Blessures du cœur

ItsHurtingAgainCertaines blessures du cœur sont difficiles à guérir… si jamais elles guérissent un jour, ai-je lu il y a longtemps de cela sous la plume d’une amie.

De fait, la perte d’un grand amour laisse parfois une plaie profonde, une plaie qui reste longtemps béante dans certains cas. Si elle cicatrise au fil des ans, elle se rouvre cependant de temps à autre, de façon répétée parfois, et nous donne à croire qu’il nous est impossible de faire le deuil de cette relation. Quelque chose d’anodin survient, une scène dans un film, une chanson, une remarque, une date anniversaire, un parfum… un rêve… et la douleur se réveille, aussi intense qu’au premier jour. Sous nos pas, l’abîme s’ouvre de nouveau et le chagrin nous entraîne dans des profondeurs insoupçonnées qui semblent n’avoir pas de fond.

Mais celui qui incarne à nos yeux l’homme de notre vie est fort souvent la projection de quelque chose qui dépasse infiniment l’homme lui-même. Il représente certes pour un temps le regard aimant et bienveillant que personne n’a jamais posé sur nous, comme si, dans cette relation, nous avions pu nous voir à travers les yeux de l’aimé et non plus à travers le prisme des jugements négatifs et des croyances ; comme si, pour la première fois, nous avions pris conscience de nos qualités, de nos dons et de leur valeur ; comme si, pour la première fois, nous nous étions goûtées nous-mêmes, aimées nous-mêmes, et la vie et le monde alentours.
Il incarnait peut-être une présence, un soutien, des qualités dont nous avons manqué — ou auxquelles nous étions par trop attachées.
L’esprit nourrissait peut-être aussi l’esprit, et le corps la sensualité. Le cœur chantait un chant nouveau… La magie était dans l’air, les synchronicités fleurissaient çà et là, et une petite fée semblait nous suivre qui opérait mille et un petits miracles.


Puis un jour, sans même une explication parfois, « l’homme de notre vie » s’en va…
Tout disparaît.
Et le vide est abyssal.

C’est en tout cas ce qui se passe lorsque le meilleur de nous-même est plaqué sur un autre : sans lui, nous ne valons rien.
C’est, du moins, ce que nous croyons.
Nous n’avons pas conscience que les qualités que nous avons entrevues sont en nous.
Peut-être ces qualités sont-elles encore à l’état de jeunes pousses dans le jardin de notre âme ; ou peut-être sont-elles régulièrement écrasées par un animus irrespectueux qui les renvoie dans les bras de l’hiver. Nous l’oublions — ou l’ignorons peut-être —, mais le germe n’en reste pas moins présent. Ce n’est parfois qu’après un long travail que l’on parvient à protéger ce qui ne demande qu’à s’épanouir. Et c’est souvent au contact d’une autre femme, profondément en lien avec son côté masculin, que l’on trouvera l’inspiration, la force et la persévérance nécessaires pour protéger la future floraison. On trouvera aussi en elle l’humilité, la réceptivité, la patience, la confiance et la bienveillance suffisantes pour permettre à nos racines d’opérer la descente nécessaire vers les profondeurs de l’âme. On trouvera surtout en elle une incarnation de l’être au féminin.

Nous n’avons pas non plus conscience que l’amour est en nous ; les rêves nous ramènent donc inlassablement vers l’Aimé, vers l’océan infini de l’Amour, vers l’Un-sans-nom et l’Un-sans-visage.
Et pour nous faire prendre conscience de ce qui se joue dans notre monde intérieur, ils n’hésitent pas à emprunter le visage de celui qui incarne à nos yeux cet Amour… jusqu’à ce que nous soyons rendues capables de voir qu’une même attitude se répète : tout comme celui qui nous a quittée, nous nous détournons aussi de nous-même et nous rompons brutalement parfois la relation aimante d’avec nous-même pour retomber sous la coupe de la négativité, des jugements et des croyances héritées.
Et si l’on se penche assez longtemps sur les rêves, l’on peut voir une sorte de schéma qui se répète et dont les racines plongent loin dans le temps. Avec l’art qui les caractérise, les rêves feront le parallèle entre les événements de notre quotidien et certains événements marquants de notre passé.

Et parfois aussi, nous mettons le doigt sur un mode de fonctionnement hérité qui se répète à l’envi pour peu que nous tentions de vivre qui nous sommes vraiment.
Rien n’affecte davantage les enfants que la vie que les parents n’ont pas vécue, dit Jung.
Cela est si vrai que, tandis que nous abordons les rivages de l’âme, nous nous trouvons parfois entraînées vers le large.
Parfois encore, c’est lestées du poids d’un très lointain passé que nous sommes précipitées vers les grands fonds : la mémoire des femmes, inscrite dans nos cellules, se réveille, et l’on entre en résonnance avec la souffrance du Féminin à travers le temps. Tout comme dans l’océan à un certain degré de profondeur, la lumière ne passe plus ; la conscience, à ce stade, s’obscurcit elle aussi et peine à s’exprimer. Aucun mot ne pourra bientôt plus franchir nos lèvres : rien ne peut en effet traduire le terrible sentiment d’oppression et de souffrance que le corps endure sous le poids du passé. L’eau de nos larmes ne fait qu’ajouter à l’océan de tristesse de l’héritage ancestral.
Le remède à cette souffrance est paradoxalement davantage de souffrance ; il s’agira de descendre plus profond encore.

Le remède à la souffrance… n’est pas de se laisser submerger par l’inconscient, mais de la porter à la conscience et de souffrir davantage. Le démon de la souffrance est guéri par plus de souffrance, par l’intensification de la souffrance… Ne fermez pas les yeux sur le Sphinx angoissant, mais regardez-le bien en face ; laissez-le vous saisir dans sa gueule, vous croquer de ses milliers de dents venimeuses, et vous avaler. (1)

C’est comme un acte de foi.
Une présence amie et le regard bienveillant de quiconque s’est aventuré jusque-là sont le garant d’un peu d’humanité dans ces lieux habités par les monstres du passé et où la conscience risquerait de sombrer. L’on comprend seulement alors le sens de certains grands rêves ou images archétypiques survenus des années auparavant.
Voici la vision d’une femme d’environ 40 ans :

Souffrance à travers le temps 

Sur ma gauche un grand groupe de femmes. Ce sont des bretonnes, toutes de noir vêtues comme au siècle passé.
Venant d’elles, et en elles, je ressens une immense souffrance, une souffrance qui s’étend loin dans le temps, une souffrance qui m’empêche de vivre.
Sur la droite, l’océan.
La mer est calme.
Une grosse vague survient, faisant disparaître les femmes et la souffrance.
Et cela me réjouit.
Un temps…
Car je suis brusquement précipitée dans une souffrance sans nom. Une immense souffrance à laquelle je ne peux m’identifier (aucune raison personnelle) mais qui m’envahit et à laquelle je ne peux échapper.
Je n’ai pas peur, je sais au fond de moi que je dois la vivre.
Je me sens comme une marionnette, comme un pantin.
Je dois accepter et vivre la palette des sentiments qui surviennent.
Mon corps se tord de douleur, et mon visage se transforme comme pour refléter ce que je vis à l’intérieur…
Je suis comme un instrument entre les mains d’une sorte de musicien.

Puis je suis, graduellement, ramenée dans le monde des vivants ; je perçois une étrange paix, un amour immense ; je me sens radieuse, comme illuminée au dedans.
C’est comme une délivrance qui s’accompagne d’un immense soulagement.

Pour quelle raison le monstre nous recrache-t-il soudain ?
Cela reste un mystère.

— © Michèle Le Clech


(1) Miguel de Unamuno, The Tragic Sense of Life (cité dans The Black Sun, par Stanton Marlan)

 

Publicités

Marie-Louise von Franz : susceptibilité

La Femme dans les contes de féesLa rose avec ses épines, dit un auteur médiéval, appartient à Vénus et symbolise l’amour, car il n’y a pas d’amour sans souffrance ; « Là où il y a du miel, il y a aussi du fiel. »
On peut rattacher les épines des roses à ces terribles coups involontaires que se portent mutuellement les personnes qui s’aiment.
Ces échanges de coups d’épées, qui consistent à se toucher aux points les plus vulnérables, sont en réalité des luttes entre animus et anima : ce sera exactement à l’endroit où le sentiment de l’homme est le plus incertain et le plus sensible que la femme enfoncera la pointe de son animus négatif, tandis que c’est là où la femme a le plus besoin d’être acceptée, comprise et encouragée que l’homme lui versera le poison de son anima meurtrière.
La présence de telles épines ou de leur équivalent indique généralement dans les rêves une susceptibilité exaspérée qui s’accompagne toujours d’agressivité. La personne souffre, mais, en se défendant contre sa propre souffrance, elle blesse les autres.

S’il me vient un patient ou une patiente très susceptible, je sais que j’en recevrai beaucoup de piqûres désagréables et qu’il est prudent de revêtir une armure protectrice. Ces personnes sont souvent fières de cette sensibilité sans se rendre compte qu’elle leur sert à tyranniser autrui : un mot peu aimable provoquera des drames des mois durant, et vous ne pouvez ouvrir la bouche de peur de les heurter ; elles font des scènes sur tout, boudent et se sentent attaquées à tout propos dans leur merveilleux sentiment.

Pareille attitude, si elle traduit la souffrance d’un être prisonnier de lui-même, cache aussi généralement un complexe de domination fort ordinaire qui apparaît en rêve dans les figures d’ombre. Cette attitude infantile devant la vie sert souvent à ces personnes à manipuler ceux qui les entourent.
Quand il s’agit d’une femme, ce qui serait normalement de l’amour devient une haie d’épines où tout homme, en s’aventurant, se fait tellement piquer et déchirer qu’il ne lui reste plus que la retraite.
Il n’est pas possible à un homme de s’approcher d’une femme qui est susceptible au point de se sentir ulcérée par la moindre remarque : c’est trop compliqué pour lui, et bien entendu, il abandonne ou son amour meurt transpercé comme les prétendants du conte.

— Marie-Louise von Franz, La Femme dans les contes de fées

Christiane Singer : la substance même de la création

Christiane SingerAlors ce dont je veux vous parler c’est tout simplement de ce que je viens de vivre.
Ma dernière aventure.
Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance.
J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer.
Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable.
Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout.
Je vous le jure.
Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour.
Tous les barrages craquent.
C’est la noyade, c’est l’immersion.
L’amour n’est pas un sentiment.
C’est la substance même de la création.

— Christiane Singer, Derniers fragments d’un long voyage

Pierre Rabhi : La clé du changement est intérieure

Pierre RabhiIl ne peut y avoir de changement de société sans changement humain, et il ne peut y avoir de changement humain sans le changement de chacune et chacun de nous.

Cette affirmation, plus actuelle que jamais, est une sorte de lieu commun. Elle va de soi, pour peu que l’on y réfléchisse. En la circonstance, le fameux « Connais-toi toi-même » reprend son acuité et sa vérité. Le philosophe indien Krishnamurti ne cessait de répéter : « Nous sommes le monde et le monde est nous ». Nul ne peut se soustraire à sa responsabilité d’être humain. Sauf à choisir, avec toute notre conscience, de mettre nous-même fin aux processus de la violence sous toutes ses formes (économique, idéologique, militaire, mais aussi domestique, éducative, sexiste, relationnelle, etc.), les exactions de l’homme contre l’humain et contre la nature finiront avec notre propre extinction.

La clé du changement est intérieure.

Pour autant, ni les philosophies, ni les religions, ni les croyances de toutes obédiences ne semblent en mesure de régler cette question. Aucune d’entre elles ne joue la même partition. Pire, elles sont, par la diversité des points de vue, trop souvent divergentes et elles-mêmes causes de dissensions meurtrières depuis la genèse de l’histoire du genre humain. Les événements actuels sur toute la planète mettent en évidence que nous n’avons toujours pas éradiqué la violence. Nous y sommes même de plus en plus dévoués, avec les armes terribles dont la prolifération témoigne de la faillite de notre condition.

Je soupçonne la conscience de notre finitude, et l’angoisse qu’elle provoque, d’être à l’origine du marasme où la psyché collective s’enlise, suscitant la quête éperdue de sécurité. Nos actes sont comme guidés par la tentative d’abolir coûte que coûte cet insoutenable verdict, et de conjurer ce qui menace notre fragile et éphémère existence. Ainsi, les domaines physique comme métaphysique peuvent être les objets d’une spéculation chargée de dissiper l’insurmontable angoisse. Pour certains, les croyances dogmatiques sont un recours lorsque la voie de la raison et de la rationalité n’offre aucune certitude. J’invoque, quant à moi, en accord avec Socrate qui affirmait savoir qu’il ne sait pas, l’ignorance suprême. Notre planète, joyau parmi les joyaux au sein de l’immensité, est d’une beauté que le langage est souvent incapable d’exprimer sans recours à la poésie, comme quintessence de ce que l’être humain peut dire pour manifester sa jubilation.

Cependant, il m’est personnellement difficile d’imputer au fait du hasard le principe de Vie, comme échoué sur cette matrice merveilleuse il y a environ 4 milliards d’années. Comment nier la présence d’une sorte d’intention dont nous aurions trahi la bienveillance par nos petites et grandes transgressions ? L’être humain, prisonnier de ses propres peurs et angoisses, tente d’observer le réel et la réalité dont il est lui-même l’un des témoignages. Sa vision fragmentée introduit ainsi le malentendu qu’il nous faut dissiper, car tout ce qui constitue le vivant nous constitue, et rien ne saurait être séparé. Ainsi sommes nous l’eau, la matière terrestre et minérale, le souffle, la chaleur, etc. Nous partageons ce qui est avec tout ce qui vit. De ce constat surgit une question majeure : pourquoi, dans l’ordre unitaire et coopératif originel, avons-nous exalté le principe de dualité et d’antagonisme, et toutes les horreurs qui en découlent ? Sommes-nous condamnés à nous infliger sans cesse les souffrances que nous déplorons, et jalonner notre histoire des horreurs à nous seuls imputables ?

L’être humain,  la société humaine, doivent changer de cap, et confier leur destin aux forces du cœur plutôt qu’au pouvoir trompeur de la peur et de la division. L’être humain est en grande partie responsable de sa condition sur terre. Ces considérations une fois admises confirment bien que sans changement humain il ne peut y avoir de changement de société. Cette proclamation peut devenir une incantation stérile sans un examen attentif de ce qu’elle implique pour chacune et chacun d’entre nous, à travers nos réalités individuelles et collectives. Sommes-nous capables de transcender nos réactions primaires pour nous élever au rang d’êtres humains libérés des oripeaux d’une histoire révolue et pourtant, sans cesse, redondante ?

Nos choix politiques et militants ne suffisent pas : nous pouvons manger bio, manifester contre le nucléaire, recycler nos déchets, retourner à la terre et, pourtant, nuire à nos semblables et perpétuer la souffrance. C’est pourquoi l’action de la campagne « (R)évolution Intérieure » du mouvement Colibris se justifie pleinement. Affirmer que le changement de la société est subordonné au changement de l’être humain est encore une fois une vérité absolue. Bienveillance, générosité, partage, équité, empathie, solidarité sont finalement des manifestations d’une conscience créatrice d’un monde libéré.

Cette énergie extraordinaire appelée « amour » est, sans le moindre doute, la plus grande énergie de transformation du monde. Elle est la vraie révolution intérieure.

Pierre Rabhi, cofondateur du Mouvement Colibris

Llewellyn Vaughan-Lee : l’incarnation de l’amour

En tant qu’humains, en tant que personnes responsables, il me semble que nous avons à rendre compte de nos actes — et nous devons le faire sur un plan spirituel. Je ne vois pas comment il est possible d’honorer la spiritualité en la tenant éloignée de la terre. Nous ne sommes pas des anges.
Il existe un espace, un monde de lumière où vivent les anges, où l’on peut se rendre et interagir avec eux. C’est une très belle dimension : les anges sont des êtres de lumière qui ne se prosternent que devant Dieu. Dans Le soufisme, on l’appelle le monde de l’ordre divin — et, même là, il y a des anges de pouvoir, des anges de beauté… D’une certaine façon, il est beaucoup plus facile d’être parmi des anges, et dans leur monde, parce qu’ils ne font que se prosterner devant Dieu, parce qu’ils sont juste faits de lumière.
Mais nous sommes humains, et il y a les deux mondes en nous : le monde de la matière, des éléments, et celui des anges. Et nous ne pouvons en rejeter un, nous ne pouvons pas rejeter la terre en faveur de la lumière, tout comme nous ne pouvons pas renier la lumière en faveur de la terre.
Pour moi, la maturité spirituelle c’est être capable de vivre dans les deux mondes.

Vous savez, à 23 ans, j’ai été emporté dans ce monde de lumière et, naturellement, une part de moi voulait y rester parce que tout était lumière ! Vous n’avez aucun problème ; vous n’avez pas besoin de gagner votre vie, pas d’impôts à payer, ni d’essence à mettre dans la voiture, il vous suffit de pensez, et soudain vous vous trouvez là où vous voulez. C’est merveilleux, vous êtes parmi les anges, près de l’âme d’autres personnes…
Mais le mystère de l’incarnation demeure — et c’est une chose que le mythe chrétien, l’histoire chrétienne, le christianisme nous a enseigné : le mystère de l’incarnation. Quand le divin s’incarne, quelque chose d’extraordinaire se produit. Et cela se produit justement parce que le divin s’est incarné. C’est pour cela que je parlais des femmes tout à l’heure ; Je trouve vraiment dommage qu’aujourd’hui (je parle de la conscience féminine) les femmes aient oublié le grand mystère auquel elles peuvent participer : apporter la lumière de l’âme dans le monde physique.
Pour je ne sais pour quelles raisons, cela a été caché aux femmes… Elles ne le savent même pas… Je veux dire, elles ignorent jusqu’à l’ampleur même du mystère auquel elles participent. En tant qu’humains, nous nous situons là où les deux mondes se rejoignent, là où la matière, la physique, et le monde de la lumière se rencontrent. Et il est intéressant de noter que, dans le christianisme, c’est aussi là que réside le mystère de l’amour. Les enseignements du Christ portaient sur ​​le mystère de l’amour — et quelque part cela a été voilé et oublié. Mais c’est dans cette union du monde de la lumière et du monde de la matière que se situe l’incarnation de l’amour.
Le poète William Blake dit :
Et nous sommes sur terre l’espace d’un bref instant,
Pour apprendre à supporter les rayons de l’amour.

Tout est dans la façon dont nous appréhendons et vivons ce mystère. Encore une fois, il est facile, lorsque l’on atteint un certain stade, de se dissoudre dans l’amour. Mais parce que nous sommes humains, nous connaissons aussi la limitation de la matière, les limites de la vie humaine ordinaire. J’espère qu’il y aura assez d’hommes et de femmes, suffisamment matures sur le plan spirituel, pour rapprocher les deux mondes, pour les tenir ensemble ; parce qu’en rapprochant ces mondes, il peut naître quelque chose de nouveau. Pas en allant uniquement vers la lumière, ni en restant dans le monde de la matière. Pour vivre dans le monde de la matière, nous avons la science, nous avons la technologie, nous avons Walmart, peu importe ce qu’on en pense ; et pour demeurer dans le monde de la lumière, il existe de magnifiques enseignements spirituels — de magnifiques enseignements, qui existent depuis des siècles et qui, pourtant, ne sont toujours pas appliqués véritablement.

Il est temps pour nous de réunir ces deux mondes, d’apporter la lumière de notre âme dans la vie quotidienne, dans la relation avec la Terre ; si le moment présent à un sens, c’est : qu’est-ce qui doit être fait ? Il y a urgence ! Et quelle est la nature du travail qui doit être fait ? Les Soufis sont souvent décrits comme les Fils de l’instant, parce qu’ils répondent à ce que réclame l’instant — pas un présent abstrait, mais le moment présent, un présent empreint de responsabilité. Et c’est là, dans notre conscience. Nous n’avons même plus besoin de lire entre les lignes. Le Soufi traditionnel lit la vie entre les lignes pour voir ce qui se passe réellement. Vous n’avez pas besoin de lire entre les lignes pour savoir que le niveau de la mer monte, que l’air est de plus en plus pollué, que les espèces disparaissent. C’est ce qui se passe à présent. Nous sommes ici et nous avons la lumière du divin en nous. Comment allons-nous utiliser cette lumière face aux besoins du moment, face à la relation à la Terre ?

Comme vous vous en doutez, c’est à partir du mélange de ces divers éléments que quelque chose de nouveau pourra naître — si c’est la volonté de Dieu. Dans une certaine mesure, c’est beaucoup plus simple, il y a un tel besoin ! Nous devons inclure la Terre dans nos prières. Elle n’est pas lointaine. Je trouve intéressant… Je suis sûr que si vous appartenez à une communauté spirituelle vous priez, vous priez pour ceux qui souffrent, vous priez pour ceux qui sont aux portes de la mort… nous prions souvent pour les gens qui meurent, pour la paix de l’âme. Ces prières ont des propriétés curatives et sont puissantes, et si c’est une communauté qui prie, c’est alors très puissant. Et c’est juste une étape, nous devrions maintenant prier pour la Terre, parce qu’elle a besoin de nos prières ; pourquoi devrions-nous l’exclure ? Nous prions pour un ami mourant, pourquoi ne pas prier pour une mère mourante ? Ainsi, la boucle sera bouclée.

_________________________________
Traduction : Michèle Le Clech
by courtesy of Llewellyn Vaughan-Lee
www.goldensufi.org

Les traductions sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas de Modification

Marion Woodman : le pouvoir du féminin

Marion WoodmanNous avons inventé la roue, déchiffré le code de l’ADN… Quelle sera la prochaine étape pour l’humanité ? Marion Woodman, analyste jungienne, pionnière et auteure de dix livres, pense que les individus et les sociétés sont destinés à évoluer. Et le meilleur moyen pour évoluer serait d’amener le féminin dans notre culture. Le texte qui suit est tiré d’une interview réalisée avec Marion Woodman.

Quand je parle du « féminin », je ne parle pas de genre. Je parle du principe féminin qui est vivant et actif — ou réprimé — à la fois chez l’homme et la femme. Le principe féminin essaie de se relier. Au lieu de diviser les choses, il dit : en quoi nous ressemblons-nous ? Comment pouvons-nous établir des liens ? Où est l’amour ? Peux-tu m’écouter ? Ecoutes-tu vraiment ce que je dis ? Me vois-tu ? Te soucies-tu de me voir ou pas ?
C’est une question d’une grande importance, et il est difficile de parler du féminin parce que très peu de gens en ont fait l’expérience. Le féminin est présence, et relation, c’est une ouverture du cœur qui fait que lorsque vous rencontrez une autre personne vous voyez réellement sa véritable essence. Quel est le sens de la vie si personne ne vous a jamais vu ?
Je ne peux pas vous dire le nombre de personnes — hommes et femmes — qui ont pleuré dans mon bureau en disant : « Personne ne m’a jamais vu(e). Personne n’a jamais pris le temps de m’écouter. Je ne suis pas digne d’être aimé(e) », une des expressions les plus tristes de la langue. Parfois, un flot de sentiments m’envahit, je tends la main et ils disent : « Ne me touchez pas. Je suis indigne d’amour. » Et ils le pensent. Dans l’enfance, cette personne a été élevée dans un lieu où le féminin n’était pas présent. Pour comprendre, il vous faut avoir expérimenté le féminin.
Posez-vous la question : Qui vous a vraiment vu(e) lorsque vous étiez enfant ? Qui vous a écouté(e) ? Y avait-il quelqu’un avec qui vous pouviez être totalement vous-même et à qui vous pouviez faire confiance et livrer vos sentiments et vos états d’âme ? Quelqu’un qui vous faisait penser : « Bon sang, je suis quelqu’un. Ils sont heureux que je sois là. »
Ce qui est important de nos jours est d’amener le féminin dans notre culture. Et ce n’est pas facile. Comment chacun d’entre nous peut-il participer ? Croyez-le ou pas, il s’agit de quelque chose de très personnel. Prenez le temps d’écouter vos rêves, de les écrire. Prenez le temps de voir qu’il y a en vous des choses qui demandent à être ressenties, ou dites, ou vécues, ou regrettées. Faites attention à toutes ces choses en vous mais aussi chez ceux qui partagent votre vie. Faites attention au soi véritable.
En ce qui concerne le mot « authentique », il vient du mot « auteur » — que vous pouvez imaginer comme l’auteur de votre être véritable. Lorsque vous vivez votre propre réalité, vous devenez le souverain de votre propre vie. Vous savez qui vous êtes, vous parlez de ce en quoi vous croyez. Il y a une fierté naturelle qui l’accompagne : « Voilà qui je suis — prenez-moi ou laissez-moi. » Pensez à Michelle Obama — elle ne craint pas sa propre force. Et comme sa force n’enlève rien à quelqu’un d’autre, parce qu’elle s’exprime avec amour, elle peut se montrer authentique.
Pour moi, le véritable pouvoir est présence. C’est l’énergie qui jaillit parce que vous savez qui vous êtes, et vous permet de parler et d’agir à partir de cette authenticité. Peu importe votre profession — que vous soyez enseignant, infirmière, etc. ; votre présence est pouvoir. Ce n’est pas un pouvoir sur quelqu’un d’autre. C’est simplement l’expression de qui vous êtes.
Le pouvoir, dans le sens d’exercer un contrôle sur autrui, diffère de cette présence toute personnelle. Ce genre de pouvoir — le pouvoir patriarcal — n’accorde pas de valeur aux autres. Ce vers quoi je tends, c’est l’incarnation de cette présence-pouvoir.
L’amour est le véritable pouvoir. C’est une énergie qui chérit. Plus vous travaillez avec cette énergie, plus vous voyez comment, d’une façon toute naturelle, les gens réagissent à elle, et plus vous avez envie de l’utiliser. Cela fait rejaillir votre créativité, et permet à chacun autour de vous de s’épanouir. Vos enfants, les gens avec qui vous travaillez, tout le monde s’épanouit.

Où s’excerce ce pouvoir dans votre vie ?

— Je ressens ce pouvoir quand… « Je parle à partir de mon être véritable.”
— La femme la plus forte que j’ai jamais rencontrée était…  « Marie-Louise von Franz, auteur et psychologue jungienne, une femme très érudite. »
— Trop souvent, les gens confondent puissance et… “Amour. Ils pensent être dans une relation d’amour avec l’autre, alors qu’en réalité ils sont enfermés dans une dynamique de pouvoir, un désir de contrôle, de manipulation, de reproches ou de jugement. Amour et pouvoir sont deux choses différentes.”
— Je me sens moins performante quand… “Mon corps ne soutient pas mon âme.”
— Quand j’ai besoin d’un peu d’énergie… “Je prie.”


Interview de Marion Woodman par Oprah : Looking at power (Oprah.com)
voir aussi l’extrait du livre d’Anne Baring : L’éveil au féminin
Traduction : Michèle Le Clech et Roger Faglin

Les traductions sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas de Modification


Articles ou vidéos de Marion Woodman traduits en français :

• Extrait d’une interview de Marlene Schiwy (Principia Productions) : Marion Woodman sur son analyse avec le  Dr. E. A. Bennet et les difficultés du chemin (sous-titrage français)

• Interview (Sun Magazine: Men Are From Earth, And So Are Women)
Traduction française : Les hommes viennent de la terre et les femmes aussi

• Ensouled on the Planet (an interview with Nancy Ryley)
Traduction française : De terre et d’âme

Conscious Feminity (3rd Annual Women & Power Conference organized by Omega Institute and V-Day in september 2004)
Traduction française : Féminité consciente

CG Jung : sur la déception

mysterium_conjunctionis_1« La déception, en tant que choc subi par la sensibilité, n’est pas seulement la mère de l’amertume, mais aussi le ressort le plus puissant de la différenciation affective. Une entreprise amoureuse qui avorte, une personne aimée dont le comportement ne répond pas à votre attente, etc., constituent une impulsion, soit vers une explosion affective, soit vers une modification et une adaptation de la sensibilité et par suite vers une évolution plus haute de cette dernière. Cette évolution culmine dans la sagesse, lorsque la réflexion et la connaissance intellectuelle viennent se joindre à l’affectivité. La sagesse n’est jamais violente, et c’est pourquoi, là où elle est présente, aucune des deux facultés n’use de violence à l’égard de l’autre. »

C.G. Jung, Mysterium conjunctionis I

Quatrième de couverture
L’alchimie a fourni à C.G. Jung « la forme lui permettant de modeler et de communiquer ses expériences dans la ligne d’une tradition historique de l’Occident. » (Marie-Louise von Franz) Mysterium conjunctionis est le fruit le plus pur de ces épousailles. L’auteur, couronnant son œuvre, y présente le trésor ramené de son dialogue avec les anciens grimoires, inlassablement poursuivi au long d’un quart de siècle. Mais, chez le médecin-philosophe de Küsnacht, le passé n’est là que pour confirmer, étayer et éclairer le présent. On doit rappeler à ce sujet les termes qu’il utilise, dans Ma vie, pour caractériser son ouvrage : « Ce n’est qu’avec Mysterium conjunctionis que ma psychologie fut définitivement placée dans la réalité et reprise en sous-oeuvre comme un tout, à l’aide de matériaux historiques. » Et il ajoute : « Ainsi ma tâche était accomplie, mon œuvre faite, et maintenant elle peut tenir debout. » Ce fier témoignage fait indiscutablement du Mysterium le testament de Jung, son chef-d’œuvre au sens médiéval du terme. En le publiant, nous avons conscience de mettre entre les mains de quiconque se penche sur son propre mystère un élément de la « chaîne d’or » qui l’aidera à diriger sa marche et à en conjurer les périls. Nous présentons aujourd’hui le premier tome de l’ouvrage où l’auteur étudie les grands symboles par lesquels les alchimistes désignent les «composants de la conjonction», ou « ingrédients du grand œuvre » : la substance mystérieuse, le soleil, la lune, le soufre, le sel.