Furie

Furie
Elle est venue comme j’étais partie, Insidieuse, destructrice, laissant dans son sillage une traîne brûlante.
Elle a pris toute la place qu’un jour j’avais laissée. A présent dans ton ombre, guettant tous mes faux pas, accrochée à ton bras comme une maîtresse jalouse,
Elle est là.
Sa langue dans ta bouche, son venin dans tes mots, dans tes yeux son regard.
Mon Troll comme compagnon de jeu, bras tendus il l’accueille, applaudit des deux mains,
De mes larmes se nourrissent, de mon chagrin s’abreuvent.
Parfois je te retrouve, sous sa garde endormie, tu es, pour quelques heures, quelques secondes peut être, mon Ami, mon Amant, mon Amour, comme avant.
Nos soupirs la réveillent, gardienne de ta colère, de tes doutes, de tes peines.
Furieuse à la pensée de nos peaux qui se touchent, elle déchire nos draps, te repousse loin de moi,
Promettant mille vengeances qu’au matin je reçois.
Je ne peux rien contre elle, mais pour toi je tiendrai le temps de sa présence, deviendrai à mon tour,
Ton phare, dans sa tempête.

—  © Nelly Delambily

 

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La p’tite Lili

Lili est une p’tite fille perdue
Chaque nuit elle trimballe sa peine.
Dans les rues, c’est avec la peur, qu’elle traîne.
Sa seule amie, la seule qu’elle ait connue.

Elle la pousse à faire des choses
Elle lui dit allez, vas y, ose !
Avance dans le noir, tu ne crains rien !
Prends cette lame, tu ne vaux rien !

Sur les murs elle hurle en braille
Dites-moi qui je suis, ou bien  j’me taille !
Pas d’veine, moi j’aurais pu te l’dire
Comme un con, avant de partir

Les gens s’écartent quand elle marche le soir
Elle est si étrange, si pâle, si triste
Elle noie de ses larmes le rebords des trottoirs
Cherche dans ses peintures des réponses sûres et réalistes

Gratte le sol de ses ongles brisés
Remue ciel et terre pour trouver une faille
une clé, une ancre, une lumière..
Prie sur ses genoux en sang que quelqu’un lui réponde.

Sur les murs elle hurle en braille
Dites-moi qui je suis, ou bien  j’me taille !
Pas d’veine, moi j’aurais pu te l’dire
Comme un con, avant de partir

Lili est une p’tite fille perdue
Une nuit Je l’ai trouvée
Une lame rouge sur l’trottoir détrempé
Une faille sur son p’tit cœur blessé

Sur le mur d’à coté,
A la craie, elle avait dessiné
Une étoile, une lumière
Une esquisse de prière.

Sur les murs elle hurlait en braille
Dites moi qui je suis, ou bien  j’me taille !
Pas d’veine, moi j’aurais pu te le dire
Comme un con, avant de partir

J’aurais du t’apprendre à lire dans tes peintures
Alors t’aurais trouvé, alors tu aurais su
T’étais ma Lili,  t’étais ma p’tite fille,
Et comme un con, moi j’ t’ai perdue.

© Nelly Delambily

J’aime/J’aime pas

J’aime pas les pépins dans les grains de raisin,
J’aime le rire de camionneur de ma petite fille,
J’aime pas les pubs locales au cinéma,
J’aime marcher pied nu,
J’aime pas quand quelqu’un frappe à la porte alors que je me suis mise en pyjama en plein après-midi,
J’aime l’odeur de l’herbe quand on vient de tondre la pelouse,
J’aime pas tondre la pelouse,
J’aime le chocolat en tablette quand il est un peu fondu,
J’aime pas les étiquettes qui restent collées à l’arrière des livres,
Je déteste son silence.

C’est injuste, mais en général la vie choisit à notre place ce qu’on n’aime pas.
Il y a toujours des pépins dans mes grains de raisin,
Des gens frappent toujours à ma porte les après-midi pyjama,
Les libraires choisissent des étiquettes qui s’enlèvent pas bien,
Et son silence… j’ai essayé.. essayé… trop essayé sans doute.

© Nelly Delambily