Steven B. Parker : les émotions d’un cœur blessé

emotionsNous entrons en contact les uns avec les autres à travers nos blessures
— Rachel Naomi Remen

J’ai connu un flot d’émotions diverses après avoir survécu à cette crise cardiaque :
• le soulagement d’être en vie
• l’incrédulité et la colère que cela se soit produit
• le chagrin pour tout ce qui était et sera perdu
• la gratitude envers ceux qui m’ont aidé
• une extrême vulnérabilité dans un monde auparavant sûr
• la peur de ce que l’avenir pourrait réserver

J’avais pris ma vitalité pour acquise et supposais que j’avais devant moi de longues années d’une vie en bonne santé. Aujourd’hui, je n’ai rien de solide sur quoi m’appuyer. Je suis profondément affaibli. Je ne sais jamais si je vais me réveiller le lendemain. Je doute d’être un jour en mesure de retrouver une quelconque vie normale.
C’est comme si j’avais traversé le Styx, la rivière des Enfers, et que j’avais été autorisé à retourner temporairement dans le monde des Mortels, pour une durée indéterminée.

Ce voyage a certes été l’enfer mais il m’a en même temps apporté quelque chose d’important et de grande valeur : j’éprouve à présent une compassion accrue pour ceux qui sont blessés, de la compassion pour tous ceux qui doivent traverser le Styx.

La crise cardiaque a brisé mon cœur, elle l’a aussi ouvert.

— 4 mars 2007


Un autre extrait peut-être lu ici : Steven B. Parker, « Les rêves et la santé« 
Présentation du livre : Dr. Steven B. Parker, Ame et crise cardiaque

Le rêve est un portail…

portail.jpgCertains rêves sont des portails qui ouvrent sur l’Amour infini.
Lorsque, les yeux ouverts, nous en passons le seuil, nous marchons sur les traces des chamans, des maîtres yogi, des mystiques, des fidèles d’amour ; nous empruntons le chemin décrit par toutes les voies spirituelles d’ici et d’ailleurs, aussi diverses que variées à travers le monde, un chemin qui mène vers le Cœur du cœur qu’évoquent les Soufis.
Nous goûtons alors à certains textes sacrés d’une toute autre manière, car nous sentons bien qu’ils proviennent de cette chambre du Cœur qu’ils tentent de décrire.

— © Michèle Le Clech
 

Some dreams are portals to infinite Love.
When we cross their threshold, eyes open, we may find ourselves stepping into the footprints of shamans, yoga masters, mystics, or Fidele d’Amore; we borrow the one road that has been described by the many and varied spiritual traditions across the world near and far, the road that leads to the Heart of the heart as the Sufis call it. We are then able to appreciate a number of sacred texts quite differently, as we sense their provenance from this chamber of the Heart they attempt to evoke.

— © Michèle Le Clech

 


Christian Bobin : l’empathie

La Lumière du MondeL’empathie c’est, à la vitesse de l’éclair, sentir ce que l’autre sent et savoir qu’on ne se trompe pas, comme si le cœur bondissait de la poitrine pour se loger dans la poitrine de l’autre.
C’est une antenne en nous qui nous fait toucher le vivant : feuille d’arbre ou humain.
Ce n’est pas par le toucher qu’on sent le mieux mais par le cœur.
Ce ne sont pas les botanistes qui connaissent le mieux les fleurs, ni les psychologues qui comprennent le mieux les âmes, c’est le cœur.
Le cœur est un instrument d’optique bien plus puissant que les télescopes de la Nasa. C’est le plus puissant organe de connaissance, et c’est une connaissance qui se fait sans aucune préméditation, comme si ce n’était plus nous qui faisions attention à l’autre, comme s’il n’y avait plus qu’une attention pure et bienveillante fondée sur la connaissance de notre mortalité commune.
Ce qui est très curieux, car qui est-on à ce moment-là ?
Toute sagesse qui vient dans le carcan d’une méthode est dépassée par le cœur.
Ce moment qui foudroie toutes les carapaces d’identité, qui saute par-dessus l’abîme qui me sépare d’autrui et où le cœur de l’autre est deviné jusqu’en ses moindres battements, donne la plus grande lumière possible sur l’autre.
Dans l’empathie, on peut prendre soin d’autrui comme jamais il ne prendra soin de lui-même, par une attention tendue comme un rai de lumière, mais il n’y a aucune emprise psychique sur lui.
C’est l’art double de la plus grande proximité et de la distance sacrée.

— Christian Bobin, La Lumière du monde

Yi King : influence

Yi King, Le livre des transformationsNeuf à la deuxième place signifie :
Une grue criant dans l’ombre.
Son petit lui répond.
J’ai un bon gobelet.
Je le partagerai avec toi.

Il est ici question de l’influence involontaire de la nature intérieure de la personne sur des êtres qui nourrissent les mêmes dispositions.
La grue n’a pas besoin de monter sur une colline élevée. Même si elle fait entendre son cri tout en demeurant entièrement cachée, son petit entend sa voix, la reconnaît et lui répond.
Là où règne une humeur joyeuse, il se présentera un compagnon qui partagera un gobelet de vin avec celui qui est là.
Ainsi se manifeste l’écho éveillé dans l’homme par la sympathie.

Là où un sentiment s’exprime en toute sincérité et en toute pureté. là où un acte est la claire expression de la disposition intérieure, ils exercent une influence secrète au loin, et d’abord sur ceux qui sont intérieurement prêts à la recevoir. Mais ces cercles s’élargissent.

La racine de toute influence se trouve à l’intérieur de l’être. Quand cela se traduit en paroles et en actes avec une sincérité et une fermeté entières, alors l’influence est grande.
L’influence n’est que le reflet de ce qui sort de notre cœur.
Toute volonté délibérée de produire une influence ne ferait que détruire cette influence.
Confucius dit à ce sujet :
L’homme noble demeure dans sa chambre. S’il prononce bien ses paroles, il trouve un assentiment à une distance de plus de mille milles : combien plus dans son voisinage !
Si l’homme noble demeure dans sa chambre et ne prononce pas bien ses paroles. il trouve une contradiction à une distance de plus de mille milles : combien plus dans son voisinage !
Les paroles viennent de l’essence de la personne et exercent leur influence sur les humains. Les œuvres naissent tout près et deviennent visibles au loin.
Les paroles et les œuvres sont les gonds de l’homme noble et les ressorts de son arbalète. Lorsque ces gonds et ces ressorts fonctionnent, ils apportent l’honneur ou la honte.
A l’aide des paroles et des œuvres, l’homme noble meut le ciel et la terre. Ne convient-il pas, dès lors, d’être prudent ?

Marion Woodman : les rêves sont le langage de l’âme

Marion WoodmanMarion Woodman (interview de Marie-Andrée Michaud, question sur la Fondation Marion Woodman)
« J’essaie d’articuler notre réflexion et notre expérience de manière à rendre celle-ci compréhensible à une culture qui, fondamentalement, ne s’intéresse pas à la dimension féminine. Pour moi, les mots féminin et masculin ne sont pas reliés au genre. Je les associe plutôt aux mots yin et yang en chinois ou, dans la tradition hindoue, au couple divin Shiva et Shakti. Ce sont deux énergies essentielles à la vie. La féminité c’est l’authenticité de l’âme, le retour à nos propres entrailles et à notre propre cœur. Les rêves sont le langage de l’âme. Dans nos groupes, nous relions l’imagerie symbolique, les émotions et l’énergie des rêves, à notre expression corporelle. Le corps et l’âme ne peuvent être séparés. Ils sont un. »

— Marie-Andrée Michaud, La Voix de la terre : « Marion Woodman, analyste »

Amour impossible ?

Love MeTomber follement amoureux, se sentir rempli(e) d’une incroyable énergie et d’un bonheur sans limite…
C’est fabuleux.
Ça l’est moins cependant lorsqu’on sait — ou qu’on  le découvre par la suite — qu’il s’agit là d’un amour impossible…
C’est quelque chose que beaucoup d’entre nous ont vécu.
Comme souvent dans ces situations,  une part de nous tend irrésistiblement vers l’être aimé tandis qu’une autre s’en défend ; et dans ce monde où les opposés sont tenus séparés, il ne peut exister dans le même temps une chose et son contraire. C’est donc le déchirement, la lutte entre le cœur et la raison : comment être amoureux de celui ou celle que l’on attendait depuis toujours et accepter que cela ne puisse être vécu ? Inondé d’amour, le cœur voit la raison brandir l’épée du pouvoir et de sa loi, et finit par se rendre, vaincu.
C’est pour un temps le règne de la raison…  jusqu’à ce que ses fondements soient ébranlés par le cœur qui se meurt. Une spirale infernale commence et l’on oscille entre les contraires.
Il se peut alors que l’on s’en veuille d’avoir créé, ou de n’avoir pas évité, les circonstances qui nous ont fait (re)tomber dans le piège des amours impossibles, des complications et de l’infinie souffrance qu’ils génèrent. Peut-être s’était-on promis de ne plus succomber à la passion et à l’ivresse.
Peine perdue, il suffit d’une circonstance particulière, on se croyait fort… et crac, on est pris.
Vivre sans l’autre paraît impossible, vivre cet amour l’est tout autant.

Mais un coup de foudre n’est pas forcément la naissance d’un amour comme on l’entend habituellement, et celui qui accepte de se tourner vers ses rêves sera tout étonné de voir comment l’inconscient présente cet événement.
L’émoi qui nous saisit face à l’être aimé peut en effet s’adresser à une partie de nous jusqu’alors ignorée ou inconnue. Il peut s’agir par exemple de nos valeurs les plus profondes ou d’entreprises que nous nous interdisons ou remettons sans cesse à plus tard ; c’est la raison pour laquelle nous ne pouvons concevoir de renoncer à cet amour.
Ces valeurs, ces actions, nous les « jetons » (projetons) en quelque sorte sur un partenaire qui, s’il n’y prend garde, peut endosser le vêtement qui nous irait si bien. Et, sans en être aucunement conscients, nous attendons de ce partenaire qu’il se comporte comme nous le souhaiterions.

Dans ces moments de terrible souffrance et de grande confusion, les rêves nous réinventent. Ils nous apparaissent de prime abord incompréhensibles, mais une seconde lecture nous montre qu’ils illustrent pourtant savamment la situation.
Tout en démêlant les choses, ils tissent, au fil des nuits, un vêtement nouveau, sur mesure, qui n’appartient qu’à nous : si les histoires d’amours impossibles sont légion, notre situation est unique, et les images des rêves le sont tout autant.
En les faisant siennes, le rêveur peut voir des possibilités nouvelles se dessiner.
Illustrons cela (naturellement, ce qui suit ne vaut que pour la rêveuse ; chaque rêve est unique) :
Lors d’un déplacement professionnel, une femme se retrouve complètement sous le charme de l’un de ses collègues puis nourrit, des mois durant, le fantasme d’une union avec lui.
La vie lui pèse et, chez elle, la situation avec son partenaire se dégrade.
Dans l’un de ses rêves, l’image d’un enfant de six mois apparaît, un enfant sur lequel elle doit veiller (la rencontre remonte à six mois).
La rêveuse réalise alors que quelque chose en elle a en quelque sorte « épousé » cet homme, que l’union qu’elle espère tant à l’extérieur a bien eu lieu et que, de ce mariage — tout intérieur —, quelque chose est né.
En observant le rêve de plus près, elle réalise que l’enfant s’apparente à une femme en lien avec des compétences professionnelles chèrement acquises au fil des années.
Elle constate également que l’endroit où vit cet enfant n’est pas anodin puisqu’il symbolise à ses yeux ce qu’un ami proche a patiemment reconstruit après avoir quitté un milieu professionnel qui ne correspondait pas à ses valeurs.
L’homme aimé incarnait ainsi pour la rêveuse le métier « de ses rêves » et, en épousant l’idée qu’elle pourrait bien faire « un » avec ce métier, elle a donné naissance à un nouveau projet de vie, fruit de ses compétences et de ses aspirations.
Et c’est sur cela qu’elle doit veiller ; il y a en elle, comme chez son ami, courage et détermination pour incarner ses valeurs de vie.
C’est ainsi que, lorsque l’on adhère à ce qui émerge de la profondeur nous sommes, un peu plus consciemment, de l’étoffe dont sont faits nos rêves.

© Michèle Le Clech
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