Ernst Rossi : Entretien avec Marie-Louise von Franz

Publié dans Psychological Perspectives, 1989

Sur l’analyse
Ernst Rossi : « Pouvez-vous nous expliquer en un mot de quelle façon vous pratiquez l’analyse ? »
Marie-Louise von Franz : « Je n’ai absolument aucune règle. Je suis présente avec ma vraie personnalité, sans technique ni programme clinique qui s’y superposent — rien. Je fais en sorte que l’inconscient soit aux commandes. Je passe beaucoup de temps à essayer de comprendre les rêves, au lieu de les traiter avec désinvolture. J’apprends à mes patients, par mon attitude, à faire confiance à leur inconscient. »


Sur le corps et l’âge qui avance
Donna Spencer : « Trouvez-vous que votre corps devient plus sensible en vieillissant ? »
Marie-Louise von Franz : « Oui, très nettement. En particulier depuis que je suis malade, je suis hypersensible. Quand vous êtes plus faible, votre corps devient un instrument plus sensible. Lorsque vous êtes jeune, vous pouvez faire et subir beaucoup plus de choses. À mon âge, quand quelqu’un se conduit avec moi d’une manière inamicale ou dépourvue de tact, j’ai plus de mal à le supporter. Quand j’étais jeune, je pouvais dire « Qu’il aille au diable ! » et l’oublier aussitôt. Mais maintenant, je suis plus sensible. C’est pourquoi j’ai éliminé de mon entourage un certain nombre de personnes qui me prenaient à rebrousse-poil. Je considère qu’une personne âgée a le droit de ne s’entourer que de gens qu’elle aime et d’écarter les autres ! On rencontre souvent dans la vie des gens qui trichent, qui mentent, qui essayent de tromper les autres. Je ne peux plus les supporter. Ils me donnent la nausée et je les mets dehors ! »


Sur l’idéologie et l’éthique
Marie-Louise von Franz : Dans son séminaire sur Zarathoustra, Jung a démontré […] la distorsion du sentiment que l’on peut observer dans la conscience moderne. C’est vraiment très retors. Ce qu’affirme Nietzsche est vrai à 75 %. Vous le lisez, vous hochez la tête et vous vous dites : « C’est bien ça ! » Puis brusquement, « Wheeee ! » — il part dans une direction totalement insensée — après quoi il continue et il a de nouveau raison. Ce procédé est une constante de toutes les idéologies modernes. […] »
Ernst Rossi : « Où se situe ce glissement dans l’erreur ? »
Marie-Louise von Franz : « Le plus souvent au niveau du sentiment et de l’éthique. Nieztsche en vient à développer un sentiment erroné en plaçant à l’extérieur ce qui appartient à l’intérieur. Par exemple, il écrit dans Zarathoustra : « Si tu vas vers la femme, prend le fouet avec toi. » C’est tout à fait vrai pour la vie intérieure. Un homme doit pouvoir fouetter son anima, c’est-à-dire être capable de la critiquer lorsque cela lui semble juste. Mais Nietzsche projette cette impulsion sur la femme concrète, extérieure. Il décrit alors un acte pervers, proprement sadique. De cette façon, Nietzsche dérape brutalement, fait passer l’intérieur pour l’extérieur, et vice versa, et tente de nous présenter cette inversion comme la vérité. Vous pourriez dire que tous les journalismes manipulateurs, toutes les idéologies, tous les mouvements de masse procèdent de cette façon. »

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