Dreamstorming

grainesEn matière de créativité vous avez peut-être entendu parler du concept de « brainstorming » ? (mot anglais signifiant littéralement « tempête de cerveau » traduit en français par remue-méninges). Il s’agit de laisser les idées, les pensées et les images vagabonder librement avec l’espoir qu’elles conduisent à de nouvelles solutions d’un problème épineux.
Combien d’entre nous ont déjà considéré les possibilités du « dreamstorming » ? Non seulement notre esprit de rêve a une capacité mystérieuse de trier un grand nombre de détails, mais il traite également du matériel d’une façon qui n’est pas limitée par les règles habituelles de la logique et peut ainsi suggérer des solutions parfois très nouvelles et innovantes.
Quand nous sommes frustrés par un problème dans notre vie nous risquons de nous retrouver dans une ornière, ou de faire des allers-retours à travers le même terrain connu mais improductif.
Dans les rêves, il semble que nous pouvons presque flotter, comme un colibri ou voler en arrière, de haut en bas ou latéralement, afin de voir le problème qui nous met dans l’impasse, sous un angle nouveau ou avec une nouvelle perspective.

— Extrait de l’article Les rêves : une source de créativité infinie paru sur le blog Les grands rêves

Marie-Louise von Franz : susceptibilité

La Femme dans les contes de féesLa rose avec ses épines, dit un auteur médiéval, appartient à Vénus et symbolise l’amour, car il n’y a pas d’amour sans souffrance ; « Là où il y a du miel, il y a aussi du fiel. »
On peut rattacher les épines des roses à ces terribles coups involontaires que se portent mutuellement les personnes qui s’aiment.
Ces échanges de coups d’épées, qui consistent à se toucher aux points les plus vulnérables, sont en réalité des luttes entre animus et anima : ce sera exactement à l’endroit où le sentiment de l’homme est le plus incertain et le plus sensible que la femme enfoncera la pointe de son animus négatif, tandis que c’est là où la femme a le plus besoin d’être acceptée, comprise et encouragée que l’homme lui versera le poison de son anima meurtrière.
La présence de telles épines ou de leur équivalent indique généralement dans les rêves une susceptibilité exaspérée qui s’accompagne toujours d’agressivité. La personne souffre, mais, en se défendant contre sa propre souffrance, elle blesse les autres.

S’il me vient un patient ou une patiente très susceptible, je sais que j’en recevrai beaucoup de piqûres désagréables et qu’il est prudent de revêtir une armure protectrice. Ces personnes sont souvent fières de cette sensibilité sans se rendre compte qu’elle leur sert à tyranniser autrui : un mot peu aimable provoquera des drames des mois durant, et vous ne pouvez ouvrir la bouche de peur de les heurter ; elles font des scènes sur tout, boudent et se sentent attaquées à tout propos dans leur merveilleux sentiment.

Pareille attitude, si elle traduit la souffrance d’un être prisonnier de lui-même, cache aussi généralement un complexe de domination fort ordinaire qui apparaît en rêve dans les figures d’ombre. Cette attitude infantile devant la vie sert souvent à ces personnes à manipuler ceux qui les entourent.
Quand il s’agit d’une femme, ce qui serait normalement de l’amour devient une haie d’épines où tout homme, en s’aventurant, se fait tellement piquer et déchirer qu’il ne lui reste plus que la retraite.
Il n’est pas possible à un homme de s’approcher d’une femme qui est susceptible au point de se sentir ulcérée par la moindre remarque : c’est trop compliqué pour lui, et bien entendu, il abandonne ou son amour meurt transpercé comme les prétendants du conte.

— Marie-Louise von Franz, La Femme dans les contes de fées

Marie-Louise von Franz : le feu des émotions et l’analyse des rêves

InterpretationContesFeesSi quelqu’un au cours d’un processus analytique, se montre sans passion par rapport à ce travail et ne souffre pas, s’il n’y a en lui ni le feu du désespoir, ni haine, ni conflit ; s’il n’éprouve ni fureur ni ennui ni rien de cet ordre, on peut être à peu près sûr qu’il ne se constellera pas grand-chose en lui et que cela se réduira à une « analyse à bavardage ».

Le feu donc, même s’il est destructeur comme le sont les conflits jalousie ou tout autre affect de ce genre, accélère le processus de maturation ; il est réellement un « juge » et clarifie une situation.

Les gens qui ont du feu se précipitent dans les difficultés et tombent dans des désespoirs, mais au moins, ils tentent quelque chose ! Plus il y a de feu, plus on peut craindre les effets destructeurs des tours et des diableries, mais en même temps c’est ce qui entretient le processus. Si le feu s’éteint, tout est perdu. L’ouvrier paresseux qui le laisse s’éteindre est perdu : c’est celui qui se contente de mordiller le traitement analytique, mais ne s’y engage jamais de tout son cœur. Il n’a pas de feu, aussi rien ne se produit.

— Marie-Louise von Franz, L’Interprétation des contes de fées


Le mot de l’éditeur

Les contes de fées, ces productions mystérieuses de l’âme populaire, ont suscité, au cours de ces dernières années, des études psychanalytiques dont l’écho considérable a attesté le vif intérêt du public.

La psychologie des profondeurs de C.G. Jung offre un instrument de choix pour l’éclaircissement de leur symbolisme. En effet, en reconnaissant l’existence d’un inconscient collectif dont les éléments dépassent l’individu, elle permet de déceler dans les contes des significations d’une valeur constante et des enseignements d’une large portée.

Elle fournit des éclaircissements bien plus satisfaisants que ceux qui se bornaient à l’analyse des complexes et des refoulements personnels, conduisant à ce que Freud lui-même appelait « la monotonie de l’interprétation ».

Marie-Louise von Franz : le problème du mal

PresenceJung— Marie-Louise von Franz : […] la seule chose que vous pouvez faire est de vous confronter vous-même à ce problème, là où vous êtes. Tout le reste…
Si les discours charitables et raisonnables pouvaient aider, nous serions depuis longtemps hors de danger, parce que ces discours ne manquent pas mais ils ne servent à rien.
Par conséquent, le seul endroit où vous pouvez vraiment prendre en mains le problème du mal, le saisir dans un corps à corps, c’est en vous-mêmes. Là, vous avez l’espoir de changer quelque chose, mais l’espoir de changer le monde est une illusion puérile […]

— Susan Wagner : Il semble quasi impossible que suffisamment de monde, à notre époque, soit assez sage ou assez courageux pour aborder le problème du mal par la voie intérieure. La tentation est grande d’essayer d’être héroïque et d’agir extérieurement […]

— Marie-Louise von Franz : Vous vous heurtez rapidement à des lobbies obscurs qui bloquent tous vos efforts. Je crois qu’on devrait le dire haut et fort, on ne devrait pas être timorés, on devrait organiser des manifestations, on devrait faire face au problème mais on ne devrait pas gaspiller toute son énergie là-dedans, car c’est inutile.
On devrait exprimer son opinion, mais sans plus et, pour le reste, combattre intérieurement, car, en fin de compte, ce n’est pas nous qui trancherons : c’est l’inconscient collectif qui décidera ; en langage religieux, c’est Dieu.
Si votre travail se concentre sur votre propre problème, vous aurez peut-être en analyse un homme politique qui a de l’influence, et vous aurez alors accompli davantage que si vous étiez allés chaque jour dans la rue manifester avec une pancarte.
Mais vous ne pouvez pas inciter un homme politique influent à entreprendre une analyse, à s’intéresser soudain à la psychologie humaine. Vous pouvez seulement travailler sur vous-mêmes, entrer en contact avec l’inconscient. Vous vous dites alors : « Si Dieu veut sauver le monde, il mobilisera certaines personnes pour les informer de certaines choses. » Nous ne pouvons pas le faire.
Cela se produit toujours comme un miracle, de façon inattendue. Mais nous pouvons aller à la rencontre de ce miracle en travaillant sur nous-mêmes.

— Marie-Louise von Franz,  Barbara Hannah, Gerard Adler, Présence de Jung

Marie-Laure Colonna : masculin/féminin, mariage royal

lunesoleilVoici le rêve d’une femme de quarante-cinq ans, cité par Marie-Laure Colonna dans « Guérir d’Osiris », Les Cahiers jungiens de psychanalyse, n° 101

C’est la nuit dans le bush australien. Avec l’une de ses amies et la mère de celle-ci, elle nettoie et fourbit l’argenterie de la maison sous la direction d’une femme plus âgée. Cependant, mue par un pressentiment profond, elle abandonne sa tâche et se dirige discrètement vers une porte-fenêtre. Des familles aborigènes se rassemblent un peu en contrebas de la terrasse et contemplent le ciel avec attention : un événement sacré se prépare, qu’ils attendent depuis des générations. 

À l’horizon, à l’est, la lumière point, alors que le côté de l’Occident est plongé dans une obscurité totale. Mais, surprise ! C’est la lune pleine qui apparaît du côté habituel de l’aurore, tandis qu’à l’opposé, du sein de la nuit, jaillit le disque du soleil. Les deux luminaires montent rapidement l’un vers l’autre, les aborigènes et la rêveuse retiennent leur souffle. Que va-t-il se passer ? Le soleil et la lune vont-ils se heurter et s’anéantir, dans leur refus de se soumettre l’un à l’autre. Va-t-il se produire une catastrophe cosmique ? 

Parvenus au zénith, les deux astres semblent un instant hésiter, la lune est un peu plus brillante, plus dorée qu’à l’ordinaire. Le soleil, lui, semble un peu argenté. Soudain, dans le même mouvement, l’un et l’autre se décalent et ils apparaissent l’un au-dessus de l’autre, sans qu’on puisse dire maintenant, tant leur éclat est égal, qui de la lune ou du soleil soutient l’autre. 

Devant ce mariage, cette conjonction des opposés, les Aborigènes et la rêveuse sont tombés à genoux. La lune et le soleil commencent alors à s’éloigner l’un de l’autre en suivant leur trajectoire vers l’horizon opposé. 

Après le rêve, la jeune femme, tout emplie par le sentiment numineux et la beauté primitive des scènes de la nuit passée, peindra le tableau de cette grande conjonction qu’elle m’apportera à la séance suivante, en disant : « Je comprends que je ne dois pas suivre uniquement l’exemple des femmes de ma famille et de celles qui m’ont élevée, comme font, dans le rêve, mon amie et sa mère qui, trop occupées par leurs activités lunaires traditionnelles — l’argent est le métal de la lune — ne voient pas ce signe d’un temps nouveau. Ce signe, le mariage harmonieux du dieu et de la déesse, la nature plus instinctive, les Aborigènes, l’attend depuis très longtemps. Mais seuls ceux, qui peuvent se distraire de leurs devoirs habituels, qui peuvent se réveiller et se rassembler dans la nuit qui précède un nouveau degré de la conscience, sont admis à contempler le mariage royal. Dans cette union, le soleil et la lune échangent leurs territoires, et se donnent l’un à l’autre sans rien perdre de leur essence. Ils se conjoignent, ils se marient sans se mélanger, s’éclipser ou s’anéantir, pour une nouvelle naissance de la conscience, un mariage intérieur. »

[…] Dans ce hieros gamos entre le masculin et le féminin, chaque fois qu’il se produit dans une psyché individuelle, naît une conscience adoucie, moins autocritique, plus équanime dans ses relations aux autres et au monde.

Marie-Laure Colonna : sur l’analyse

FacetteAmePour que cette anima, cet animus, cette âme féminine ou masculine inconsciente passe à l’état conscient, il faut, je vais le répéter souvent, supporter des moments de désorientation extrêmement douloureux.
Pour se réaliser pleinement et se transformer, la personnalité consciente devra accepter pendant un temps de perdre ses contours, de devenir friable, poreuse, ce qui menace beaucoup la confiance en sa propre identité et donne parfois vraiment, dans les moments de dissociation, l’impression que la folie vous guette.
D’où l’importance cruciale que l’analyste soit passé par là.
[…]

Cependant, si les débuts de l’analyse sont certes douloureux et déstabilisants, on assiste souvent, au fur et à mesure, dans la vie des analysants qui abordent cette première phase, à une pacification tout à fait surprenante des conflits divers, voire des drames familiaux qui formaient jusque là la trame collective de leur problématique. Alors le frère drogué se soigne, la sœur haineuse s’amadoue un peu, la mère narcissique ou paranoïaque, la famille en guerre… mystérieusement, tout l’entourage semble profiter, comme par capillarité, de la thérapie d’un seul. Souvent, sans aller jusqu’à parler de guérison collective, des solutions se font jour dans le groupe familial qui s’équilibre alors sur de meilleures bases.
Bien sûr, le retrait des projections qui s’opère dans l’analyse délivre mécaniquement le groupe d’un poids plus ou moins lourd, mais je suis convaincue, toutefois, que notre « peau » psychique est poreuse et que, s’il est vrai que la névrose et la psychose ont un fort pouvoir contaminant, parfois sur plusieurs générations, il est encore plus vrai que l’accroissement de conscience chez un individu entraîne aussi celle de son entourage.
— Marie-Laure Colonna, Les Facettes de l’âme

Evelyn Underhill : la mystique

mysticism« Dans la mystique, l’amour de la vérité — à l’origine de toute philosophie —, quitte la sphère purement intellectuelle et revêt l’aspect évident d’une passion personnelle.
Là où le philosophe suppose et argumente, le mystique expérimente, constate et de ce fait, parle le langage déconcertant de la prime expérience et non celui de l’élégante dialectique de la Faculté.
Tandis que l’Absolu des métaphysiciens demeure sous forme de schéma — impersonnel et inaccessible — l’Absolu des mystiques est aimable, accessible, vivant. »

— Evelyn Underhill, Mysticism: A Study in the Nature and Development of Spiritual Consciousness

(Traduction : Michèle Le Clech)