Michael Cornwall : rêves et entente de voix

HearingVoices

Art: Sarah Jung

Il me semble que ce qu’on appelle « les voix » — les expériences auditives qui surviennent lors des états extrêmes — sont des expressions symboliques, composées de mots, illustrant l’affect qui découle d’une intense expérience émotionnelle.

Ce que l’on désigne par hallucinations auditives — qui sont parfois perçues comme des voix désincarnées — sont, à mon sens, la projection de cette puissance émotionnelle et symbolique jaillissante.
Je crois que les hallucinations visuelles sont des représentations symboliques qui proviennent également d’une expérience émotionnelle subjective.

En d’autres termes, l’émotion (la terreur par exemple) produit des visions, des images et des discours intérieurs sous forme de voix représentant la terreur.
Dans les rêves des personnes qui sont dans des états extrêmes et qui entendent des voix ou voient certaines choses, les personnages oniriques procèdent également des émotions. Une personne dont l’un des personnages oniriques est cruel a probablement une voix tyrannique d’une grande cruauté.
Les deux types de manifestations proviennent de l’expérience même de la cruauté dont la personne a été victime, mêlée de peur, de rage, d’impuissance, et qui est l’émotion-source de l’infinie puissance créatrice de la psyché et sa capacité à engendrer symboles, mots et images.

— Michael Cornwall, PhD (entretiens)

Site internet : michaelcornwall.com
Voir ses nombreux articles (en anglais) sur Mad In America, Science, Psychiatry and Social Justice


Traduction : Michèle Le Clech (avec l’aimable autorisation de Michael Cornwall)

Les traductions sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas de Modification

Miki Kashtan : facilitation de la convergence

Nous en aurions tellement besoin aujourd’hui !
Petite interview de Miki Kashtan : les bases de la facilitation de la convergence

— traduction et sous-titrage : Sophie Rougevin-Baville, Michèle Le Clech, Nelly Delambily,  Simon Kobayashi

La facilitation de la Convergence repose sur un principe fondamental : les gens peuvent collaborer, et trouver les solutions qui conviennent à tous, quand ils s’engagent à travailler ensemble et que tout le monde est d’accord.
Voici comment ça marche, 4 notions-clés sous-tendent ce travail :

— Premièrement
Quelles que soient leurs divergences, les gens se rejoignent sur ce qui est primordial.
— Deuxièmement, quand ils savent que leurs besoins comptent, les gens sont plus enclins à adhérer plutôt qu’à faire des compromis.
— Troisièmement, la capacité des gens à s’enthousiasmer pour certaines choses dépasse de beaucoup leurs simples préférences.
— Enfin, quand on sort du paradigme du « ou/ou » pour chercher une solution qui convient à tous, il est plus facile pour les gens de s’entendre.

Ce sont les principes de base.
On amène les gens à définir ensemble leurs critères, et à élaborer des propositions qui tiennent compte de ces critères.
Puis on repère celles qui prennent en considération le plus de critères et de besoins, et généralement ce sont elles qui sont retenues, car elles ont l’adhésion de tous.

 

Dr Michael Cornwall : l’accueil de la « folie »

L’interview qui suit fait partie d’une série d’entretiens sur « L’avenir de la santé mentale » qui s’étend sur plus de 100 jours.
Cette série aborde différents points de vue sur ce qui aide une personne en grande difficulté. Je tenais à un certain œcuménisme et j’ai donc inclu de nombreux points de vue, différents du mien. J’espère que vous apprécierez.
Comme pour toute ressource ou service en matière de santé mentale, faites preuve de discernement.
Si vous souhaitez en savoir plus sur les approches, services et organismes qui sont mentionnés, suivez les liens.
Eric R. Maisel

Entretien avec le Docteur Michael Cornwall

mcornwallMichael Cornwall, Ph.D., a traversé la folie il y a cinquante ans de cela ; il a accompagné des personnes en grande souffrance émotionnelle et dans des états limites pendant presque 40 ans. A Esalen Institut, il dirige des ateliers sur la compassion envers les personnes en très grande souffrance, et publie régulièrement sur madinamerica.com
Michael Cornwall consulte à son cabinet et via Skype. Il peut être joint à michaelcornwall.com

Eric R. Maisel : Vous êtes de confession jungienne. Pouvez-vous nous dire brièvement ce qui vous parle aujourd’hui encore dans cette approche ?

Michael Cornwall : J’aurai 70 ans le mois prochain, et l’approche jungienne est toujours très pertinente pour moi : il y a de cela une cinquantaine d’années, et pendant environ un an, j’ai traversé ce que la psychiatrie appelle une psychose.
Ce fut l’enfer, mais je suis heureux de l’avoir traversée sans traitement ni médication. J’ai parlé de cette expérience personnelle dans un article, Initiatory Madness, publié sur madinamerica.com

J’émergeais tout juste de cette nuit obscure remplie d’hallucinations auditives malveillantes, d’étranges perceptions et de phénomènes psychiques doublées d’une terreur surnaturelle intense, permanente, quand j’ai découvert les œuvres complètes de Jung (Collected Works).
Dès la première page, j’ai su d’instinct qu’il connaissait parfaitement ce traumatisme larvé en moi, ce monde imaginaire et cauchemardesque peuplé d’esprits étranges auquel je venais tout juste de réchapper.

Le Livre rouge de Jung, disponible depuis peu, rapporte en détail son propre cheminement à travers la folie. Durant les années 70, lire ses œuvres complètes et son autobiographie — « Ma vie » – Souvenirs, rêves et pensées — c’était comme découvrir une carte détaillée, annotée par un compagnon de voyage qui connaissait le monde fou et aliénant qui m’avait englouti.

Jung savait que le fragile ego, dont nous dépendons tous à l’état de veille, repose de façon précaire au-dessus d’un abîme insondable. Il écrit : « une source profonde qui n’est pas alimentée par la conscience et échappe à son contrôle. Dans la mythologie ancienne, ces forces étaient appelées mana, esprits, démons ou dieux. Elles sont toujours aussi actives aujourd’hui.(*) »
De tels mots donnaient du sens à l’étrange et pénible voyage intérieur au cœur de l’obscurité d’où j’étais sorti bien différent.

La psychologie des profondeurs de Jung souligne un élément essentiel et pourtant très souvent négligé des états limites : il s’agit de l’expérience émotionnelle subjective dont l’aspect mythique et archétypal — fût-il céleste ou infernal — se produit très souvent en réponse à l’horreur de la guerre et de la torture, à nos traumatismes, ou à la crainte existentielle de la mort.

Mais, si notre appétence pour l’extase et l’expérience mystique fait également partie de notre nature humaine, ces puissantes forces bénéfiques peuvent aussi engendrer des états limites. Le numineux possède aussi sa lumière. Il est un amour véritable, durable, que nous pouvons ressentir envers nous-mêmes et les autres, et cette énergie d’amour peut apporter une paix profonde et l’espoir d’un jour meilleur.
Avec cet espoir comme talisman, j’ai soutenu et accompagné des personnes à travers la folie pendant environ quarante ans — parfois comme un serviteur tremblant, sage-femme, ou ami fidèle dans la souffrance — face à cet incommensurable  mystère.

Mais, même si je respecte la tradition jungienne, je me soucie peu de coller à la théorie de façon permanente et dogmatique, ou de faire de Jung un demi-dieu, pas plus que je ne pourrais placer le DSM et l’institution psychiatrique sur un piedestal. La psychiatrie a tragiquement échoué dans la compréhension de la souffrance humaine et elle a échoué à y répondre avec compassion.

Eric R. Maisel : Vous tenez aussi de l’approche de Ronald Laing. Beaucoup de nos lecteurs ne sont pas familiarisés avec Laing. Pouvez-vous nous dire qui il était et ce qui, dans son travail, continue de vous parler ?

Michael Cornwall : j’ai découvert les écrits de Laing au même moment que ceux de Jung. Laing est un autre dissident de la psychiatrie qui a totalement tourné le dos à sa formation et à l’endoctrinement. Sa vision de la santé mentale et de la folie était large, profonde, laissant place à la spiritualité et aux ténèbres.
Laing a vu le 20e siècle ravagé par la guerre pour ce qu’il est véritablement, c’est-à-dire un monde de folie, et comment notre vie moderne peut facilement générer en chacun de nous un enfer de désespérance, une blessure de l’âme collective qui peut aisément nous faire basculer dans des états émotionnels extrêmes, jusqu’à la folie.
Laing n’a pas craint de montrer, sans les blâmer, que les familles modernes (dont la sienne) étaient les victimes d’une culture occidentale défaillante. Selon lui, notre culture repose sur des valeurs destructrices de honte, de culpabilité et d’intimidation, et opère sur un fond de darwinisme social, moderne et implacable. Laing a écrit l’extraordinaire Divided Self vers la trentaine. Lorsque j’ai lu ce livre, j’avais l’impression qu’il avait eu accès à mes états d’âme les plus intimes.

Laing et Jung ont vu l’un et l’autre au delà de l’apparence des comportements rationnels prétendument civilisés. Ils ont percé à jour l’autosatisfaction malhonnête des institutions comme la psychiatrie, défaillantes et pourtant promptes à condamner et écraser ceux qui s’en écartent. Ils ont souligné avec courage comment les processus culturels collectifs, aléatoires et versatiles, participent pourtant de la création d’une représentation collective de la normalité et de la vertu.

Eric R. Maisel : Vous vous intéressez tout particulièrement à la démesure des contrôles sociaux dans l’application du modèle de « diagnostic et des traitement des troubles mentaux » qui domine aujourd’hui.
Accepteriez-vous de partager avec nous quelques unes de vos réflexions sur le sujet ?

Michael Cornwall : Eh bien, depuis mon épisode psychotique des années 70 jusqu’au moment où j’écris ceci, je n’ai jamais cru que le discours superficiel de la psychiatrie pourrait jamais expliquer ce que fut pour moi cette expérience écrasante, msytérieuse et incroyablement destructrice de mon voyage à travers la folie.
Je n’ai donc jamais regardé la souffrance émotionnelle d’autrui, quelle qu’en soit la nature, à travers ce prisme déformant et inadapté. Je ne crois pas au modèle pathologique de la maladie mentale — ou à la notion de maladie mentale.
J’ai rédigé un article sur madinamerica.com : Does the Psychiatric Diagnosis Process Qualify as a Degradation Ceremony? 

Trop souvent la psychiatrie est la source d’une violation flagrante des droits de l’homme. Electrochocs, jeunes enfants, enfants et adolescents médicamentés, contrainte des traitements à domicile, etc., sont là des violations des droits de l’homme. Comme l’ont fait la plupart des personnes interrogées pour cette série d’interviews, je me suis exprimé contre ces abus pendant des décennies.

Eric R. Maisel : Aux personnes qui sont dans ce que l’on appelle des états psychotiques, vous proposez une psychothérapie au sein de sanctuaires et d’espaces communautaires, des lieux sans médicaments. Pouvez-vous nous en dire davantage à ce sujet ?

Michael Cornwall : Pendant des années, dans ces centres sans médicament ouverts 24/7, j’ai eu la chance inouïe d’être une sorte de sage-femme pour certaines personnes qui subissaient la folie, tentant d’en réchapper. J’en ai parlé sur madinamerica.com : Remembering a Medication Free Madness Sanctuary.

Mes recherches de doctorat ont porté sur Diabasis House, un centre jungien sans médicaments fondé par mon ami John Weir Perry. Chaque semaine je reçois dans mon bureau des gens dans les états limites qui prennent ou ne prennent pas de médicaments. Imaginez-vous, présent, le cœur ouvert, bienveillant, réceptif face à toute émotion ou énergie qui peut émerger en l’autre durant ce voyage au cœur de la folie ou de la souffrance.

Voilà la pratique — se tenir là, calme quand le silence est attendu par l’autre, ou engagé dans une conversation ininterrompue si c’est ce qu’il réclame. Parfois, une heure se passe où je ne dis pas un seul mot ! Mon cœur est libre, mes larmes coulent si je suis profondément ému, je ne laisse pas le diagnostic ou la théorie ou l’action pour l’action interférer. Je me tiens juste là, dans l’amour. C’est aussi simple que ça. Ces cinq dernières années, à l’Institut Esalen et ailleurs, j’ai animé des rencontres où l’accent est mis sur la compassion envers les personnes dans ces états limites.

Eric R. Maisel : Si vous aviez un être cher dans la détresse émotionnelle ou mentale, que lui suggéreriez-vous d’essayer ?

Michael Cornwall : J’essaierais ce que j’ai dit plus haut sur l’écoute aimante, tout en l’autorisant à avoir des doutes sur la véracité de la représentation de la maladie mentale par la psychiatrie, et je lui conseillerais de regarder la vidéo que j’ai mise sur mon compte YouTube sur l’accueil bienveillant de la souffrance émotionnelle.

 

(*) C.G. Jung, Essai d’exploration de l’inconscient, trad. L. Deutschmeister, Paris, Gallimard, coll. Folio/Essais, 1992, p. 140.


— Traduction : Michèle Le Clech, by courtesy of Dr. Michael Cornwall 
Relecture : Nelly Delambily
Article original paru dans Psychology.comBeing Present to « Madness »


Les traductions sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution

 

Marie-Laure Colonna : l’inconscient et la raison

MLCExtrait de l’interview de Marie-Laure Colonna, « L’inconscient se moque de la raison », éditée en juillet 2009 sur psychologie.com

— Psychologie : Pour Jung, l’inconscient collectif nous livre des clés pour avancer…

— Marie-Laure Colonna : Imaginons la personnalité sous la forme d’une maison.
Il y a les pièces à vivre, que l’on connaît bien.
Elles sont notre inconscient personnel hérité de notre culture et de notre histoire.
Puis le sous-sol, plus étranger car plus profondément enfoui, qui contient les mythes et symboles communs à l’humanité.
Dans toutes les cultures, le langage de la sagesse se divulgue sous forme de paraboles et de récits s’adressant à l’âme, au cœur et pas seulement à la pensée.

Quand on touche à l’inconscient collectif interviennent en nous des énergies puissantes.
Mais selon la structure de l’individu, ces forces peuvent être créatrices — c’est le cas des artistes — ou destructrices, c’est le cas des psychotiques.

Les uns et les autres sont au même niveau de psyché, mais n’en font pas le même usage. Une patiente me dit un jour qu’elle est atteinte d’un cancer et qu’elle ne se sent pas la force de se battre.
Elle me raconte un rêve.
Elle avait accompli un passage dans les entrailles de la terre avant d’être avalée par un monstre après un effroyable combat.
Spontanément, je lui raconte l’histoire de Jonas et de la baleine, lui montrant combien il avait été important pour Jonas d’être avalé par la baleine car, lorsqu’elle l’avait recraché, il en était ressorti métamorphosé.
A la fin de mon récit, elle m’a dit : « Je vais me battre, car je veux vivre. »

Marion Woodman : analyse jungienne et addiction

 

MarionWoodmanL’analyse jungienne, les troubles alimentaires et le « Grand œuvre »
Voici le tout premier d’une série d’entretiens avec une brochette d’analystes jungiens contemporains.

À l’âge de 81 ans, avec plus de 500.000 livres édités, Marion Woodman fait office de sage dans le domaine de la psychologie jungienne. Leader dans la psychologie et la spiritualité des femmes, et pionnière dans le travail avec le corps et les rêves, elle a profondément influencé la vie intérieure de nombreuses personnes, y compris la mienne.
Marion Woodman est l’une des premières à avoir appliqué les concepts jungiens aux troubles alimentaires et à avoir fait le lien entre l’addiction et le désintérêt de notre culture pour le « Féminin ».

Pour devenir analyste jungienne, Marion Woodman a emprunté des chemins de traverse. En 1968, alors professeur d’anglais dans un lycée canadien, à la recherche de nouvelles perspectives qui feraient sens, elle est partie en Inde à la recherche d’un maître spirituel qu’elle ne parvient pas à trouver.
Plus tard, lors d’un congé sabbatique en Angleterre, un ami lui a recommandé un analyste jungien de 78 ans, E. A. Bennett. Selon ses mots : « La rencontre m’a totalement transformée. »
Prenant congé de l’enseignement, Marion Woodman s’est alors inscrite à l’Institut Jung de Zurich où elle a entamé un parcours pour devenir analyste.
Je l’ai récemment rencontrée chez elle, en Ontario, où elle vit avec son mari, le Dr Ross Woodman, professeur d’anglais.

— Pythia : Quelle est la différence entre l’analyse jungienne et une approche psychologique plus classique ?

— Marion : L’approche jungienne parle à l’âme. Dans une analyse jungienne, vous essayez de savoir qui vous êtes vraiment en travaillant sur vos rêves et en vous ouvrant  à l’inconscient. Plus vous travaillez avec le rêve et  l’inconscient, plus vous honorez ce dernier, plus vous le comprenez et plus il vous comprend. Lorsque vous développez une relation avec la psyché de cette façon, vous apportez peu à peu cette énergie dans la vie et dans vos relations.

— Pythia : Votre contribution exceptionnelle à l’œuvre de Jung a été d’explorer les troubles alimentaires sous leur aspect symbolique. Vous dites même que les addictions ont un sens. Pouvez-vous en dire plus à ce sujet ?

— Marion : J’aime travailler avec les addicts parce que je l’ai moi-même été [Marion Woodman a souffert d’anorexie à une époque]. J’étais plutôt tournée vers la spiritualité ; je pouvais suivre un régime jusqu’à être affamée, et me gaver ensuite. Grâce à l’analyse jungienne, j’ai commencé à comprendre que l’addiction est le symptôme de quelque chose de beaucoup plus profond. Une personnalité dépendante se focalise sur quelque chose de concret — comme un gâteau au chocolat — et ne voit pas que l’envie de sucré est en fait un besoin d’amour ou de douceur. Au lieu de manger un gâteau au chocolat entier, cette personne pourrait donc se demander : « Comment pourrais-je obtenir cette douceur sans manger de gâteau ? Qu’est-ce qui nourrirait mon âme plutôt que mon corps ? J’ai faim, mais ai-je faim de sucre ou d’amour ? » Elle pourrait aussi nourrir son âme en écoutant un magnifique morceau de musique, en faisant une promenade, ou même en allant voir un film qui nourrirait son imagination. Cette façon de voir fait ressortir le sens plus profond que recèlent nos dépendances.

— Pythia : Vous avez dit que ramener les valeurs féminines dans notre culture est le « Grand Œuvre ». Mais qu’est-ce exactement que le « Féminin » ?

— Marion : Je dirais qu’il est, fondamentalement, l’amour de la nature, et la croyance que le corps fait partie de la nature telle que nous la voyons à l’extérieur, dans les bois ou les rivières. Le Féminin accorde de la valeur à la spontanéité et à la lenteur, honore la réalité intérieure, et valorise les sentiments sans les réprimer brutalement en les taxant d’insensés ou de « trucs de mauviette ». Ceux qui suivent la voie du Féminin choisissent de faire telle ou telle chose parce qu’elle a une réelle valeur, parce qu’ils l’aiment et qu’ils peuvent donc carrément y investir leur énergie. Qu’ils soient hommes ou femmes, les questions qui les guident sont : « Est-ce que ça a de la valeur pour moi, personnellement ? Est-ce ça vaut la peine d’y mettre mon énergie et de faire l’effort ? Est-ce que c’est ce que je suis vraiment ? » C’est une façon de faire différente, plutôt que de se colleter avec quelque chose quand le cœur n’y est pas. Mais vivre à partir du cœur dans cette société demande du courage.

— Pythia : L’imagerie archétypale est au cœur de l’œuvre de Jung. Cela se voit dans les peintures qu’il a fait de son voyage intérieur et qui sont dans son journal intime, Le Livre rouge. Que pensez-vous de la publication de cet ouvrage ?

— Marion : C’est extraordinaire d’avoir accès au monde intérieur de l’homme qui a pris conscience du pouvoir des images. Sans les images et l’imagination, le monde est desséché. Lorsque nous nous sommes habitués à nos rêves, notre corps réagit comme un instrument de musique. Les images sont des photos de l’âme et peuvent être utilisées pour relier le corps et la psyché — on peut intégrer le corps tout entier en travaillant avec eux.

— Pythia : Pourriez-vous me donner l’exemple d’une image de guérison de l’un de vos rêves ?

— Marion : J’ai été gravement malade récemment. Alors que j’étais au plus mal, j’ai rêvé qu’un corbeau, au bec énorme, entrait par la fenêtre. Il a atterri sur mon ventre et a commencé à arracher la peau. Le corbeau essayait d’extirper la maladie avec son bec pointu. Parfois, je dois l’avouer, j’ai eu cette attitude envers mon corps : tu dois être mince, ou tu dois être bien. Dans le rêve, j’ai compris que tant que j’étais hostile au corbeau, je serais vraiment malade — mais, en l’apprivoisant, j’aurais un allié. Donc (dans le rêve), je lui ai parlé doucement, j’ai essayé de le calmer, et il s’est calmé. Grâce à ce rêve, j’ai compris que je devais apporter de l’amour et me concentrer sur cette partie de mon corps — et c’est la raison pour laquelle je suis assise ici dans ce fauteuil aujourd’hui.

— Interview de Pythia Pey (auteure de American Icarus: A Memoir of Father & Country and America on the Couch et  America on the Couch: Psychological Perspectives on American Politics and Cultureparue dans The Huffington Post en novembre 2011 sous le titre Jungian Analysis, Eating Disorders and ‘Great Work’
by courtesy of Pythia Pey
Traduction : Michèle Le Clech
Relecture : Nelly Delambily

Autres articles de Marion Woodman (en français ou en anglais)


Traduction mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas de Modification

Dreams and Palliative Care

Canadian Hospice Palliative Care Association

INTRODUCTION
Taking time to listen to dreams can be a useful and therapeutic tool in caring for a dying person. The dream belongs to the dreamer; therefore it is crucial to treat it with respect and discretion. Key to this process is asking the ‘right’ questions, keeping them simple and not getting caught up in the interpretation of dreams. Sometimes the metaphor in the dream can lead to a deeper understanding of the dreamer and can help to identify where the dreamer is in his “here and now”. The dream can be an important source of information of the dreamer’s feelings. It is the emotion that is felt by the dreamer (after reflecting on the dream) that can be viewed as a direct link with his current life situation. Therefore listening to the dreamer’s dream, without passing judgement, is a simple tool a caregiver can use to provide support and to maintain or open the lines of honest communication.

By courtesy of Monique Sequin

CHPCA Conference – Ottawa 2015 – Monique Seguin Poster

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DreamsDeathThe benefits of dreams before, during and after death is  a tool for the person who wishes to benefit from the energy dreams carry in the moments preceding or following a death. Listening to and sharing dreams is a way for us to be there for a loved one, as well as for ourselves. After death, dreams of contact offer the happiness of reunions and sometimes hold privileged information.

Soins palliatifs : l’importance du rêve

Conférence sur les soins palliatifs (CHPCA, Ottawa)
Intervention de Monique Seguin (auteur du livre Les Rêves en fin de vie)

INTRODUCTION
Dans l’attention que l’on porte à la personne en fin de vie, prendre le temps d’écouter les rêves peut être un outil très utile et thérapeutique.
Le rêve appartient au rêveur : il est donc essentiel de le traiter avec respect et discrétion.
Dans ce processus, la clé c’est de poser les « bonnes » questions, de façon simple, et ne pas se laisser enfermer dans une méthode d’interprétation. La métaphore d’un rêve peut aider à mieux comprendre le rêveur et à le situer dans son « ici et maintenant ».
Le rêve peut être une source importante d’informations sur les sentiments du rêveur. Les émotions ressenties par le rêveur après avoir réfléchi au rêve sont comme un lien direct avec sa situation du moment.
Par conséquent, écouter un rêve sans porter de jugement est un outil simple que le soignant peut utiliser pour apporter du soutien et conserver — ou établir — une véritable communication.

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Traduction : Michèle Le Clech
Ce tableau est à votre disposition (cliquer sur le lien pour le fichier .pdf)
— avec l’aimable autorisation de Monique Seguin
RevesFinVie

Association canadienne de soins palliatifs : les rêves comme outil thérapeutique