérénité.
Puis je perds cette sensation, préoccupée par certaines choses, trop affairée, ou bousculée par les événements de la vie.
Il me faut, dit-il, devenir un guerrier, un guerrier qui protège la sérénité.
Il me tend une épée.

Avoir des épines, c’est accepter l’ombre du sentiment différencié qui peut parfois égratigner ce qui s’approche sans trop de respect.
C’est aussi accepter, consciemment, ce qu’il peut en coûter lorsque l’on aborde le royaume de l’âme sans honorer ces messages.
Résister à son destin est en effet aussi dangereux que de résister à un Dieu vivant. Le risque est bien qu’il nous dévore… vivantes. Mais combien de rêves faudra-t-il avant que l’on entende vraiment l’appel qui est le nôtre et que l’on balaie les voix (de la critique, du jugement, du dénigrement…) qui s’élèvent contre ce pour quoi l’on est faite ? Combien d’ouvrages finement réalisés faudra-t-il pour que nous reconnaissions enfin l’habileté dont nos dix doigts ont hérité ? Combien de tableaux faudra-t-il peindre pour que nous acceptions d’honorer l’artiste qui nous habite ? Combien d’heures faudra-t-il que nous passions sur les planches pour accepter que notre corps, pur instrument de la danse, est un précieux canal par lequel passe quelque chose de mystérieux qui vient toucher l’âme et le cœur du spectateur ? Combien de chants devons-nous entonner pour qu’enfin nous mettions genou à terre devant l’une des filles de Zeus ? Combien de poèmes, de photos, combien de films, de séminaires, de plats cuisinés, d’étoles… avant que nous accordions de la valeur à notre génie créateur et que nous acceptions d’offrir à ce monde la beauté et la poésie qu’il réclame ?

Quelque chose en nous veut et ne veut pas.
Deux faces d’une même pièce.
Devenir l’instrument de la destinée, fût-elle la nôtre, oui… mais à quel prix ? L’on sent bien qu’il nous faudra mourir à ce qui était, et nous exposer dans toute notre vulnérabilité. Parfois aussi, à l’arrière plan, un très vieux scénario se rejoue, nous rappelant le temps où, tout à notre passion, nous avons été réduites en miettes, ou profondément écorchées par les remarques blessantes de ceux-là mêmes qui étaient censés nous soutenir.
C’est comme si notre véritable vie s’était arrêtée à cet instant, celle qui avait du sens parce que l’amour et la passion étaient au cœur de l’instant présent.
L’idée même de servir cette passion résiste alors face à quelque chose de terrifiant : et si la scène devait se rejouer, le même drame se répéter ?

La question mérite sans doute qu’on s’y attarde…
Oui, et si cela devait se produire aujourd’hui, que ferions-nous ?
Ferions-nous face ?
Agirait-on, en dépit des jugements, des interdictions, du mépris ?

Si la réponse est oui, alors sans doute sommes-nous sur le point de faire un pacte avec le Daemon…  comprenant que cela va bien au-delà de ce que notre petit moi envisageait.
Il ne s’agit pas de nous.
Quand bien même ce monde n’accorderait que peu d’importance à ce que nous réalisons ou cultivons, ce n’est pas lui que nous servons.
Au delà de la rose, nous pouvons voir le Grand Jardinier qui travaille inlassablement dans le jardin de notre âme. Il est l’Ami, l’Amant que nous avons tant cherché au dehors et qui œuvrait depuis tout ce temps à l’intérieur de nous. Nous nous souvenons des plates-bandes qu’il avait réalisées avec soin et que nous avons piétinées, des sols que nous avons pollués, des fruits que nous avons laissés pourrir, des branches que nous avons mutilées en forçant certains passages…
Touchées au cœur, nous comprenons l’importance de notre contribution ; servir, réclamer nos talents est une obole que nous pouvons offrir chaque fois que nous pénétrons dans Ses jardins. L’Amour a besoin de nous pour fleurir. Tandis qu’il nous donne rendez-vous en rêve, notre espoir de le croiser aussi au détour du chemin se trouve également comblé, nous ôtant peu à peu le sentiment de séparation qui nous habite depuis longtemps.
L’envie naît de rendre ce qui nous a été donné.
Nous rejoignons en cela la communauté de tous ceux qui contribuent à l’entretien des jardins de la Reine. Au rythme des saisons, ils voient leur terre labourée, meurent et renaissent, récoltent et sèment à la volée les graines d’amour, de joie, de sens, de paix et de beauté.

De même qu’à l’aurore la rose
Parmi les épines et la rosée surgit,
Ainsi l’âme aimante à travers toutes peines,
Confiante subira les orages.
Librement, sans douter,
En ses tumultes elle grandira. (2)

— © Michèle Le Clech


(1) Hildegarde de Bingen, Le Livre des œuvres divines
(2) Hadewijch d’Anvers


Clarissa Pinkola Estés : Ce qu’une femme attend d’un homme

Femmes qui courent avec les loupsCe qu’une femme attend avant tout d’un homme, probablement, c’est de le voir affronter sa propre blessure, car alors sa larme naît spontanément et il sait désormais avec certitude à quoi il doit être fidèle vis à vis de lui-même comme vis-à-vis de l’extérieur. Il cesse de se languir du Soi profond.
Il devient son propre guérisseur, sans attendre dorénavant que la femme joue pour lui un rôle d’analgésique.

— Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups

Clarissa Pinkola Estes : ne perdez pas courage

clarrisaMes amis, ne perdez pas courage.
Nous avons été préparés pour cette époque.
De nombreuses personnes m’ont contactée il y a peu, désorientées, préoccupées par ce qui se passe actuellement dans le monde. La stupéfaction quotidienne et la colère, souvent justifiées devant les abominations commises à l’encontre de ce qui est le plus cher aux yeux des individus civilisés ou éclairés, sont le lot de notre temps.
Vous voyez juste. L’orgueil démesuré et la gloire que visent ceux qui commettent des actes abominables envers les enfants, les personnes âgées, les gens ordinaires, pauvres ou sans défense, est inimaginable.
Malgré tout, je vous en conjure, je vous le demande, je vous en supplie, ne laissez pas, je vous en prie, votre esprit se dessécher en déplorant ces temps difficiles.
Ne perdez surtout pas espoir.
Tout spécialement parce que nous avons été préparés à vivre cette époque.
Oui. Pendant des années, nous avons appris, pratiqué, nous avons été formés — et nous l’attendions — pour répondre avec un tel degré d’engagement.

J’ai grandi près des Grands Lacs et je sais reconnaître un vaisseau qui est en état de naviguer lorsque j’en vois un. Et, si l’on considère le nombre d’êtres éveillés, il n’y a jamais eu, jusqu’à ce jour, autant de vaisseaux à flot de part le monde ; parfaitement équipés, ils peuvent se signaler les uns aux autres comme jamais encore dans l’histoire de l’humanité.
Regardez par-delà la proue : des millions d’embarcations naviguent avec vous sur les eaux. Même si, au cœur de l’orage, les lattes de bois doivent grincer à chaque vague, je vous assure que les larges poutres qui forment la proue et le gouvernail sont faites d’un tout autre bois… et l’on sait la résistance d’un tel bois aux tempêtes, ainsi que sa capacité à tenir bon dans la durée, quoi qu’il advienne […]

— Clarissa Pinkola Estes, We Were Made For These Times 
Traduction : Michèle Le Clech

Etienne Perrot : la liberté

imagesA partir du moment où je sais que je suis relié à un centre qui me dépasse et dont j’ai appris l’intelligence et la sagesse, j’accepte avec gratitude, avec amour, ce lien.
J’accepte de me dépouiller du fardeau, de mes soucis propres, de mes doutes, de mes recherches tâtonnantes du bien et de ce qui est juste, j’épouse ce qui m’est montré, ce qui m’est dit, j’y vais de tout mon cœur, que ce soit joyeux, que ce soit douloureux, je suis, pourrait-on dire, porteur dans cet acte, de toute l’énergie de l’univers puisque cette énergie qui m’anime vient du centre de moi au delà de moi, qui est comme le centre du monde.
Je suis doté ainsi de la liberté qui est celle de l’unité et qui est celle du Tout.
Le Tout, l’univers dans sa réalité, est libre, puisqu’il n’est limité que par lui-même.
Eh bien j’épouse sa liberté.
On a donc le sentiment d’une totale dépendance, qui apparaît concrètement comme une totale liberté, et c’est encore une de ces rencontres des contraires dont est faite cette œuvre intérieure.

— Etienne PERROT, extrait du Cahier de Gaie science et d’Alchimie selon CG Jung, n° 21, 1983

Anne Baring : la guerre, viol de l’âme

The Dream of the CosmosEn 2002, une collègue américaine m’a envoyé ce rêve, échu à l’un de ses clients peu après le 11 septembre, et qu’il lui avait adressé :

Je suis de retour à l’armée, assigné, une fois de plus, à mon ancien rôle de tireur d’élite. J’ai tout mon équipement, que j’assemble méthodiquement, me préparant à tirer sur ma cible, assez éloignée. Je fixe enfin la lunette de visée télescopique et pointe sur ma cible de telle sorte que je peux vraiment voir de qui il s’agit.
A ma grande stupeur, c’est mon frère (
qui, en  réalité, sert dans une autre branche de l’armée). Je suis sous le choc et stoppé net dans mon élan. Je ne peux pas continuer.

Si seulement nous pouvions prendre à cœur le message de ce rêve, un changement pourrait commencer à s’opérer dans la disposition atavique à l’agression et à la guerre qui est si profondément ancrée dans notre psyché.

— Anne Baring, The Dream of the Cosmos: A Quest for the Soul, «War as a rape of the soul », p. 321


Traduction : Michèle Le Clech (by courtesy of Anne Baring)
— Un grand merci à mon ami Amezeg pour sa relecture inspirée

Traduction mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas de Modification

Les lecteurs anglophones trouveront sur le site internet d’Anne Baring d’autres textes fort intéressants ainsi que deux interviews par Andrew Harvey à propos de son dernier livre The Dream of the Cosmos: a Quest for the Soul.

La page d’Anne Baring en français

Wanda Easter Burch : rêve et cancer

swdExtermination des chauves-souris

J’entre dans une grande pièce — les côtés du lit sont comme ceux d’un berceau. Robert et ma famille entrent avec moi. Il y a une grosse chauve-souris sous le lit. Je me précipite vers elle, la saisis par la tête, et écrase sa tête dans mes mains. Puis je la jette dans l’escalier où elle s’empale sur une sorte de couteau qui dépasse du mur. Je regarde vers le haut. Le plafond est couvert de petites chauves-souris. J’appelle à l’aide. Nous commençons à exterminer les chauves-souris avec du poison jusqu’à ce que la chambre en soit débarrassée. Je me pelotonne ensuite paisiblement dans le lit et je m’endors.

[…] La première chauve-souris — le cancer, la tumeur-mère — a été enlevée chirurgicalement (la grosse chauve-souris empalée sur la lame), puis les cellules cancéreuses provenant de la tumeur mère qui ont échappé à la chirurgie (les petites chauves-souris) sont détruites par le poison (la chimiothérapie). C’est seulement quand toutes les chauves-souris ont été détruites par le poison que la chambre (mon corps) devient propre et saine et que je peux me pelotonner paisiblement dans le lit et dormir.

[…] Les résultats de la biopsie sont arrivés ; ils montraient que le cancer s’était propagé au-delà de la tumeur mammaire. Le docteur Jay me dit que suite à cette nouvelle information, il fallait revoir la chimiothérapie qui avait été recommandée. Il estimait que la meilleure façon de faire face à l’agressivité inhabituelle de mon cancer était de procéder à une mastectomie radicale modifiée, suivie d’une lourde chimiothérapie. Cela voulait dire que, suite à cette chimiothérapie, j’allais perdre mes cheveux ; ils n’allaient pas juste se clairsemer.
J’ai pensé au rêve des chauves-souris et j’ai accepté le nouveau protocole. Je voulais utiliser tous les moyens à ma disposition, et j’étais fermement convaincue que je pouvais combiner mes rêves avec le traitement particulièrement sévère qui m’était proposé — et peut-être même éviter certains des terribles effets secondaires.

— Wanda Easter Burch, She Who Dreams


— Traduction : Michèle Le Clech  (by courtesy of Wanda Easter Burch)

Les traductions sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution


Mot de l’éditeur :

Wanda Burch a rêvé qu’elle allait mourir à un certain âge ; ses rêves ont prédit son cancer, puis l’ont accompagnée dans son traitement et le retour au bien-être. Wanda a utilisé toutes les possibilités à sa disposition pour guérir mais elle pense que, si elle est en vie, c’est grâce à son profond engagement envers le monde du rêve. Par son récit vibrant et des exercices pratiques, ce livre montre que la sagesse réside en chacun de nous, et que nous avons accès à cette sagesse à travers les rêves.

site internet

Rêve et fiançailles

fianceeLà où l’amour règne, il n’y a pas de volonté de puissance
et là où domine la puissance, manque l’amour.
L’un est l’ombre de l’autre(*).

Le travail sur les rêves est difficile.
Très difficile.
Il l’est parce qu’il nous remet en cause, parce qu’il nous met face à des réalités que nous préfèrerions ignorer,  parce qu’il est question de ce qu’il y a de plus intime en nous, parce qu’il nous plonge au cœur de la souffrance que nous essayons souvent de masquer — y compris à nous-mêmes —, parce qu’il nous place devant l’abîme, qu’il soit fait de feu, de solitude, d’amour ou de vide… et qu’il nous faut nous y asseoir sans espoir de retour (on ignore, il est vrai, que l’acceptation totale de ce qui se présente est paradoxalement la clé de la délivrance).
Ce travail est donc aussi extrêmement libérateur — à hauteur des difficultés qu’il représente.
Mais il est exigeant et effrayant. Et il est aussi complexe : le rêve est en effet l’expression de notre nature la plus profonde et, tout comme elle, il est mystérieux. Nous pouvons tenir de beaux discours à son sujet, élaborer des théories, il n’en reste pas moins vrai que, face à lui nous sommes aveugles.
Et, si l’on est honnête, il nous faut bien avouer que, très souvent, nous n’y comprenons rien…
Par chance, c’est là le secret qui permet de lever partiellement le voile.
C’est le moment où le symbole prend le relai de la raison, le moment du passage de la tête au cœur.

Là où se tient l’émotion.
Celle que nous cherchons à étouffer, à retenir, celle que nous nions… Nous avons tant de raisons de la fuir : l’orgueil, la peur, la honte, la culpabilité et même la bienséance… Comme si nous avions appris, et intégré, que tout ce qui vient du cœur n’avait pas de place, comme si cela représentait un trop grand danger.
Mais, sans émotion, rien ne se passe.
Si nous voulons comprendre, nous devons payer de notre personne. La raison a ses limites ; à un moment donné, le moi doit donc lui donner son congé et accueillir l’image — le miroir aimant de notre vie —, et la laisser agir.
… Et l’image livre son secret.
Une sensation, une autre image, un souvenir, une pensée, une intuition, une croyance, un projet, un sentiment longtemps étouffé, un besoin, mille et une choses émergent vers ce qui est authentiquement nous et demande à être accueilli.
La plupart du temps, parce que nous vivons dans une société dont les valeurs masculines sont très présentes, l’image est grosse de ce qui se rattache au Féminin, aux qualités Yin et ses richesses. Sa voix se fait entendre à l’intérieur et ses eaux souterraines viennent irriguer les zones de la psyché desséchées par les excès du patriarcat, ses règles, sa discipline et ses exigences aveugles, la compétitivité, l’efficacité et le rendement à tout prix.
Cet esprit régnant ne nous permet pas d’aborder ce travail ; on voudrait par exemple que ça aille vite, c’est bien compréhensible, mais comment pourrions-nous hâter le rythme des saisons ? De la terre ou de l’âme, elles ont leurs propres lois.
Nous ne pouvons pas davantage pénétrer dans le domaine du « non-savoir » par curiosité ou désinvolture. Si d’aventure nous le faisons, cela a un coût : la relation avec l’inconscient s’en trouve altérée.
L’engagement que nous prenons envers nous-mêmes, envers notre essence la plus profonde, la plus authentique, envers le cœur de notre être, réclame des rendez-vous avec le partenaire intérieur. Pourtant, il nous arrive souvent de remettre à plus tard le fait de nous tourner vers nos rêves ou de les noter ; cela peut refléter le décalage d’avec nous-mêmes, ou le manque de foi ou d’engagement avec Celui qui parle au fond de nous et qui est plus nous-mêmes que nous ne le sommes, mais c’est aussi un grand paradoxe : l’amour que souvent nous recherchons est aussi ce dont nous avons le plus peur.

L’engagement est donc requis, non pas dans l’idée d’une obligation à s’en tenir à quelque chose, mais dans le sens d’une promesse aimante que l’on se fait à soi-même — et à quelque chose de plus profond en nous.
Voici le rêve d’une femme :

Je regarde la bague de fiançailles en or ornée d’un gros diamant que je porte au doigt ; je sais, ou quelqu’un me dit, qu’il faut que je veille sur elle attentivement.

L’anneau symbolise le lien, la relation, et la bague de fiançailles la promesse d’un engagement plus profond avec Celui qui préside à la transformation intérieure et qui l’oriente, le feu secret des alchimistes, l’amour, le Bien-Aimé.
Dans L’Interprétation des contes de fées, Marie-Louise von Franz nous dit :

L’or, par sa couleur et en tant que métal très précieux, a toujours été attribué, dans le système symbolique planétaire, au soleil ; il est généralement associé à l’incorruptibilité et à l’immortalité. Il est inaltérable : dans les temps anciens, c’était le seul métal connu qui ne s’oxydait pas en noircissant ou en verdissant et qui résistait à tous les éléments corrosifs. Il fait donc figure d’immortel : c’est un élément transcendant, car il survit à l’existence éphémère. Il est éternel et divin, précieux par excellence et un objet formé de ce métal est considéré comme possédant ces qualités. C’est pourquoi l’anneau de mariage est traditionnellement en or : il est fait pour durer toujours et n’être corrompu par aucune influence terrestre négative. Les pierres précieuses renforcent ce sens ; elles représentent, en général, des valeurs psychologiques indestructibles.

A travers l’or, le rêve atteste d’un engagement pérenne qui s’est donc inscrit dans la durée et qui perdure malgré les vicissitudes de la vie. Cependant, la rêveuse est invitée à considérer et à respecter le nouvel engagement quelle vient de prendre envers le fiancé intérieur.
C’est une promesse sans cesse à renouveler, et qu’il nous faut honorer jusqu’à ce que l’on soit rendue capable de se tourner vers le Fiancé de l’âme, et de s’abandonner à cet Autre, sans nom et sans visage, dans une alliance, un mariage mystique, un engagement sacré où tout est remis entre les mains de l’Amour.

— Michèle Le Clech ©


(*) CG Jung, L’Âme et la vie