Rêve et fiançailles

fianceeLà où l’amour règne, il n’y a pas de volonté de puissance
et là où domine la puissance, manque l’amour.
L’un est l’ombre de l’autre(*).

Le travail sur les rêves est difficile.
Très difficile.
Il l’est parce qu’il nous remet en cause, parce qu’il nous met face à des réalités que nous préfèrerions ignorer,  parce qu’il est question de ce qu’il y a de plus intime en nous, parce qu’il nous plonge au cœur de la souffrance que nous essayons souvent de masquer — y compris à nous-mêmes —, parce qu’il nous place devant l’abîme, qu’il soit fait de feu, de solitude, d’amour ou de vide… et qu’il nous faut nous y asseoir sans espoir de retour (on ignore, il est vrai, que l’acceptation totale de ce qui se présente est paradoxalement la clé de la délivrance).
Ce travail est donc aussi extrêmement libérateur, à hauteur des difficultés qu’il représente.
Mais il est exigeant et effrayant. Et il est aussi complexe : le rêve est en effet l’expression de notre nature la plus profonde et, tout comme elle, il est mystérieux. Nous pouvons tenir de beaux discours à son sujet, élaborer des théories, il n’en reste pas moins vrai que, face à lui nous sommes aveugles.
Et, si l’on est honnête, il nous faut bien avouer que, très souvent, nous n’y comprenons rien…
Par chance, c’est là le secret qui permet de lever partiellement le voile.
C’est le moment où le symbole prend le relai de la raison, le moment du passage de la tête au cœur.
Là où se tient l’émotion.
Celle que nous cherchons à étouffer, à retenir, celle que nous nions… Nous avons tant de raisons de la fuir : l’orgueil, la peur, la honte, la culpabilité et même la bienséance… Comme si nous avions appris, et intégré, que tout ce qui vient du cœur n’avait pas de place, comme si cela représentait un trop grand danger.
Mais, sans émotion, rien ne se passe.
Si nous voulons comprendre, nous devons payer de notre personne.
La raison a ses limites ; à un moment donné, le moi doit donc lui donner son congé et accueillir l’image — le miroir aimant de notre vie —, et la laisser agir.
… Et l’image livre son secret.
Une sensation, une autre image, un souvenir, une pensée, une intuition, une croyance, un projet, un sentiment longtemps étouffé, un besoin, mille et une choses émergent vers ce qui est authentiquement nous et demande à être accueilli.
La plupart du temps, parce que nous vivons dans une société dont les valeurs masculines sont très présentes, l’image est grosse de ce qui se rattache au Féminin, aux qualités Yin et ses richesses. Sa voix se fait entendre à l’intérieur et ses eaux souterraines viennent irriguer les zones de la psyché desséchées par les excès du patriarcat, ses règles, sa discipline et ses exigences aveugles, la compétitivité, l’efficacité et le rendement à tout prix… et sa prétention.
Cet esprit régnant ne nous permet pas d’aborder ce travail ; on voudrait par exemple que ça aille vite. C’est bien compréhensible, mais comment pourrions-nous hâter le rythme des saisons ? De la terre ou de l’âme, elles ont leurs propres lois.
Nous ne pouvons pas davantage pénétrer dans le domaine du « non-savoir » par curiosité ou désinvolture. Si d’aventure nous le faisons, cela a un coût : la relation avec l’inconscient s’en trouve altérée.
L’engagement que nous prenons envers nous-mêmes, envers notre essence la plus profonde, la plus authentique, envers le cœur de notre être, réclame des rendez-vous avec le partenaire intérieur. Pourtant, il nous arrive souvent de remettre à plus tard le fait de nous tourner vers nos rêves ou de les noter ; et cela peut refléter le décalage d’avec nous-mêmes, ou le manque de foi ou d’engagement avec Celui qui parle au fond de nous et qui est plus nous-mêmes que nous ne le sommes. Mais c’est aussi un grand paradoxe : l’amour que souvent nous recherchons est aussi ce dont nous avons le plus peur.

L’engagement est donc requis, non pas dans l’idée d’une obligation à s’en tenir à quelque chose, mais dans le sens d’une promesse aimante que l’on se fait à soi-même — et à quelque chose de plus profond en nous.
Voici le rêve d’une femme :

Je regarde la bague de fiançailles en or ornée d’un gros diamant que je porte au doigt ; je sais, ou quelqu’un me dit, qu’il faut que je veille sur elle attentivement.

L’anneau symbolise le lien, la relation, et la bague de fiançailles la promesse d’un engagement plus profond avec Celui qui préside à la transformation intérieure et qui l’oriente, le feu secret des alchimistes, l’amour, le Bien-Aimé.
Dans L’Interprétation des contes de fées, Marie-Louise von Franz nous dit :

L’or, par sa couleur et en tant que métal très précieux, a toujours été attribué, dans le système symbolique planétaire, au soleil ; il est généralement associé à l’incorruptibilité et à l’immortalité. Il est inaltérable : dans les temps anciens, c’était le seul métal connu qui ne s’oxydait pas en noircissant ou en verdissant et qui résistait à tous les éléments corrosifs. Il fait donc figure d’immortel : c’est un élément transcendant, car il survit à l’existence éphémère. Il est éternel et divin, précieux par excellence et un objet formé de ce métal est considéré comme possédant ces qualités. C’est pourquoi l’anneau de mariage est traditionnellement en or : il est fait pour durer toujours et n’être corrompu par aucune influence terrestre négative. Les pierres précieuses renforcent ce sens ; elles représentent, en général, des valeurs psychologiques indestructibles.

A travers l’or, le rêve atteste d’un engagement pérenne qui s’est donc inscrit dans la durée et qui perdure malgré les vicissitudes de la vie. Cependant, la rêveuse est invitée à considérer et à respecter le nouvel engagement quelle vient de prendre envers le fiancé intérieur.
C’est une promesse sans cesse à renouveler, et qu’il nous faut honorer jusqu’à ce que l’on soit rendue capable de se tourner vers le Fiancé de l’âme, et de s’abandonner à cet Autre, sans nom et sans visage, dans une alliance, un mariage mystique, un engagement sacré où tout est remis entre les mains de l’Amour.

— Michèle Le Clech ©


(*) CG Jung, L’Âme et la vie

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