L’eau des émotions

AuBordEauPour diverses raisons, et souvent bien trop tôt, certains d’entre nous ont été coupés de leurs sentiments, et de l’eau de leurs émotions.
Leur nature véritable a comme été dressée, et l’expression « Prends sur toi. » est devenue pour eux une sorte de mantra.
Lorsqu’on se tourne vers les rêves, les images sont alors bien souvent une invitation à renouer avec l’eau. Et l’on constate bientôt avec émerveillement que cette nature émotive, sensible, vulnérable — qui avait été jugée inopportune, et pouvait jusqu’alors apparaître comme une faiblesse —, contient sa propre force et s’avère être en définitive une capacité assez extraordinaire à être en lien avec soi…  et avec les autres.

Au contact des images, la personnalité « trop sensible » retrouve soudain avec bonheur son élément et, non contente de l’accueillir, y pénètre, opérant un retournement total de son être, émerveillée de voir les capacités de sa nature  véritable à se laisser porter et même guider par l’émotion, profondément à l’écoute de toutes ses variantes.
Ce qui n’était jusque là pour l’oreille qu’un bouillonnement incessant, ou même un bourdonnement parasite, devient finalement un élément naturel, un medium auquel l’instinct s’adapte tout naturellement, quelque chose que l’on cesse de vouloir écarter mais auquel on s’abandonne avec délice et confiance, curieux de voir où cela mène.
Ce naturel se retrouve tout d’abord à l’abri des regards, s’enhardit peu à peu, et trouve bientôt sa place dans le monde, libérant la parole, désamorçant les situations embrouillées, simplifiant les relations.
Les rêves, comme un ciel étoilé, servent de repères dans l’aventure, semblant encourager la démarche.

L’eau n’est ni ennemie ni synonyme de danger. Elle a sa place dans notre microcosme intérieur ; ses ruissellements ont leur raison d’être… la stagnation aussi. Et si nous acceptons de suivre le courant, de traverser les grandes eaux, d’évoluer en eaux troubles ou sur des eaux dormantes, un instinct sûr est là qui nous porte ou nous entraîne.

— ©  Michèle Le Clech

Toko-Pa : les rêves d’eau

http://www.bivan.net/peintures/aquarelles/Rêver d’eau, c’est comme toucher l’âme de la Terre, cette sève dont nous sommes en grande partie composés et par laquelle nous sommes tous reliés. L’eau ne représente pas seulement nos « émotions », mais aussi ce qui les provoque : la source mystérieuse de toute vie.

Même s’il nous est facile de nous identifier à nos fonctions et à nos obligations quotidiennes, la vie émotionnelle ne se laissera pas ignorer. Elle se rappelle à vous si vous avez besoin d’une bonne noyade, emporte avec elle le superflu, vous conduira à la fontaine quand vous n’aurez pas encore conscience d’avoir soif ou vous emporte, sur la crête d’une vague, vers un autre rivage.

Il se peut qu’à d’autres moments, cette Eau vous purifie, vous baptise ou vous conduise jusqu’aux guides ancestraux qui se tiennent sous la surface. C’est dans son sillage qu’éclot  la poésie, cette douce mélancolie dont nous sommes faits, elle est le flux, l’origine et la source de toute vie.

Nos ouïes ont si peu d’eau, quand ce dont nous avons réellement et fréquemment besoin, c’est d’être replongés dans les grands fonds, ramenés vers l’insondable, immergés en un lieu où l’amour est le dialecte, et la découverte la constante — là où nous sommes, sans but ni attache, portés par les courants tourbillonnants du changement.


— Traduction : Michèle Le Clech, by courtesy of Toko-pa Turner
Relecture : Nelly Delambily
Article original paru sous le titre: Water Dreams 


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