Michael Cornwall : l’émotion, la clé de la liberté

Van Gogh: Sorrowing Old Man

Van Gogh: Sorrowing Old Man

Parce que j’ai accordé une grande attention à mes propres émotions et aux émotions des personnes que j’accompagne en tant que thérapeute depuis plus de 35 ans, j’en suis venu à considérer que nos émotions sont vraiment, et fondamentalement, un puits de forces auxquelles on peut se référer.

Parfois, lorsque l’on entre en contact avec une émotion que l’on avait enfouie, comme la tristesse ou la colère, un flot d’énergie émotionnelle jaillit dans un mouvement extrêmement libérateur. Dans ces moments-là, il semble que nous touchons du doigt la vérité émotionnelle, que nous puisons à la source.

Dans ma vie professionnelle tout comme dans ma vie personnelle, j’essaie le plus possible de favoriser cet état où l’on est consciemment à l’écoute des véritables émotions, d’instant en instant, et tout au long de la journée.

La vie au sein de notre société, si complexe, si exigeante et si hiérarchisée, a engendré une tendance générale à l’aliénation de soi. Il y a souvent un gouffre entre nos émotions et la conscience que nous en avons.
Le fameux précepte de l’âge de raison, « Je pense donc je suis », montre comment la science et la vie de l’esprit imprègnent nos vies, et relèguent les expériences émotionnelles à la sphère de l’irrationnel auquel on ne pourrait se fier.

Je crois que chaque mot, chaque image, chaque rêve, chaque hallucination, chaque souvenir, chaque mouvement et chaque expression du visage est issu… est en fait engendré par un flot continu et sous-jacent d’émotions pré-symboliques et subjectives commun aux mammifères. Si tel est le cas, alors la justesse de la méthode consistant à assigner une signification symbolique aux mots et aux images que nous développons dans l’enfance est la clé qui nous permet, soit de percevoir notre vérité émotionnelle du moment, soit d’en subir la version déformée.

Les histoires que nous nous racontons, qu’elles soient en images ou en mots, illustrent-elles vraiment la véritable émotion qui les a fait naître ?
Comment, par exemple, pouvons-nous prétendre que nous sommes heureux alors qu’en réalité nous avons peur ou nous sentons désespérément seuls ?

Nous déformons et trahissons notre vérité lorsque nous réprimons, enterrons ou évitons nos émotions. Lorsque nous pratiquons l’auto-médication, c’est toujours pour éviter d’éprouver ces émotions. Actuellement, un Américain sur cinq et une femme sur quatre prennent un traitement psychoactif. Tous ces médicaments suppriment, modifient ou bloquent les émotions. Ils sont faits pour ça.

Des millions d’entre nous prennent des médicaments, prescrits ou illicites, ou boivent de l’alcool pour paralyser ou éviter les émotions.
On joue de façon compulsive, on mange, on travaille, on regarde la télévision, on vit sur FaceBook, on regarde du porno, on vit dans nos têtes, ou on a des relations sexuelles sans lendemain pour fuir nos émotions.
Mais pourquoi ?
La peur, la honte, la culpabilité, la haine, l’ennui, la colère, le chagrin, le désespoir, la haine de soi, la solitude, la panique, l’abandon et le désespoir sont toutes des émotions dont nous ne voulons pas faire l’expérience. Nous refusons tellement souvent de nommer, de révendiquer, d’exprimer ou de vivre ces émotions dites négatives. Que nous les fuyions ou les déformions consciemment ou que nous les réprimions/nions inconsciemment, nous perdons le contact avec ce qu’il y a de vrai dans notre vie.

Mais si nous les fuyons ou les déformons, nous nous éloignons de cette source inépuisable qui est aussi celle de la joie, de l’amour, de l’enthousiasme, du bonheur, de l’extase, de la sérénité, de la paix, de l’émerveillement et de la passion.

Puiser dans le flot continu de nos véritables émotions demande courage — et amour de soi. La véritable liberté, c’est vivre à chaque instant dans la vérité émotionnelle, parce qu’à partir de cette profondeur, nous pouvons dire « oui » ou « non » à qui nous voulons et choisir ce que nous voulons ou ne voulons pas dans nos vies.

J’aime aider les gens à ressentir, à exprimer et à vivre leurs véritables émotions. Dans la mesure où je peux le vivre personnellement de cette façon, je me sens comblé. C’est un défi quotidien.
La vie est courte. Nous pouvons faire ce qu’il faut pour nous-mêmes.
A chaque jour suffit sa peine. La liberté est possible.


— Traduction : Michèle Le Clech, by courtesy of Dr. Michael Cornwall Article original paru dans Mad In America: Emotions: Keys to Our Freedom Voir aussi Une autre approche de la folie.
Relecture : Nelly Delambily, Roger Faglin


Les traductions sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution

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