La rose de Noël

hellebore

Art: Patsy Smiles Flowers

Quand un homme entreprend courageusement le long et difficile voyage qui le conduit dans le sombre royaume des Mères, jusqu’aux strates où sa part féminine git emprisonnée, meurtrie, blessée, violentée, s’il peut poursuivre la quête jusqu’à l’endroit où la nuit est si noire qu’il ne reste au côté dénaturé du masculin que la terreur et la menace pour protéger ce qui reste encore de son ombre épouvantablement destructrice, s’il fait de la solitude sa compagne et du silence son conseiller, alors vient le jour où, au détour d’un chemin, apparaît la Rivière de larmes.
La quête l’a préparé à ce moment et, dans son lit profond, il ne craint pas de se coucher… Lentement, dans les eaux tourmentées il pénètre, fermant les yeux pour mieux l’entendre qui roule ses cailloux…
Ses angles s’arrondissent et sa vision s’est obscurcie.
Rapidement delesté de tout savoir, baignant dans les larmes, entraîné par les flots et pris par les remous, il sombre dans les sanglots et finalement accepte la noyade en guise d’épousailles.
Cent ans semblent passer, quand il touche soudain le fond.
Il ouvre enfin les yeux.
Jamais il ne s’est senti plus léger.
Et, comme une feuille, il se laisse gentiment dériver…
La rivière chante et le berce à présent.
A la surface de l’eau, des milliers de diamants
C’est le Ciel en elle qui se mire.
— Oui, pensais-je, les larmes consacrent l’unité. (1)
Ce qu’il voyait comme une faiblesse est à présent pour lui le plus précieux des trésors.
Il sait son âme libre, délivrée d’un mauvais sort…
Une part d’elle n’a pas vécu qui est en décalage avec la vie et ses attentes mais, quand bien même fantasme-t-elle sur ce qui n’a plus cours, tendrement, il offre encore sa plume et ses pinceaux, et reste à son écoute…
Même si, parfois, elle devait s’exprimer avec agressivité, sortir les griffes.
Il sait qu’elle est alors aux prises avec quelques démons du passé, il reconnaît leur voix. Mais, derrière le ton dur et par trop affirmé, c’est avant tout le murmure de sa belle qu’il entend, elle qui, déjà, parle d’un autre voyage, sous d’autres cieux, là où tout est encore possible.
Dans cette contrée, il ne sait pas encore, pousse une rose sans épine, une rose de Noël qu’elle offrira en cadeau, un jour, en gage de l’innocence et de la virginité retrouvées.

— Michèle Le Clech ©


(1) Marion Woodman

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