CG Jung : Aspects du drame contemporain

Aspect du drame contemporain

« […] chaque être humain, en effet, ne vit pas dans son espace psychique comme dans une coquille d’escargot qu’il habiterait seul, isolé d’autrui ; il est, au contraire, lié à tous les autres hommes par sa participation inconsciente à l’humain, et c’est pourquoi un crime, quoiqu’il paraisse être à notre conscience un fait sporadique, isolé, ne saurait se dérouler comme étant en soi un tout psychique, parfaitement isolable, et que l’on pourrait abstraire des circonstances ambiantes.
[…] Pluton savait déjà qu’une chose laide engendre quelque chose de vil dans notre âme. On s’indigne, on réclame le châtiment du meurtrier à grands cris, de façon d’autant plus vive, passionnée et haineuse, que les étincelles du mal braillent plus furieusement en nous.
C’est un fait indéniable que le mal commis par autrui a vite fait de devenir notre propre vilenie, précisément en vertu du redoutable pouvoir qu’il possède d’allumer ou d’attiser le mal qui sommeille dans notre âme.
Partiellement, le meurtre a été commis sur la personne de chacun, et, partiellement, chacun l’a perpétré. Séduits par la fascination irrésistible du mal, nous avons contribué à rendre possible cet attentat moral dont est victime l’âme collective.
[…] Sommes-nous moralement indignés ? Notre indignation est d’autant plus venimeuse et vengeresse que la flamme allumée par le mal brûle plus fortement en nous.
Personne n’y échappe, car chacun est tellement pétri d’humaine condition et tellement noyé dans la communauté humaine, que n’importe quel crime fait briller secrètement, dans quelque repli de notre âme aux innombrables facettes, un éclair de la plus intime satisfaction… qui déclenche, il est vrai — si la constitution morale est favorable — une réaction contraire dans les compartiments avoisinants.
[…]

Chacun porte en soi son criminel « statistique », au même titre du reste que le fou ou le saint correspondant. Cette disposition foncière, généralement humaine, détermine partout une suggestibilité, une moindre résistance à la contamination du mal.
Or, l’époque contemporaine, c’est-à-dire le dernier demi-siècle, a travaillé tout spécialement à préparer les voies du crime.
Est-ce que personne, par exemple, s’est encore alarmé de l’intérêt généralisé que rencontrent les romans policiers ?

— CG Jung, Aspect du drame contemporain, 1947 (!)


« Des temps aussi foncièrement troublés que notre époque — avec ses passions politiques déchaînés, ses chambardements d’États et de frontières qui frisent au chaos, sa conception des choses ébranlée jusque dans ses fondements — influencent si puissamment les décours psychiques de l’individu que le médecin se voit contraint d’accorder une attention accrue aux interférences suscitées dans l’âme de ses patients par les contingences de l’actualité »

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