Le rêve : toujours la voie royale vers l’inconscient

En tant que jungien et blogger de Mad In America j’ai eu envie de mettre l’accent sur la psychologie des profondeurs car j’ai lu peu de chose sur les rêves ou le fonctionnement de l’inconscient personnel ou collectif sur ce blog.
Je vais donc tenter de partager avec vous ce que mon ami et mentor, John Weir Perry, m’a dit de l’enseignement qu’il a  personnellement reçu de Jung dans les années 40 sur la compréhension des rêves.
Selon John, la chose la plus importante qu’il ait apprise de Jung à Zurich, c’est cette clé qui permet de voir comment émotion et image s’articulent dans les rêves, dans la folie et dans la vie diurne. Et cela a joué plus tard dans la redéfintion qu’il a donné de l’archétype avec cette simple formule : l’image-affect ».

Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, déclarait il y a plus d’un siècle : “Les rêves sont la voie royale vers l’inconscient !” Je crois que c’est plus vrai que jamais. Mais, en 2013, dans ce monde étrange où une femme sur quatre et un Américain sur cinq prennent des psychotropes sur prescription, les rêves n’ont plus leur place pour sous-tendre le processus de guérison et contribuer à notre épanouissement personnel. Au cours des trente dernières années, la plupart de mes collègues en santé mentale ou de mes amis thérapeutes n’ont jamais sollicité ni écouté les rêves de ceux qu’ils accompagnent.
L’accent, important mais toutefois limité, qui est mis en thérapie sur le cognitif et la résolution des problèmes a tendance selon moi à bousculer des réalités et des besoins personnels plus profonds. La véritable source de connaissance inestimable que sont les rêves attend juste d’être reconnue et incluse dans la thérapie — ou dans les échanges entre pairs pour ceux d’entre nous qui en ont une expérience concrète.

J’encourage toujours les personnes que j’accompagne à apporter leurs rêves lors de nos séances de thérapie, parce que je sais combien la compréhension de ce qui est véhiculé par le rêve est précieuse. Chaque nuit, la psyché traite une quantité de contenus émotionnels représentés de façon symbolique par les images.
Ce processus onirique est tellement vital, que si l’on nous empêche de rêver plusieurs nuits durant, nous avons peu à peu des hallucinations et entrons petit à petit dans un état dit psychotique ou état modifié de la conscience.
Mais chaque matin — si nous portons attention à nos rêves —, nous avons la possibilité de  faire la lumière sur nos peurs, nos désirs les plus profonds, ou le sens de notre vie.
Et pour moi, la meilleure façon d’explorer les rêves se trouve dans les propos que Jung a tenus à Perry.
Mais tout d’abord, un peu d’histoire…

Jung était l’héritier présumé de Freud mais, parce qu’il y avait pour lui une couche plus profonde dans l’inconscient — une couche universelle ou collective de l’inconscient qui contient des résidus émotionnels et symboliques intemporels et qui est animée par des forces autonomes, numineuses et chtoniennes —, il  a mis un terme à sa relation avec Freud et la psychanalyse.
Pour Jung, outre les rêves à caractère personnel sur lesquels Freud s’est focalisé, les hommes ont souvent été visités en rêve par ces forces archétypales, mythiques et spirituelles par nature. Depuis ce point de vue plus complet et universel, Jung a découvert que, si l’on se souvient d’un rêve il faut, pour en obtenir une plus grande compréhension, se concentrer en tout premier lieu sur l’émotion exacte que nous avons ressentie dans le rêve. Si nous ressentons de la peur, quel est le personnage, l’environnement ou la situation qui réveille en nous cette la peur ? Quelle est la coloration, l’intensité de la peur ?
Puis, a-t-il dit à Perry, une fois que nous avons clairement identifié une émotion dans le rêve, nous pouvons alors regarder dans notre vie et essayer de voir où elle se situe. Nous ne pouvons généralement pas prendre une image du rêve et la relier directement à notre quotidien, parce que les images de rêve sont souvent singulières et que, par nature, leur symbolisme génère une certaine confusion.

Jung lui a confié qu’il avait finalement découvert sa propre méthode pour aborder le rêve après de terribles rêves récurrents dans lesquels il était poursuivi par un dragon menaçant. Jung décrit un moment où les choses lui sont apparues évidentes lorsqu’un jour, après s’être remémoré exactement l’émotion, il est consciemment entré en contact avec cette étrange peur qu’il ressentait dans les rêves de dragon à répétition ; il a alors pris conscience qu’une crainte similaire existait en lui à l’état de veille chaque fois que sa belle-mère entrait dans la pièce !
Il n’était pas conscient d’avoir peur d’elle à ce point.

La prochaine fois que vous avez un rêve où l’émotion est suffisamment palpable pour vous la remémorer, peut-être pourriez-vous envisager d’appliquer la méthode de Jung. Tout l’intérêt de sa méthode est d’attirer notre attention sur des personnes ou des situations réelles qui sont suffisamment fortes pour susciter de tels rêves, ainsi que sur les aspects mythiques qui se jouent dans les profondeurs de notre vie inconsciente.
Jung a réalisé que la forme archétypale — ou mythique — du dragon représentait un terrible aspect dévorant de la mère universelle, et qu’il devait s’atteler à la tâche et prendre conscience des raisons pour lesquelles les femmes telles que sa belle-mère éveillaient en lui cette crainte et cette imagerie anciennes.

Je sais que certaines personnes ne se souviennent pas facilement de leurs rêves. Mais si l’on s’engage à les noter, cela contribue souvent à ce l’inconscient produise des rêves que l’on retient. Il suffit d’avoir un bloc note et un stylo à proximité, assorti de la promesse de noter le rêve qu’il vous sera donné de vous rappeler, et il y a des chances pour que vous soyez récompensé(e).

Bonne chance sur la voie royale que sont les rêves !

— Dr. Michael Cornwall, PhD


Traduction : Michèle Le Clech, by courtesy of Michael Cornwall
Article original « Dreams, Still the Royal Road to the Unconscious«  paru sur Mad In America

Les traductions sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution


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4 réflexions sur “Le rêve : toujours la voie royale vers l’inconscient

  1. Bonjour, Coïncidence. La nuit passée,deux images fortes,une porte que je bloque,puis elle s’ouvre,et seules des femmes la franchissent, nombreuses.Ouverture au féminin ??
    Dans le texte l’anecdote de l’auteur sur l’aspect féminin, ici dangereux.
    J’attend ma suite. Bonne journée.
    André-Luc

    Aimé par 1 personne

  2. Amezeg dit :

    « Et cela a joué plus tard dans la redéfintion qu’il a donné de l’archétype avec cette simple formule : « l’image-affect ». dit le texte.

    Je suppose que c’est John Weir Perry qui a redéfini l’archétype comme « image-affect ».
    Le texte me laisse un doute, bien que je croie n’avoir jamais lu cette formule employée par Jung.

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  3. Amezeg dit :

    « Pour Jung, outre les rêves à caractère personnel sur lesquels Freud s’est focalisé, les hommes ont souvent été visités en rêve par ces forces archétypales, mythiques et spirituelles par nature. »

    Il est bien vrai que la nature spirituelle, numineuse, de certains rêves nous apparaît parfois de façon certaine, frappante, et même… stupéfiante, et que l’émotion qu’ils font lever en nous est également de nature spirituelle. Mais les rêves moins numineux, ou que nous percevons comme très éloignés du numineux, ne sont-ils pas eux aussi de nature spirituelle parce qu’ils nous offrent la possibilité de prendre conscience des différents obstacles qui se dressent sur notre chemin et qui nous éloignent ou nous maintiennent éloignés de la possibilité de progresser sur le chemin de la spiritualité, parce que ces « petits » rêves nous offrent la possibilité ne pas demeurer enfermés dans les limites imposées par tel ou tel désordre psychique, par tel ou tel regard figé sur la réalité, etc. ?
    Je suis convaincu que les rêves sont tous inspirés par Cet Infini qui veut se réaliser à travers chacun de nous et qu’ainsi la voie des rêves est indubitablement une voie de spiritualité conduisant à approcher la Réalité qui se tient dans les apparences ET se tient au-delà ou en- deça d’elles. 🙂

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  4. Amezeg dit :

    « Les rêves sont la voix de notre nature animale et instinctive ou, en définitive, la voix de la matière cosmique qui est en nous. » Marie-Louise von Franz, « La voie des rêves – Entretiens avec Fraser Boa » (page 269), Éditions La Fontaine de Pierre

    La Bible le disait déjà à sa façon : Dieu nous parle par les songes.

    Que l’on dise : Dieu, la matière cosmique, l’inconscient, le mystère universel, le Grand Tao, le Père et la Mère de toutes choses, etc. ; la source du rêve semble bien naître de ce fond mystérieux que nulle conscience individuelle n’embrassera – probablement – jamais dans son entier…

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