Bienvenue

Traversée du désert et Métamorphose : magnifique création de maria-luise Bodirsky

Carnets de rêves est un espace consacré au cheminement intérieur, au partage et aux confidences autour des rêves.
Pour découvrir cette voie des rêves, ou pour aller plus loin dans la recherche de mieux être (avec soi, avec les autres, avec la vie), Carnets de rêves vous propose des citations, des vidéos, des  livres, des films, des partages de savoir ou d’expériences qui peuvent aider à approfondir notre regard sur nous-mêmes et à tendre vers une conscience aimante.

Certains auteurs comme CG Jung, Marie-Louise von Franz, Anne Baring, Jean Shinoda Bolen, Marion Woodman sont de précieux alliés dans cette découverte du monde intérieur.

Parfois les rêves nous livrent aussi de précieuses informations sur notre santé ; Stephen B. Parker en témoigne à merveille dans son livre Ame et crise cardiaque.


contact@carnetsdereves.eu


 

Bretagne Quimper

Dreamstorming

grainesEn matière de créativité vous avez peut-être entendu parler du concept de « brainstorming » ? (mot anglais signifiant littéralement « tempête de cerveau » traduit en français par remue-méninges). Il s’agit de laisser les idées, les pensées et les images vagabonder librement avec l’espoir qu’elles conduisent à de nouvelles solutions d’un problème épineux.
Combien d’entre nous ont déjà considéré les possibilités du « dreamstorming » ? Non seulement notre esprit de rêve a une capacité mystérieuse de trier un grand nombre de détails, mais il traite également du matériel d’une façon qui n’est pas limitée par les règles habituelles de la logique et peut ainsi suggérer des solutions parfois très nouvelles et innovantes.
Quand nous sommes frustrés par un problème dans notre vie nous risquons de nous retrouver dans une ornière, ou de faire des allers-retours à travers le même terrain connu mais improductif.
Dans les rêves, il semble que nous pouvons presque flotter, comme un colibri ou voler en arrière, de haut en bas ou latéralement, afin de voir le problème qui nous met dans l’impasse, sous un angle nouveau ou avec une nouvelle perspective.

— Extrait de l’article Les rêves : une source de créativité infinie paru sur le blog Les grands rêves

Les nouveaux machos

TrueLove

Pensez à toutes les horreurs et toutes les cruautés diaboliques que les hommes depuis la nuit des temps ont infligées à leurs frères. Cela doit venir à vous, dans votre cœur. (1)
— CG Jung

Parce qu’il s’est vu dénaturé au fil des siècles, l’archétype du guerrier se vit dans nos sociétés via le culte du héros. En conséquence, et selon l’expression de Boysen Hodgson (2), l’antique guerrier spirituel ressemble davantage aujourd’hui à un soldat de fortune.
Et les combats et les guerres, qui naissent de l’interprétation erronée de cet archétype, laissent dans l’âme des hommes des blessures telles que beaucoup d’entre eux sont de véritables écorchés vifs. Sensés être des héros, ils n’auraient d’autre choix qu’une immense solitude intérieure, assortie d’un seul credo : « Sois fort ».

Les hommes, poursuit Boysen Hodgson, pataugent dans le bain d’une masculinité particulière, inconscients de l’extrême toxicité de ce bain, néfaste non seulement pour eux, mais également pour tous ceux (et ce) qui les entourent.
« Aidés » par une éducation qui encourage la dualité — et donc la séparation d’avec l’autre, l’égoïsme, la performance, la domination et l’exploitation —  beaucoup sont isolés, démunis, et leurs plaies restent à vif, faute d’espaces propices au partage et à la guérison. Laisser les autres s’approcher signifierait s’infliger des souffrances supplémentaires, aussi pénibles qu’inutiles. De ce fait, colère, rage et violence, mauvaise humeur ou mutisme, addiction (au travail, au sport, ou à diverses substances), sont parfois les seuls outils dont dispose l’homme d’aujourd’hui pour maintenir les autres à distance, pour les protéger certes parfois, mais malheureusement parfois aussi pour se décharger lui-même d’un trop lourd fardeau… ou entourer la partie blessée d’un mur infranchissable.

En pleine crise identitaire, les hommes seraient selon Robert Bly des semi-adultes. Et si les stratégies qu’ils adoptent ont à leurs yeux vocation à les protéger, elles les conduisent bien plutôt à léguer à leurs descendants, et de façon répétée, une semblable immaturité— tout particulièrement sur le plan émotionnel, avec toutes les blessures, les souffrances et l’insoutenable isolement qu’elle engendre, en soi et autour de soi.
Un lourd passé familial fera souvent de leurs fils et de leurs filles les héritiers et les victimes de traumatismes qui se répètent de génération en génération, et un tel passé leur laissera, outre des questions sans réponse, une souffrance intérieure aiguë qu’ils ne peuvent ni s’expliquer ni apaiser.
C’est la raison pour laquelle, dans les années 80 aux Etats-Unis, Robert Bly a lancé le Men’s Movement, initiant des groupes (réservés aux hommes) qui leur offraient la possibilité de partager leurs difficultés et de se soutenir mutuellementGrâce à d’autres initiatives, comme le ManKind Project, une partie de la nouvelle génération d’hommes est aujourd’hui bien différente. Si vous avez la chance de croiser le chemin de l’un de ces new machos (3)férocement, délicieusement optimistes, bienveillants et ouverts, vous goûtez à l’une de ces conversations adultes et responsables d’un homme qui ne craint ni de faire face à l’ombre du masculin ni de revendiquer — et surtout d’incarner — d’authentiques valeurs qui vont bien au-delà des genres.

Ces new machos réhabilitent l’archétype du guerrier, mais aussi de l’amant, du roi, et de celui qu’on qualifiait auparavant de « sorcier ». Ce qui était d’ordinaire caché, réprimé ou nié — et donc vu à l’extérieur comme un ennemi  —, ne fait plus l’objet d’une autre guerre à livrer ni de la croyance que tout est sous contrôle : les seuls démons de ce monde sont désormais ceux qui grouillent dans leur propre cœur et c’est là que se livrent tous leurs combats (4).
Une constatation aimante émerge face à l’autre : « Je suis aussi cela. »
Le devin voit le futur, comme l’homme sage les germes (les conséquences de certains actes) et offre ainsi une plus large perspective. Il permet d’éviter le piège de la peur devant l’énorme tâche à accomplir ou la crainte de retomber entre les griffes de ce à quoi on tente précisément d’échapper : « Moi d’abord ; les autres je m’en fiche. » Le devin sait aussi  la croisée des chemins, située entre un passé dont on ne veut plus et un futur qui s’écrit lentement, pas après pas, un lieu de transition et d’extrême inconfort qui, de tout temps, a été synonyme de danger.
Le guerrier  pacifique est toutefois capable de supporter la tension des contraires.
Il sait aussi poser de claires limites et n’hésite pas à trancher, à choisir, à refuser ; dit autrement, il sait « mettre un terme », tout en respectant la vie. Ce guerrier veille aussi sur le chaudron alchimique là où s’exprime le côté non rationnel de l’homme, le lieu de toutes les blessures, de tous les chagrins, de tous les traumas… et de tous les désirs. Et il ne craint pas de solliciter ses frères quand cela devient vraiment « chaud » et qu’il a besoin de soutien. Ce chaudron, cet athanor, ce calice, est plus que jamais requis aujourd’hui et nous sommes tous — hommes comme femmes — invités à en chercher un… et peut-être même un jour à en former un. Grâce à un tel conteneur, l’homme peut enfin décroiser les bras qui faisaient jusqu’alors barrage à l’expression et aux mouvements de son cœur. Il passe d’une image du mâle, aussi inatteignable que souhaitable, à celle d’un tout autre genre : celle de l’amant qui honore et sert désormais la communauté sans s’oublier lui-même. Il a cette extraordinaire capacité à mettre du « et » là où la seule option était jusqu’alors le « ou ».
Quel homme es-tu véritablement se demande-t-il ? Que dois-tu traverser pour le découvrir ? Es-tu prêt à t’ouvrir à la diversité et à t’exposer au challenge que cela représente jusqu’à ce que tu sois rendu capable de voir que nous sommes et semblables et différents ? Es-tu prêt à revisiter ton histoire — et même l’Histoire et ses institutions, voir ce que les hommes ont réellement bâti et reconnaître toute l’horreur de certaines actions ?
Toutes ces choses peuvent-elles tenir dans ton viseur sans que tu fasses des autres une cible — et sans devenir toi-même cette cible au risque de basculer dans la honte ou te sentir diminué ? Es-tu prêt à écouter, à partager et à apprendre de ceux qui ne sont pas comme toi ?
Pour Boysen Hodgson, ce sont là des questions qu’il est important de se poser (5).

Peu à peu, l’Amour est ce qui règnera dans la psyché, véritable monarque et maître des métamorphoses. Il fait du roi un amant qui veille sur le trésor et chérit ce qui est avenir — un roi qui est également et avant tout un serviteur. Il unit en lui les contraires et le Féminin, qu’il porte aussi en lui, il le sert, quel que soit le visage qu’il lui offre : Dame l’âme, femme ou Nature, c’est égal. Le calice et l’épée deviennent les attributs qui lui permettent de veiller sur le royaume, intérieur comme extérieur, guidé par ce qui fait sens dans sa vie.
Où en sommes-nous aujourd’hui dans ce changement de paradigme ? Peut-être entre les moqueries et les attaques, dit Boysen Hodgson, s’inspirant d’un des discours du syndicaliste américain Nicholas Klein  :

D’abord ils vous ignorent. Ensuite, ils vous ridiculisent. Puis, ils s’en prennent à vous et vous incendient.
Plus tard, ils érigent un monument à votre nom.
(6)

Les femmes reconnaîtront dans ce nouveau macho, l’émergence du masculin authentique qui se prépare également au sein de leur psyché à travers les prises de conscience successives des agissements de l’animus.

© Michèle Le Clech


(1) CG Jung, Le Livre Rouge, Liber primus : « Descente aux enfers vers l’avenir »
(2) Boysen Hodgson,
(3) En référence à l’article de Boysen Hodgson, The New Macho, publié sur le site ManKind Project.
(4) Inspiré des paroles de Ghandi.
(5) Boysen Hodgson: « Conscient Masculinity », une interview de Dustin Urban.
(6) Ma traduction

La quête de l’anima

Marguerite

Art: Sybille

Le désir, parfois intense, d’explorer plus avant les profondeurs de l’âme peut s’exprimer dans les rêves de façon très crue…
… L’acceptation d’une telle entreprise aussi.
Pour qui a longtemps subi le joug des convenances, le simple fait de partager de tels rêves est déjà en soi une libération, une façon de tourner le dos à une forme de morale, rigide et étriquée, qui aura peut-être « bercé » l’enfance. Le rêveur retrouve avec bonheur l’insouciance et la liberté d’expression dont il a été privé, et la malice de l’enfant s’allie avec la pleine afirmation de l’adulte qui revendique ce qui cherche à s’exprimer et qu’il a parfois dû garder très longtemps au fond de lui Que cela soit retentissant ou ne fleure pas vraiment la rose, peu lui importe. Faisant fi des principes, il peut enfin  revendiquer et assumer l’expression du naturel.
L’authentique virilité prend acte mais ne juge pas et, grâce à elle, la nature reprend ses droits.

Si, dans l’enfance, la morale a pu avoir le visage d’une mère ou même d’une grand-mère possédée(s) par un animus négatif à la légendaire rigidité — un animus lui-même englué dans l’esprit du temps (ou d’un passé révolu) —, le courage dont l’homme fait preuve en allant à la rencontre de sa contrepartie féminine change radicalement l’apparence et le comportement de celle-ci.
Jusque-là rebelle à tout contact avec le masculin qu’elle n’a connu que répressif, méfiante et peut-être aussi aigrie, l’anima offre finalement son cœur à celui qui a fait le choix de l’honorer. A ce stade, cette âme-sœur a quelque chose d’indéfinissable, de sauvage (dans le sens d’authentique), qui vient agréablement stimuler un profond désir d’union et de créativité.

Aux yeux de certains hommes, les mouvements de l’anima peuvent parfois s’apparenter, au début de la quête, à quelques bulles émergeant d’un sombre marais… un phénomène longtemps réfractaire à tout entendement. Mais si (au prix d’une extrême solitude parfois) le rêveur poursuit l’aventure et entre en contact avec cette boue et ses arcanes, s’il persévère dans la rencontre avec les différentes facettes de l’âme (1), s’il accepte de danser avec l’anima — y compris lorsqu’elle dévoile sa face la plus obscure ou se montre sous un aspect des plus misérables —, alors la transparence, qui n’aura d’égales que la finesse et la délicatesse, lui offrira à voir, dans un subtile mariage de l’obscur et du clair, l’infinie beauté de son âme tout en en préservant le mystère et le pouvoir transformant.
Cette beauté-là, il la découvrira dès lors partout.
Et il aura à cœur de la protéger.
Et peut-être même, dans un élan des plus spontanés, en partagera-t-il un éclat avec qui est réceptif à tant de merveilles.
Dieu, disent les Libanais, aime la beauté.

© Michèle Le Clech


(1) Marie-Laure Colonna, Les Facettes de l’âme ou la fusion entre l’esprit et la matière, éditions du Dauphin, 2014

L’eau des émotions

AuBordEauPour diverses raisons, et souvent bien trop tôt, certains d’entre nous ont été coupés de leurs sentiments, et de l’eau de leurs émotions.
Leur nature véritable a comme été dressée, et l’expression « Prends sur toi. » est devenue pour eux une sorte de mantra.
Lorsqu’on se tourne vers les rêves, les images sont alors bien souvent une invitation à renouer avec l’eau. Et l’on constate bientôt avec émerveillement que cette nature émotive, sensible, vulnérable — qui avait été jugée inopportune, et pouvait jusqu’alors apparaître comme une faiblesse —, contient sa propre force et s’avère être en définitive une capacité assez extraordinaire à être en lien avec soi…  et avec les autres.

Au contact des images, la personnalité « trop sensible » retrouve soudain avec bonheur son élément et, non contente de l’accueillir, y pénètre, opérant un retournement total de son être, émerveillée de voir les capacités de sa nature  véritable à se laisser porter et même guider par l’émotion, profondément à l’écoute de toutes ses variantes.
Ce qui n’était jusque là pour l’oreille qu’un bouillonnement incessant, ou même un bourdonnement parasite, devient finalement un élément naturel, un medium auquel l’instinct s’adapte tout naturellement, quelque chose que l’on cesse de vouloir écarter mais auquel on s’abandonne avec délice et confiance, curieux de voir où cela mène.
Ce naturel se retrouve tout d’abord à l’abri des regards, s’enhardit peu à peu, et trouve bientôt sa place dans le monde, libérant la parole, désamorçant les situations embrouillées, simplifiant les relations.
Les rêves, comme un ciel étoilé, servent de repères dans l’aventure, semblant encourager la démarche.

L’eau n’est ni ennemie ni synonyme de danger. Elle a sa place dans notre microcosme intérieur ; ses ruissellements ont leur raison d’être… la stagnation aussi. Et si nous acceptons de suivre le courant, de traverser les grandes eaux, d’évoluer en eaux troubles ou sur des eaux dormantes, un instinct sûr est là qui nous porte ou nous entraîne.

— ©  Michèle Le Clech

Miki Kashtan : facilitation de la convergence

Nous en aurions tellement besoin aujourd’hui !
Petite interview de Miki Kashtan : les bases de la facilitation de la convergence

— traduction et sous-titrage : Sophie Rougevin-Baville, Michèle Le Clech, Nelly Delambily,  Simon Kobayashi

La facilitation de la Convergence repose sur un principe fondamental : les gens peuvent collaborer, et trouver les solutions qui conviennent à tous, quand ils s’engagent à travailler ensemble et que tout le monde est d’accord.
Voici comment ça marche, 4 notions-clés sous-tendent ce travail :

— Premièrement
Quelles que soient leurs divergences, les gens se rejoignent sur ce qui est primordial.
— Deuxièmement, quand ils savent que leurs besoins comptent, les gens sont plus enclins à adhérer plutôt qu’à faire des compromis.
— Troisièmement, la capacité des gens à s’enthousiasmer pour certaines choses dépasse de beaucoup leurs simples préférences.
— Enfin, quand on sort du paradigme du « ou/ou » pour chercher une solution qui convient à tous, il est plus facile pour les gens de s’entendre.

Ce sont les principes de base.
On amène les gens à définir ensemble leurs critères, et à élaborer des propositions qui tiennent compte de ces critères.
Puis on repère celles qui prennent en considération le plus de critères et de besoins, et généralement ce sont elles qui sont retenues, car elles ont l’adhésion de tous.

 

Steven B. Parker : les émotions d’un cœur blessé

emotionsNous entrons en contact les uns avec les autres à travers nos blessures
— Rachel Naomi Remen

J’ai connu un flot d’émotions diverses après avoir survécu à cette crise cardiaque :
• le soulagement d’être en vie
• l’incrédulité et la colère que cela se soit produit
• le chagrin pour tout ce qui était et sera perdu
• la gratitude envers ceux qui m’ont aidé
• une extrême vulnérabilité dans un monde auparavant sûr
• la peur de ce que l’avenir pourrait réserver

J’avais pris ma vitalité pour acquise et supposais que j’avais devant moi de longues années d’une vie en bonne santé. Aujourd’hui, je n’ai rien de solide sur quoi m’appuyer. Je suis profondément affaibli. Je ne sais jamais si je vais me réveiller le lendemain. Je doute d’être un jour en mesure de retrouver une quelconque vie normale.
C’est comme si j’avais traversé le Styx, la rivière des Enfers, et que j’avais été autorisé à retourner temporairement dans le monde des Mortels, pour une durée indéterminée.

Ce voyage a certes été l’enfer mais il m’a en même temps apporté quelque chose d’important et de grande valeur : j’éprouve à présent une compassion accrue pour ceux qui sont blessés, de la compassion pour tous ceux qui doivent traverser le Styx.

La crise cardiaque a brisé mon cœur, elle l’a aussi ouvert.

— 4 mars 2007


Un autre extrait peut-être lu ici : Steven B. Parker, « Les rêves et la santé« 
Présentation du livre : Dr. Steven B. Parker, Ame et crise cardiaque

Marie-Louise von Franz : susceptibilité

La Femme dans les contes de féesLa rose avec ses épines, dit un auteur médiéval, appartient à Vénus et symbolise l’amour, car il n’y a pas d’amour sans souffrance ; « Là où il y a du miel, il y a aussi du fiel. »
On peut rattacher les épines des roses à ces terribles coups involontaires que se portent mutuellement les personnes qui s’aiment.
Ces échanges de coups d’épées, qui consistent à se toucher aux points les plus vulnérables, sont en réalité des luttes entre animus et anima : ce sera exactement à l’endroit où le sentiment de l’homme est le plus incertain et le plus sensible que la femme enfoncera la pointe de son animus négatif, tandis que c’est là où la femme a le plus besoin d’être acceptée, comprise et encouragée que l’homme lui versera le poison de son anima meurtrière.
La présence de telles épines ou de leur équivalent indique généralement dans les rêves une susceptibilité exaspérée qui s’accompagne toujours d’agressivité. La personne souffre, mais, en se défendant contre sa propre souffrance, elle blesse les autres.

S’il me vient un patient ou une patiente très susceptible, je sais que j’en recevrai beaucoup de piqûres désagréables et qu’il est prudent de revêtir une armure protectrice. Ces personnes sont souvent fières de cette sensibilité sans se rendre compte qu’elle leur sert à tyranniser autrui : un mot peu aimable provoquera des drames des mois durant, et vous ne pouvez ouvrir la bouche de peur de les heurter ; elles font des scènes sur tout, boudent et se sentent attaquées à tout propos dans leur merveilleux sentiment.

Pareille attitude, si elle traduit la souffrance d’un être prisonnier de lui-même, cache aussi généralement un complexe de domination fort ordinaire qui apparaît en rêve dans les figures d’ombre. Cette attitude infantile devant la vie sert souvent à ces personnes à manipuler ceux qui les entourent.
Quand il s’agit d’une femme, ce qui serait normalement de l’amour devient une haie d’épines où tout homme, en s’aventurant, se fait tellement piquer et déchirer qu’il ne lui reste plus que la retraite.
Il n’est pas possible à un homme de s’approcher d’une femme qui est susceptible au point de se sentir ulcérée par la moindre remarque : c’est trop compliqué pour lui, et bien entendu, il abandonne ou son amour meurt transpercé comme les prétendants du conte.

— Marie-Louise von Franz, La Femme dans les contes de fées